J'ai bien aimé à ma grande surprise. Je m'attendais à me faire précher la morale mais c'était finalement le contraire. Ce qui m'a le plus surpise, c'est que quand on pense à l'époque du roman, on pense à l'Église et que c'était le règne du puritanisme dans lequel les femmes étaient perçues comme sans désir et dans lequel on voyait le sexe presque avec un oeil de dégoût. (En tout cas, moi c'est comme ça que je l'imagine). Pourtant, le désir est un thème constant au travers de l'oeuvre (Claude Henri utilise tout le vocabulaire existant qui y est relié pour qualifier le plaisir (N'importe lequel, de manger, de l'avarisme, etc) et même ses comparaisons sont pour la plupart en rapport à la jouissance de l'acte sexuel. Puisque c'était une oeuvre clé connue, lue et admirée de tous, on peut en déduire que ce n'était pas un sujet aussi tabou qu'on le pense.
Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est la description du prêtre. Comme plusieurs québécois, j'ai une histoire turbulente avec l'Église catholique et ai vécu plusieurs traumatismes qui font que j'arbore malgré moi beaucoup de ressentiment envers l'Église pour ses abus de pouvoirs, en particulier le clergé. Cependant, ça m'a vraiment touchée de lire la desciption du prêtre qui se donne pour les fidèles et dans les mots d'Henri : ''Il eût dépouillé le Christ par amour du Christ'' et qui dévouait sa vie par amour, simple et désinteressé, envers absolument tous. Un amour qui n'est pas plein de discours ou de théologie, mais simplement de charité. J'ai trouvé que la desciption était tellement personnelle et spécifique qu'on dirait qu'elle décrivait une personne particulière et ça m'a vraiment touchée et amené un baume sur mes blessures de penser au fait qu'il y a des coeurs qui sont bons partout. Et je l'espère, qu'un jour ce prêtre ait existé. Et ce n'est pas la théologie qui prêche l'amour qui est mauvaise, mais les individus qui en abusent. Donc, bref, de voir l'Église comme une force qui a aussi été présente pour réconforter les malades, les mourants, les pauvres, les perdus, c'était touchant.
Ce que j'ai moins aimé, c'est la description de Séraphin. Je pense que l'idée de m.Grignon était de ''faire peur'' aux gens du ''péché'' qui peut englober toute une personne, mais dans la vie de tous les jours, je trouvais que c'était tellement une vision caricaturiste, dénuée d'humanité de quelqu'un, qu'il était difficile de s'y identifier ou d'y voir une représentation de ceux qui nous entourent(mais peut-être que je suis trop optimiste ou que j'ai simplement été chanceuse jusqu'à maintenant.) Je n'ai jamais particulièment apprécié les caricatures cependant, donc c'est peut-être aussi simplement une question de goût. J'imagine que des personnes autant dénuée de morale existent, cependant, je crois qu'elles sont rares et je trouve qu'Henri aurait pu partager son idée de façon plus pertinente en décrivant comment les gens peuvent oublier leur moralité en étant tellement dans le plaisir immédiat ou en étant faible. Quelqu'un qui ''se sait cruel'' et s'en fout, ça l'existe je l'admets, mais un historique les a amené à ce point. Peut-être un manque de réponse à leurs besoins qui font qu'ils se replient sur eux-mêmes et arrêtent de se soucier des autres parce qu'ils sont trop concentrés à eux se sentir bien. Ou comme dans le cas de Séraphin, des problèmes de maladie mentale (parce qu'on s'entend, il ne réfléchissait pas normalement), mais la description vraiment trop simpliste de l'homme mauvais, je ne l'ai pas comprise ou apprécié. Quel était le but?
L'avarice s'est fait homme et ai morte et a été malheureuse par avarice. Donc l'avarice, le péché est mal. (Conclusion de l'oeuvre)
Un plus cependant qui fait que je recommenderais à tous de lire l'oeuvre: elle permet d'étudier la vision des hommes par rapport aux femmes de l'époque ainsi que leurs vécus: elles sont toujours, constemment décrites par leur apparence et leur sensualité ou par leurs prouesses ménagères, (et vraiment toutes celles décrites sont désirées par les hommes) tandis que les hommes ont droit à une description de leur caractères, de leurs qualités et défauts. Elles sont 100% objectifiés et d'ailleurs, il y a plusieurs instances de viol qui sont relatées de façon complètement désinvolte, sans vraies conséquences qui s'ensuivent. C'était vraiment dégoûtant de lire sur des monsieurs adultes de quarante ans qui salivent sur des fillettes de quinze ans. Ou 12 même dans le cas de la pauvre Donalda. Les femmes d'ailleurs ne semblent pas trop avoir de contrôle sur leurs vies, ce sont soit leurs pères qui décident de ce qu'elles font (par exemple, Alexis (que j'aime vraiment n'en doutez pas), ne demande pas à sa fille si elle veut aller aider Donalda, il l'envoit avec Séraphin juste comme ça (quoique peut-être tous les enfants étaient traités comme ça indifféremment du sexe) et ce sont les pères qui approuvent ou refusent les demandes de mariage. Une fois mariée, elles n'ont pas de pouvoir décisionnel non plus. L'abus physique faisant partie simplement de la vie. Même Alexis qui est aimé par sa femme et qui semblait retourner son amour aussi(quoique le plus tragique dans cet histoire, c'est que Donalda et Alexis s'aimaient d'après moi) la trompe.
La vie religieuse étant tellement imprégnée dans l'oeuvre, c'était étrange de lire en même temps autant de corruption.
Un autre aspect que j'ai adoré, c'est que Séraphin était tellement malheureux, mais d'autres (comme Alexis) continuaient de vivre leurs vies heureux. On passe tous un jour ou l'autre par se demander comment on peut coexister avec le mal, comme faire pour vivre dans un monde aussi injuste et violent et mauvais (et personnellement, je trouve que c'est notre rôle d'intercepter ce mal(que les villageois auraient dû faire quelque chose, Alexis aussi) , mais qu'on peut simplement continuer de vivre notre bonne vie et laisser les gens continuer de se rendre malheureux. Tant pis pour eux. Et que leur méchanceté ne nous empêche pas à nous de choisir de vivre une belle vie.
Mais bref, j'aurais beaucoup d'autre choses à dire, mais je ne veux pasque ça devienne trop long. En résumé, l'histoire se lit bien. Les expressions sont belles (c'est tellement poétique le québécois. Je suis fière de notre langue) et c'est divertissant. Personnellement, je ne trouve pas que c'est de la haute littérature(très poussé au niveau de la narration ou des personnages, et ne vous fera pas nécessairement réfléchir), mais c'est une excellente oeuvre pour avoir une idée de la société québécoise d'antan et de ses moeurs, et donc par cette qualité, mérite sa place dans les oeuvres classiques/ le corpus littéraire.