Comme tous les matins, Iode attend une lettre que le facteur tarde à lui apporter. Une lettre qui ne vient jamais. Décidé à retrouver son courrier perdu, Iode prend le chemin de la ville. Sur la route, il rencontre Frangine, une jeune fille qui effectue une livraison pour le compte de La Pieuvre, la mafia locale...
Ce qui interpelle en premier lieu avec Lettres Perdues, c'est son visuel. On ouvre la première page, et on se prend de plein fouet le style de Jim Bishop. On y sent poindre parfois l'inspiration d'Hayao Miyazaki, mais la plupart du temps c'est un trait résolument personnel, que l'on n'a vu nulle part ailleurs. Rond, coloré, poétique, entraînant, il nous attire comme Alice à l'intérieur du terrier du lapin blanc.
Puis petit à petit, et malgré un humour décalé rafraîchissant, on constate que toutes ces couleurs pop et saturées sont là pour édulcorer un récit bien sombre. Enquête policière, mafia, troubles familiaux, deuil... On est absorbé par le contraste entre les dessins et le scénario. Comme Iode, naïf au début de cette histoire, on ouvre doucement les yeux à la réalité du monde.
C'est une vraie surprise. Un coup de coeur qui se laisse apprivoiser et qui continue de grandir chaque jour. La façon que Jim Bishop a de traiter ce récit initiatique, teinté de deuil et de syndrome post traumatique est atypique, inattendue et superbe.
Parfois (souvent) au détour d'une phrase, d'une scène, ou d'une chevelure flamboyante, on devine le fantôme d'Antoine de Saint Exupéry. Et on ne peut s'empêcher de penser au Petit Prince. Lettres Perdues en serait une réinterprétation moderne ? Je ne sais pas... Mais en tout cas ça marche sur moi 🤍