Une fiction située dans le futur et qui s'inscrit dans le genre de l'afrofuturisme qui questionne, problématise et rend compte, dans un récit, des questions d'archivages et de rejets de certaines archives au profit d'autres.
En présentant une protagoniste dans le futur qui effectue sa thèse sur les archives des communautés Noires au Canada (et on parle surtout ici des communautés haïtiennes), l'autrice présente comment les institutions sélectionnent des archives et en excluent d'autres. À travers le "manque d'espace", la perte de données, la corruption des données, la nécessité de souscrire à des programmes extrêmement dispendieux, la protagoniste finie par renouer avec des archives plus personnelles, extraites du numérique et du vol et de la destruction "accidentelle" d'archives qui voulaient être mise en commune, mais jamais protégées réellement du système.
C'est quand même un récit très "méta-" d'un bout à l'autre, mélangeant la véritable archive et les questions d'archivage avec le roman, rendant certaines "archives" présentées dans le livre de manière très muséale (c'est-à-dire, non commentées ou avec un minimum de description). On spécule sur ce qu'il adviendra des archives et des nouvelles manières dont on justifiera l'exclusion (et comment l'intelligence artificielle contribuera à ruiner encore plus les recherches) tout en parlant de ce qu'il se fait en se moment et des critiques qu'on peut avoir en ce moment.
J'avoue ne pas avoir été très interpellé· par la partie plus narrative du roman, ça se veut un récit extrêmement hybride aux frontières mouvantes, ce dont je suis d'habitude fan, mais la perméabilité avec l'essai (souvent inséré comme tel) est peut-être ce qui brisait un peu la magie des genres (ça et les commentaires méta-narratifs en continue, ce n'est pas un défaut du récit, c'est une lassitude que j'ai de manière générale avec le "méta-").
J'ai bien aimé par exemple, outre les inscriptions génériques, la filiations avec les écrivain·es haïtiens et Noirs au Canada qui nourrissent le récit, l'archivage et la question de la mémoire et c'est un élément élégamment tissé dans la narration.