Etats-Unis, à la fin des années 1950. Lilly vit à Harlem avec ses parents, Joanna et Eddy, ainsi que sa petite soeur Sarah. Sa mère est la seule femme blanche du quartier. Elle a épousé Eddy contre l'avis de ses parents, qui l'ont chassée. Une partie du pays se soulève pour exiger la fin de la ségrégation raciale. Un jour, Lilly croise une fille de son âge, seule, blanche et blonde, dans sa rue.
Dans une Amérique en lutte pour ces droits civiques, une jeune métisse tente de réconcilier sa mère blanche avec sa famille qui l'a reniée lorsqu'elle s'est mise en couple avec un homme noir. Deux cousines qui se retrouvent et tentent, envers et contre tout, d'apaiser les rencoeurs familiales, alors que Rosa Parks refuse de céder sa place à un blanc dans un bus et que Martin Luther King rassemble les foules lors d'un discours historique à Washington. On dévore ce roman plein de bienveillance qui expose le racisme à hauteur d'enfants.
Je remercie les éditions École des loisirs pour l'envoi de ce service de presse.
"Harlem" fait parti de la sympathique collection "Neuf" destinée au lectorat intermédiaire. Prenant place dans les années 1950 dans un Harlem essentiellement peuplé de personnes noires, alors que se dessinent les moments historiques entourant la reconnaissance des droits civiques des afro-américain.es. avec , notamment avec le révérend Martin Luther king.
Lilly est l'aînée de Johanna et Eddy, un couple composé d'une femme blanche pianiste et d'un homme noir danseur de claquette, unis autant par leur amour réciproque que leur passion commune pour la musique. Mais la pianiste a été répudiée par sa famille, qui n,a pas accepté qu'elle se marie avec un homme noir. Ainsi, Johanna est l'une de très rares femmes du quartier new yorkais de Harlem. Un jour, Lilly constate qu'une jeune fille aux cheveux blonds apparait devant son école. Cette jeune fille, Hélène, a parcouru une longue route depuis le quartier de Manhattan dans le but de parler à Lilly. Ce qu'elle lui révèle changera leur vie.
Roman doux-amer sur les thèmes centraux de la famille, du racisme et de l'espoir, c'est aussi une histoire sur l'absurdité de la discrimination et du paternalisme, qui brime aussi bien des familles que des communautés. À hauteur d'enfant, on navigue dans un petit monde où deux jeunes filles liées par le sang cherche à se connaitre, indignées par l'injustice de leur situation et mue par l'espoir d'un monde moins divisé. Une histoire remplie d'espoir sur le courage de la jeunesse et sur la force du pardon, également.
Attention, à partir d'ici, il y aura des divulgâches.
Hélène est un personnage que j'affectionne beaucoup, car non seulement elle contrevient directement à l'absurdité d'une situation familiale résultant d'une pensée arriérée- ce qui pour une enfant de son âge est culotté!- elle a aussi cette une personne qui passe au travers d'une classe sociale pour s'intéresser à un autre univers. Imaginez un peu le miracle que ça représente d'être une enfant issue de la bourgeoisie blanche et protestante et avoir quand même assez de bon sens et d'ouverture pour ne pas tenir compte du fait que sa couine est tout le contraire de sa situation. Lilly est issue d'un classe ouvrière, qui sans être dans une famille pauvre, ne nage pas dans l'opulence matérielle. Je note d'ailleurs qu'on ne sens pas beaucoup le poids de la pauvreté dans le roman, sans doute parce que ça n'inquiète pas notre protagoniste. Voir Hélène entrer en contact avec cette cousine qu'elle a tant cherchée et découvrir tout l'envers de décor de cette recherche était touchant à lire. Hélène n'a pas l'ombre d'une vanité bourgeoise, elle est au contraire très terre-à-terre et empathique.
J'ai aussi beaucoup aimé la brève mais pétillante présence de Jack, lui aussi personnage blanc de milieu bourgeois, joyeux comme un rossignol et passionnée de mode jusqu'au bout des ongles. Gentil, optimiste, généreux, c'est le genre de personnage dont je raffole en jeunesse parce que c'est un beau modèle à mes yeux, loin de ces exécrables "bad boys" mesquins, prétentieux et sans coeur que je croise encore trop en littérature. Bon, le fait qu'on le qualifie de "bizarre" au moins six fois est un peu décourageant, mais bon, on est dans les années 50 du siècle dernier, j'imagine que ça s'explique.
On découvre que la famille d'Hélène a pour ainsi dire "effacée" Joanna, la mère de Lilly, comme si elle n'avait existé. C'est dire le niveau de rejet qu'a subit Joanna, simplement pour avoir marier l'homme qu'elle aime, mais qui n'était ni de son ethnie ni de son statut social. Néanmoins, là on c'est intéressant, c'est le fait que la seule volonté du grand-père qui est à l'origine de ce rejet. Clara et Harold, les frère et soeur de Joanna, ont vécu dans le regret et la tristesse de cette décision, même s'ils n'ont pas eu non plus le courage de passer outre la décision paternelle. C'est illustrer l'emprise de cet homme sur sa famille et malheureusement, c'est là un travers déplorable du paternalisme dans un modèle familial. Il aura fallut l'ingéniosité et la détermination d'Hélène, enfant unique dégoutée du mensonge et de l'injustice, pour rapprocher la fratrie, finalement. Une fratrie qui s'est retrouvée avec beaucoup d'émotions, d'ailleurs.
Enfin, c'est un peu de l'ambiance sociale de Harlem qu'on découvre dans ce roman, ses accents jazzy, ses rues peuplées d'enfants amoureux de la neige et des jeux de groupe, alors que New York est en bonne voie de connaitre un changement social salvateur pour l'équité et l'égalité de ses citoyen.nes. Il faut dire, il y aura eu des situations aberrantes pour que ces changements arrivent, notamment l'arrestation de Rosa Park, qui ne voulait pas céder son siège à un homme caucasien dans un bus. C'est aussi une époque sans réseaux sociaux, donc Lilly et Hélène ont du s,Établir un canal de communication sur papier, une correspondance secrète.
Je mentionne également la facilité du texte, très accessible, sans être simpliste. La seule chose que j'aurais souhaiter est une meilleure fluidité sur les dialogues, car parfois, on ne sait pas trop qui parle, et un peu plus de détails sur le physique des personnages.
Comme je le disais, un roman doux et léger par ses jeunes personnages rafraichissants et dégourdis , mais avec l'amertume du contexte social encore fortement teinté d'intolérance. le genre de roman qui va être une crème à encourager auprès des profs du niveau primaire, autant pour son sujet pertinent que sa douceur digne d'une crème glacée chocolat-vanille.
Pour un lectorat intermédiaire à partir du 2e cycle primaire, 8-9 ans+
Catégorisation: Roman fiction français, littérature jeunesse intermédiaire, 2e cycle primaire, 8-9 ans+ Note: 8/10
J’ai reçu cet ouvrage au CDI en abonnement cadeau avec la livraison de janvier de l’Ecole des Loisirs Supermax. Je le lis afin de pouvoir partager avec mes élèves de 6èmes qui sont abonnés ! Quel plaisir de se transporter à New York, Harlem, dans les années 50-60 avec ces deux petites filles intrépides que sont Lilly et Helen. Le vocabulaire est simple, la ville et l’ambiance sont très bien décrites. On sort de cette lecture enrichis d’une page d’histoire. J’ai beaucoup aimé !