"Il allait être neuf heures. Les grenouilles coassaient bruyamment dans l'eau dormante de la mare et, dans le ciel profond, toutes les étoiles étaient nées." Marie est une jeune paysanne berrichonne qui vit avec sa grand-mère en marge du monde. À l'aube de la Première Guerre mondiale, un cousin propose à ce duo solitaire de le rejoindre pour s'installer dans les communs d'un château. Pour Marie s'ouvre le temps béni des "Chaumes", le nom du domaine. C'est au coeur d'une nature resplendissante qu'elle va découvrir les plus vifs émois de l'existence. Écrit en 1937, célébré à sa sortie par, entre autres, Paul Claudel et Claude Simon, Campagne est un chef-d'oeuvre où le temps s'écoule à la vitesse de la nature ; un manifeste pour le rêve et l'aspiration au sacré dans le quotidien.
Née en 1908, originaire du Berry, Raymonde Vincent est née près de Châteauroux, dans une famille de cultivateurs. Sa mère, Céline Eugénie Guilpain (1869-1912), originaire de Chézelles (Indre), morte, c'est elle qui tient la maison de son père Auguste Aimable Vincent (1872-1938), originaire d'Argy (Indre) , métayer exploitant une ferme dépendant du château de la Lienne à Saint-Maur. Le catéchisme mis à part, son instruction est négligée. À dix-sept ans, elle part pour Paris où elle trouve un emploi dans le commerce et pose comme modèle pour Christian Caillard, Georges Klein et Alberto Giacometti. Elle rencontre, en 1926, Albert Béguin (1901-1957), universitaire qui deviendra un essayiste, un critique et un traducteur renommé, qu'elle épouse en 1929 en Suisse.
Grâce à Albert Béguin qui l'encourage et la guide, Raymonde Vincent rattrape en quelques années la carence de ses études et s'intéresse à la peinture, à la musique et au théâtre. Pourtant, c'est la nostalgie de son passé de paysanne qui va lui inspirer son œuvre la plus marquante : Campagne pour laquelle le prix Femina lui a été décerné en 1937 notamment face aux ouvrages de Robert Brasillach et Henri Bosco.
En 1941, Raymonde Vincent retourne habiter dans l'Indre à Villers-les-Ormes, avant de s'installer en 1957 à Saint-Chartier où elle meurt en 1985. Elle est enterrée à Saint-Lactencin.
En lisant Campagne je m’attendais à un livre plus ennuyeux rempli de descriptions. Finalement j’ai été très surprise, il s’y passe des événements plus ou moins marquants tout au long du récit. J’ai beaucoup aimé la simplicité des descriptions du domaine des Chaumes qui étaient poétiques et parfois même féeriques. Je me suis attachée à cette famille de paysans. A chaque fois que je reprenais ma lecture c’était un arrêt dans le temps alors même que leur vie suivait la course des saisons. J’avais l’impression parfois d’être vraiment a côté d’eux et de ressentir le printemps par exemple. C’était extrêmement réaliste alors que c’était écrit de manière très simple.