En s’appuyant sur les carnets tardifs inédits de Marx et en voyant dans le pacte vert le nouvel opium des masses, Kohei Saito constate le désastre social et écologique du capitalisme, dénonce le mode de vie des pays développés fondé sur l’expropriation des ressources et de l’énergie du Sud global et prône une société basée sur les communs. Il associe deux termes apparemment incompatibles, la décroissance et le communisme, pour proposer une solution politique et civilisationnelle : le communisme décroissant. Il redéfinit ainsi le communisme comme une forme d’association, très différent de la révolution prolétarienne, et met en lumière de nouveaux aspects de la pensée de Marx, en sommeil depuis plus de 150 ans. Marx soulignait en effet que le capitalisme invisibilisait ses propres contradictions en les déplaçant ailleurs, mais que ces tentatives de déplacement (techniques, géographiques et temporels) étaient vouées à l’échec. Kohei Saito aspire à un post-capitalisme, à la démarchandisation progressive, à une démocratie au-delà des murs législatifs et dans le domaine de la production, et surtout à l’expansion graduelle des communs pour multiplier les espaces de liberté anticapitalistes. S’éloigner de la force organisatrice du capital pour éviter la fin de l’histoire et choisir le chemin de l’autolimitation sont pour lui des actes révolutionnaires. En plus d’être l’auteur d’un best-seller international, vendu à 500 000 exemplaires au bout de quelques mois, Kohei Saito est un jeune philosophe convaincant et un chercheur qui assume sa responsabilité sociale. Il écrit à la première personne et croit en ses lecteurs.
" Le capital vise une multiplication infinie de la valeur, mais la Terre est un espace fini. "
Kohei Saito received his Ph.D. from Humboldt University in Berlin. He is currently associate professor of political economy at Osaka City University. He has published articles and reviews on Marx’s ecology, including “The Emergence of Marx’s Critique of Modern Agriculture,” and “Marx’s Ecological Notebooks,” both in Monthly Review. He is working on editing the complete works of Marx and Engels, Marx-Engels-Gesamtausgabe (MEGA) Volume IV/18, which includes a number of Marx’s natural scientific notebooks.
Si vous votez Glucksmann ou Jadot, ce livre est fait pour vous ! La thèse de Saito est que les politiques de type sociale-démocrate seront insuffisantes pour sortir de la crise climatique, et qu'il faut se tourner vers une solution révolutionnaire : le "communisme de décroissance".
Le livre s'organise en 8 chapitres qu'on peut regrouper en deux parties : des chapitres 1 à 3, Saito critique les fausses solutions au problème de la crise climatique (croissance verte, individualisme climatique, etc...). Des chapitres 5 à 8, il explique ce qu'il entend par "communisme de décroissance" et déploie la manière dont cette forme de communisme devra modifier des pans entier de notre monde.
Le livre est donc un manifeste, et non un livre de recherche. Si vous êtes déjà au courant de ce qui va mal, et que vous êtes déjà au courant que la bonne solution est la révolution, vous n'apprendrez pas grand chose. L'originalité de la thèse de Saito est cependant dans l'usage du concept de "communisme", qui n'est il me semble pas très répandu dans les réflexions sur le climat. Il s'explique sur ce terme dans le chapitre 4, qui fait le lien entre les deux parties du livre, et qui m'a le plus intéressé.
Ce chapitre 4 est l'occasion pour Saito de donner une nouvelle interprétation de Marx, dont il prétend qu'elle n'a jamais été faite auparavant. Si j'ai bien compris, ce chapitre reprend les découvertes que Saito aurait fait durant sa thèse sur la pensée écologique du vieux Marx (celui de la fin de sa vie, après le Capital). Saito soutient que tous les interprètes se sont trompés sur la philosophie de Marx : il ne serait pas productiviste, ne penserait pas qu'il faut développer les forces productives avant de passer au communisme, et ne serait pas européocentré. En s'intéressant à l'ethnologie et à la biologie, Marx aurait développé un communisme de décroissance, que Saito ne fait que reprendre à Marx.
Saito prétend donc avoir fait une découverte qui doit révolutionner toute l'interprétation de Marx. D'accord, pourquoi pas, on aimerait bien. Mais comment justifie-t-il cela ? C'est là où le bât blesse. Pour produire son interprétation, Saito s'appuie sur des notes que Marx a prises sur des livres scientifiques (des notes qui ne sont que des citations des livres en question, sans ajout de la part de Marx) et surtout sur une lettre que Marx a envoyé à une militante Russe qui l'interrogeait sur la manière dont le communisme devait se réaliser en Russie. Une lettre qui fait une vingtaine de lignes.
La "découverte" de Saito est donc très peu étayée. Le Marx promoteur d'un communisme de la décroissance parait plus de l'ordre du fantasme, pour aller toujours dans le même sens d'un Marx qui aurait tout vu avant tout le monde mais qui aurait été mal compris par un Engels trop borné, et Engels c'est déjà Lénine, qui est lui-même déjà Staline et Mao. Mais j'ai du mal à croire que si Marx avait à ce point changé de fusil d'épaule, il n'y aurait pas davantage de traces concrètes de sa réflexion. Et puis laissez Engels tranquille s'il vous plait. Et d'ailleurs ce n'est pas grave si Marx n'était pas décroissant et écologiste. Saito veut à tout prix situer sa réflexion dans la droite ligne de Marx, mais c'est davantage un Marx qu'il a créé lui-même que le véritable Marx.
Sur le fond du programme, c'est difficile de ne pas être en accord avec Saito, qui est assez convaincant. Mais il est dommage que l'analyse ne soit jamais poussée très loin. Chaque partie est très courte, et on a l'impression que Saito bondit toujours d'un sujet à un autre sans aller au fond de chaque sujet. Mais c'est aussi parce que ce n'est pas un livre de recherche. Sur le fond encore, il me semble que Saito montre sans le vouloir une faiblesse du concept de "décroissance", concept central de son livre mais qu'il ne remet pas en question. Le problème du concept de décroissance est que, comme tous les concepts négatifs, il dit ce qu'il rejette sans dire ce qu'il promeut. Car il ne s'agit pas principalement de décroitre, puisque d'autres aspects de la société doivent croitre : l'égalité, la solidarité, la liberté, etc... Saito le dit bien, le communisme de la décroissance est en même temps un communisme de l'abondance. Il me semble que c'est là une limite importante du concept de décroissance, et une raison pour laquelle il a si peu d'écho dans la société. Ce n'est pas un mot d'ordre très mobilisateur.
Un mot pour finir sur l'édition française : c'est nul. Le titre ne va pas : Moins ! passe encore, cela reflète le contenu du livre. Mais "La décroissance est une philosophie" est un sous-titre trompeur : on croirait avoir entre les mains un livre de développement personnel qui promeut une écologie individualiste, alors que Saito développe l'exact contraire. Le titre original "Le Capital dans l'anthropocène" est certes moins sexy, mais reflète davantage le contenu. Mais bon, si cela permet d'exposer davantage de gens au communisme, c'est peut-être pas un mal d'avoir un titre plus vendeur.
L'écriture me parait aussi assez étrange, sans que je sache si c'est un problème de traduction ou non. Certaines phrases paraissent incorrectes, ou du moins le style est très relâché, comme si le livre était une longue note de blog. Bon ça aussi ça n'est pas grave, cela rend la lecture assez simple.
Une contribution remarquable qui renouvelle la pensée marxiste écologique. Saito accomplit un travail théorique essentiel en démontrant que, contrairement à certaines interprétations productivistes, Marx avait déjà identifié les contradictions écologiques du capitalisme et la notion de limites planétaires dans ses derniers écrits.
L'auteur développe brillamment le concept de "communisme de la suffisance", où l'abondance n'est plus définie par l'accumulation matérielle mais par l'épanouissement qualitatif au sein de limites écologiques. Sa critique de la valeur d'échange et sa proposition de revenir à une économie centrée sur la valeur d'usage offrent une alternative cohérente à la logique de croissance infinie du capital.
Le point faible de l'analyse réside dans son approche étatiste. Bien que Saito mentionne lui-même les dangers d'un "maoïsme climatique", son argumentaire selon lequel "le rejet de l'État tel qu'il est pratiqué par l'anarchisme ne peut pas s'attaquer à la crise climatique" manque de substance. Les potentialités d'une organisation communiste libertaire ou d'une fédération de communautés auto-organisées sont insuffisamment explorées.
Néanmoins, cette relecture écologique de Marx constitue un apport théorique majeur pour penser la transition vers une société post-capitaliste écologiquement viable. Un ouvrage stimulant qui nous invite à réconcilier la critique marxiste du capital avec les impératifs écologiques contemporains.
Kohei Saito développe la pensée selon lui du "Marx tardif", qui n'a pas publié durant les 15 dernières années de sa vie, et qui remettrait en question sa vision d'une Histoire progressiste et européo-centrée, s'ouvrant avant l'heure aux questions de décroissance et de limites, toujours avec le travail au centre de sa pensée. Quant au futur des sociétés modernes, si elles veulent éviter le triple écueil de la barbarie incontrôlée, du carbo-fascisme ou du maoïsme écologique, il passe par une remise au centre de la démocratie et des communs, à même de définir les bonnes manières de faire décroître radicalement une économie marchande débridée et délétère pour faire croître une économie non-marchande et porteuse de sens : privilégier la valeur d'usage à la valeur marchande Le contraire donc de l'essence même du capitalisme, qui place la valeur marchande au sommet de toute activité, en dépit des nombreuses contradictions que cela occasionne et la mise en péril de la civilisation moderne à moyen terme.
Livre assez compliqué à lire (et chiant aussi). J’ai l’impression que l’auteur se perd dans ses explications, il tourne autour du pot, puis revient en arrière avant d’expliquer de nouvelles théories menfin bref.
Le fond tout de même reste sensé et il est évident que le système capitaliste actuel nous emmène tout droit dans un mur.
Après de là à affirmer que le communisme de décroissance soit la seule issue viable j’ai du mal à y croire …
Une écriture simple, limpide, qui explique très clairement les ravages du capitalisme sur notre environnement et qui propose des solutions pour stopper la destruction de notre planète. Une lecture d’utilité publique