Un roman social fracassant.
Le premier chapitre glace le sang en nous proposant un meurtre. Nous faisons connaissance d’Arthur, nous découvrons cette scène de crime avec ses yeux. Qui est mort ? Qui est l’assassin ? Quel est le mobile ? Nous l’ignorons et n’aurons ces réponses qu’à la fin de « Fracture(s) ».
Retour en arrière, quelques mois plus tôt. Arthur est un collégien modeste sans histoire. Il vit en banlieue avec Sabine, sa mère, et n’a jamais connu son père. Sabine s’est toujours sacrifiée pour offrir le meilleur à Arthur, pour qu’il s’élève socialement et qu’il puisse étudier afin d’avoir un beau métier. Arthur fréquente le collègue privé de la ville, où il admire l’un de ses camarades de classe, Côme. Côme, le fils du directeur de la clinique où travaille Sabine. Côme, qui vit dans une superbe villa, ses vacances au ski, sa famille parfaite, son argent, sa classe sociale. Côme qui deviendra son ami. Enfin, c’est ce qu’Arthur tente de se convaincre.
Honteux de ses origines, Arthur fera tout pour s’identifier à Côme, pénétrer dans cette vie dorée, s’y intégrer, en ramasser le plus de miettes possible.
« Fracture(s) » est un roman social incroyable. Grâce à Arthur et Côme, le lecteur plonge dans les difficultés de deux classes sociales totalement opposées. Arthur passe du temps sur les barrages montés par les gilets jaunes, est au plus proche des familles ayant du mal à joindre les deux bouts. Côme, jeunesse dorée imbibée par le fric, les joints et la coke. Les tensions sociales grimpent d’un cran au cours du roman, permettant au lecteur de s’interroger sur notre société, ses inégalités et l’influence des chefs d’entreprise.
« De loin, ils ressemblent à ces groupes d’amis que l’on croise parfois le week-end. On pourrait croire qu’ils sont réunis pour boire un verre, jouer aux cartes, parler du temps qui passe. On oublierait presque la vraie raison de leur présence : crier au monde leur misère. »
« Fracture(s) », c’est une histoire d’amour. L’amour maternel de Sabine pour son fils. Elle veut tellement bien faire que finalement, elle fera tout de travers. Sans le vouloir, elle va les précipiter dans un gouffre sans fond. A force d’étouffer Arthur, celui-ci va se détacher d’elle, l’adolescence et les conflits avec la parentalité sont exacerbés par le manque de communication et l’indifférence qui s’installent inexorablement. D’autant qu’après avoir tout donné pour Arthur, Sabine décide enfin de vivre pour elle, s’éloignant de son fils, ne voyant pas combien il va mal.
« Il sent leur peur. Il a envie de leur dire de faire comme lui, d’arrêter de s’accrocher à leur vie de mouton. De cesser de trembler et de prendre le pouvoir. De rejoindre leur combat car ils ont beaucoup en commun. »
« Fracture(s) », c’est un roman d’amitié. Une amitié à sens unique, celui d’Arthur vers Côme. L’admiration qui va se transformer insidieusement en jalousie. Arthur rêve de la vie de Côme. Une relation toxique, sans limites, fondée sur la dépendance émotionnelle et le mépris. L’adolescence est une période où l’on se cherche. Arthur, lui, va trouver. Les mauvaises fréquentations, les influences des uns et des autres, les choix à faire, ou ne pas faire. Arthur s’enfonce loin dans la noirceur. Le lecteur assiste impuissant à cette descente. Jusqu’où ira Arthur ? Va-t-il réussir à se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard ?
Une intrigue, discrète, interroge et garde le lecteur en haleine, l’air de rien. Attention, je ne parle par du premier chapitre, non, Lidwine nous offre autre chose en supplément ! Un petit côté thriller qui ajoute du suspense et change la donne, puisque le lecteur, de témoin, devient plus actif, car, lui aussi cherche le coupable. Et se perd dans la liste des potentiels suspects. Lidwine tient son lecteur, ne le lâche pas, le bouscule, le pousse, lui aussi, dans ses derniers retranchements. Au même titre que son personnage.
J’ai trouvé en « Fracture(s) » un roman bouleversant, une plume nette, fluide et percutante. Une construction implacable. Je me suis identifiée à Arthur, c’est un personnage dense et enivrant. La connexion émotionnelle avec lui était assez puissante, cela m’a déstabilisée, mais aussi permis une expérience littéraire d’une belle intensité. Le thème du roman place le lecteur devant les aspects sombres de notre société, c’est cash, c’est émouvant. Impossible d’ignorer cette réalité révoltante.
Je vous conseille cette lecture, pour la découverte d’une nouvelle plume et d’un récit qui laissera son empreinte dans votre esprit.
« La voix inquiète de Sabine lui transperce le cœur. Mais il lui en veut tellement de trop l’aimer, de s’inquiéter pour lui sans cesse, de l’étouffer par sa sollicitude. Il voudrait se débarrasser de tout cet amour encombrant, dégoulinant et asphyxiant. »
Je remercie les Éditions Livres Agités pour cette lecture.
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