Et si la mer Méditerranée n'était plus seulement une étendue d'eau bleue, mais un obstacle à franchir ? Et si le migrant qui la franchissait n'était plus seulement le réfugié de la misère, mais aussi l'européen qui veut la comprendre ?
Ce roman a deux versants, le texte alternant les passages narrant l'histoire de Soliman, jeune soudanais qui veut entreprendre la traversée vers l'Europe, et ceux évoquant Salvatore Piracci, commandant italien d'un navire qui intercepte les embarcations chargées de migrants, avant qu'elles ne naufragent. Si Soliman va vers le Nord, Salvatore entreprend un voyage vers le sud. Les deux hommes choisissent l'exil, l'un, attiré par la lumière européenne, trouvera la noirceur ; l'autre, attiré par l'obscurité qui pousse les migrants hors de leur pays, trouve une forme d'éblouissement.
Laurent Gaudé mène son récit de main de maître, et embarque son lecteur à travers deux narrations très différentes l'une de l'autre. Les descriptions sont éclairantes et poétiques, bien qu'un peu faciles parfois. J'ai pensé, autant pour le thème que pour la manière de l'aborder, à Désert de Le Clézio.
Bien entendu, le sujet est toujours d'une actualité mordante, qui ne fait qu'assombrir la portée du texte sur son lecteur. J'ai aimé lire sur le sujet, et j'ai aimé qu'il aborde à la fois le voyage du migrant (et pas seulement la traversée de la Méditerranée, mais bien le départ, les obstacles en Afrique du Nord, les choix d'itinéraires...) et le regard que porte l'européen sur la migration.
Mais je regrette franchement que, dans les passages consacrés à Soliman, on entende parfois encore le ton de l'européen qui regarde. Dans le deuxième (je crois) passage qui lui est consacré, les réflexions de Soliman ne sont très clairement pas les siennes, ce sont celles d'un auteur qui a oublié d'être un autre.
Là où on perd en authenticité, on perd aussi en éclat : dommage.