Comment parler d’amitié, raconter cette autre famille que l’on dit choisie et qui permet d’inventer de nouvelles formes de vie ? La narratrice part à la recherche de son passé et explore la multiplicité des liens à l’oeuvre dans son existence. Traversé de photographies inédites provenant d’archives queer, ce livre puissant et sensible est un roman de l’amitié, une tentative pour dire la puissance politique de ce sentiment et sa force de réinvention. Un désir démesuré d'amitié interroge plus largement la question de la filiation : comment se composer une généalogie alternative, sauver de l’oubli les vies que la mémoire majoritaire dédaigne pour s’inscrire dans un récit non plus seulement intime mais collectif ? Car l’enquête menée ici est aussi destinée à d’autres : « Je me dis que quitte à s’inventer de nouvelles histoires de famille, autant les mettre en commun. »
un milliard de choses à dire sur ce livre qui m'a bouleversée et pourtant les mots me manquent. ça touche à l'intime tout en dedans de moi. depuis plusieurs années maintenant je m'interroge sur mon propre "désir démesuré d'amitié", ce besoin viscéral d'être entourée, d'aimer et d'être aimée, d'être avec mes semblables, d'approfondir les liens qui bien souvent se brisent très vite chez moi. je m'interroge car ce désir reste non assouvi, c'est un échec : je n'ai pas de communauté, je n'ai pas de bande de potes, d'amies fidèles là depuis 24 ans. j'ai des camarades de classe qui deviennent des amies et qui continuent leur vie avec d'autres. je me lie avec les hétérosexuelles et leurs vies bien rangées prennent le dessus sur l'amitié que je chérie de tout mon être. ça a été ça pendant 24 ans. ça l'est encore. et j'ai beau parfois dire que je n'ai pas d'amies, j'ai des copines-amies-camarades-collègues que j'aime d'un amour fou et qui marquent ma vie. mais voilà donc, pas d'amitié queer, pas de grandes tablées le dimanche dans une maison à la campagne ou de brunch parisien, pas de fêtes, pas de cigarettes échangées, pas de soutien émotionnel quand tout flanche, pas de plans sur la comète ni de promesses ni de désir d'enfanter ensemble, d'habiter ensemble, de faire la révolution ensemble. une profonde solitude comble le vide laissé par ce désir démesuré d'amitié. alors lire dessus, là, comme ça, un dimanche d'automne maussade en SPM, c'était dur, rude. lire les amitiés et les amoures homosexuelles, lesbiennes, queers. lire le sida et les années 80, 90, c'était bouleversant. parce que l'amitié naissait du besoin viscéral des autres pour ne pas mourir, de la communauté vitale nécessaire à la survie des queers, des bizarres, de p*dés. les archives, les photos, les histoires me remuent. parce que c'est la vie vécue et la famille "que nous choisissons". parce que politiquement, aujourd'hui, c'est peut-être la seule alternative à l'extrême-droite mortifère et destructrice et violente : être ensemble, se soutenir, s'aider, s'aimer. le privé est politique, toujours. et la solitude est une arme créée par les dominants.
Probablement l'une des lectures les plus importantes et marquantes de mon année. Toute personne queer, toute personne marginalisée, toute personne issue d'une minorité, devrait lire ce livre et y trouver du réconfort. Éblouissant de chaleur et de générosité.
Hélène Giannecchini interroge le "kinship" et la notion de famille choisie, entre autres dans les espaces et communautés queers. Je m'y suis justement senti comme à la maison, tour à tour consolé, peiné et galvanisé par les mots de l'autrice. "Un désir démesuré d'amitié" est un livre d'une tendresse sans faille, un hommage aux générations passées sans qui rien n'aurait été possible aujourd'hui.
Les mots ne sont pas assez fort pour décrire cette lecture. C'est un roman-essai qui m'a bouleversé, dans lequel je me suis reconnu tant de fois, dans ce que je souhaitais, dans ce que j'imaginais. Les mots ont fait écho en moi. L'amitié et la "famile choisie" est quelque chose de primordiale dans ma vie et Hélène Giannecchini en parle merveilleusement bien. Et l'importance des archives queer est également très important pour moi, j'y pense rien qu'en achetant un livre écrit par une personne queer, une illustration créée par une personne queer. C'est mes archives personnelles.
J'ai trouvé beaucoup de choses stimulantes, intéressantes ou bouleversantes dans ce livre, porté par une belle écriture qui permet de montrer la specificité de l'histoire queer, dont le partage est lui-même une forme de sociabilité.
J'ai failli ne pas écrire d'avis car il y en a déjà plusieurs qui relèvent les points positifs, mais quelques détails m'ont dérangée.
Déjà, mon édition était moche. La couverture (autrice en rouge, titre en noir, fond blanc cassé) la police, les marges, les photos petit format en noir et blanc alors que les descriptions parlent de couleur.
Ensuite sur le fond, j'aurais aimé plus d'explications sur certains points (quels sont les obstacles concrets qui l'empêchent de vivre son utopie amicale, "le mot "allié" c'est mal ça fait penser à l'ONU" ??? Il y a douze manières possibles de lire cette phrase), j'en ai trouvé d'autres performatifs (la violence de voir un homme handi sans domicile s'effondrer sans que personne ne l'aide... mais la narratrice ne l'aide pas non plus ?, critiquer un homme gay car il a "bien gagné sa vie' pour enchainer sur les étés passés dans une résidence secondaire) et enfin des manques que je n'ai pas compris (critiquer la volonté de faire famille sans vraiment évoquer à quel point ne serait-ce qu'un parcours de PMA est difficile par exemple, ne jamais se placer dans une optique de don aux générations suivante, insister sur l'importance des archives et de l'histoire en ne parlant quasi-exclusivement que des US).
Cela n'enlève rien à toutes les forces de ce roman/essai.
Hélène Giannecchini nous propose un très joli livre, entre récit et essai, sur la puissance politique de l'amitié et des familles choisies. C'est aussi le récit, agrémenté de photos, de vies qui auraient pu être oubliées car non racontées voire cachées par les familles biologiques. Il y a de très belles pages dans ce livre, pas très loin du coup de coeur.
Excellent ! Tout y est. C'est un sentiment assez rare mais je sais déjà que je relirai ce livre tant les propos ont résonnés en moi.
Entre le récit et l'essai, c'est une magnifique lecture qui sait trouver les mots justes pour décrire ce qu'on espère. Toutes ces réflexions gagnent à être connues et chaque chapitre apporte son lot de bouleversements, mais aussi d'archives et de références méconnues qu'il faut chérir à tout prix.
Une des lectures les plus importantes pour moi à ce jour, sans aucun doute.
Je m'attendais à une approche très analytique, une exploration plutôt académique des liens hors-normes propres aux milieux queers, mais c'est plus une mosaïque de moment et de personnes, un patchwork hyper touchant tissé par une autrice qui cherche le lien, le fil rouge de ses propres récits. C'est beau
mon cœur pour ce livre ❤️🩹 il a vraiment mis du baume sur des endroits que j’ignorais en avoir besoin je pense qu’il est un peu niche mais que lorsqu’il trouve sa cible (les lesbiennes universitaires lol) il construit des maisons d’amour autour d’elle merci à chloé et helene de m’avoir influencée !
Para empezar qué pinchehermoso título. Sobre las historias y biografías no contadas, porque las marginalizó el régimen heterosexual. Hurgar en los archivos para encontrarlas, para contarlas, darles vida. Sobre las fotografías como testimonio de otras formas de vida, otras formas de existir, otras formas de familia. Pero también, ¿qué pertinencia/impertinencia de reclamar la noción de “familia” (fuente de muchas violencias, no solo símbolo de refugio) para otros tipos de afecto? Una búsqueda de una genealogía otra, para las personas queer, que de cuenta de las pérdidas humanas/familiares/amistosas/amorosas que dejó y deja el sida.
Je suis très émue, ça m’a beaucoup parlé, c’est le genre d’essai que j’aime le plus, entre le récit et la théorie, ce sont des sujets qui me parlent mais aussi des pistes de réflexions et des archives qui gagneraient à être connues et méditées chez nous les queerz. Vive l’amitié, vive la communauté.
J'attendais beaucoup de ce livre, l'amitié est un de mes thèmes de prédilection. Bien que celui ci ait été bien traité, j'ai l'impression qu'il y a un peu deux livres en un : l'amitié et la question des archives queer, et je crois que j'aurais préféré lire deux livres différents pour que chaque sujet soit approfondi à sa juste valeur, là je reste sur ma faim. Je pense tout de même que c'est un livre très important à mettre entre les mains des personnes qui ne pensent pas la place de l'amitié dans leurs vies, pour qui ce n'est pas une question existentielle.
J’aurais voulu mettre une sixième étoile tant j’ai aimé ce bouquin. Je l’ai trouvé renversant, il m’a ouvert les yeux sur plein de choses impensées jusqu’alors et a modifié le regard que je porte sur la vie, mes amies, la communauté et son histoire. L’autrice est impressionnante parce qu’elle embarque sa lectrice dans un continuum de concepts sans les perdre en chemin et la fait progresser le long des temps de vies partagées, qu’ils soient ceux d’inconnu.e.s glanés dans des archives ou la sienne. Grandiose
Je sais pas pourquoi je m'attendais à une fiction et moins à un travail d'archive, j'avais le désir d'histoires d'amitiés et moins d'analyse de photographie. Tout ça est bien écrit et très touchant néanmoins
J’ai beaucoup aimé ce livre, en regrettant juste que l’autrice ne développe pas beaucoup la réflexion sur la situation de son regard bourgeois et blanc.
Je sais pas exactement comment faire un review à la hauteur de ce livre. Il m’a fait du bien, il m’a fait réfléchir, il m’a fait aimer davantage ma famille et mes amies.
Mes highlight que je mets ici pour y revenir:
Donna Haraway Le concept de parent: faites des parents pas des enfants. Etre pere ou mere n’est ps donne mais plutot construit.
Deviance: c’est un défaut d’obéissance aux normes du groupe // trop souvent j’oublie cette définition et l’importance de s’entourer de déviance. It’s just more fun!!! Je dois arrêter de donner une connotation péjorative à ce mot.
Kinship : designe les liens familiaux mais pas seulement il englobe les liens affinitaires les alliances. Kath weston Family We Choose: Lesbians, Gay, Kinship
La rencontre avec Donna Gottschalk chez elle au vermont, absolument magique. On sent a quel point cetait un moment precieux et doux entre les deux femmes de deux générations, avec deux vécu différents.
L’importance de la mémoire: « nous avons besoin de savoir que nous be sommes pas accidentelles, que notre culture s’est développée et a évolué au cours du temps, que, comme d’autres, nous avons une histoire sociale composée de vies individuelles, de luttes collectives et de coutumes langagières, vestimentaires et comportementales. En bref, que nous avons l’histoire d’un peuple à raconter. Vivre avec une histoire, c’est non-seulement vivre avec la memoire de notre propre vie, mais aussi avec celle de la vie des autres, des gens que nous n’avons jamais rencontrés mais dont les voux et les actions nous relient à notre existence collective » Joan Nestle, voices from lesbian history 1982
—> les relations amicales qui nous fondent, la famille que NOUS choisissons, question de la filiation —> «Kath Weston insiste, elle écrit d'ailleurs « familles que nous choisissons » plutôt que « familles choisies ». Ce « nous », au cœur de son enquête, est une entité qui agit, décide. « Nous» est un pronom actif, politique, il laisse entrevoir la possibilité d'une communauté, même fugace, d'une alliance en dehors de la morale majoritaire. Il contient « je » et plusieurs « tu », il nous réunit et condense nos forces ; c'est certainement en apprenant à dire « nous » qu'il sera possible d'inventer et de défendre nos manières de vivre. » —> Dans La Contrainte à l'hétérosexualité, l'écrivaine Adrienne Rich introduit la notion de « continuum lesbien ». Ce terme inclut « les multiples formes de rapports intenses et privilégiés entre femmes, qui comprennent aussi bien la capacité de partager sa vie intérieure que celle de faire front contre la tyrannie masculine et que celle de donner et de recevoir un soutien pratique et politique ». Il ne s'agit pas d'un lien forcément sexuel, le continuum désigne une certaine forme de solidarité féminine, une capacité à unir et mettre en partage nos vies pour nous soute-nir.
« Une éthique de l’attention : faire place aux détails, aux figurants, aux vies considérées comme mineures ou méprisables, aux personnes en arrière plan des photos, les marginales, à celles qu’on ne nomme pas. »
C’est un intime, sur son rapport à l’amitié avec Noée, mais aussi historique et politique sur la communauté queer des années 60 à aujourd’hui. L’importance de s’y connecter pour mieux se comprendre et avancer. « Nous couper de notre histoire permet d’amoindrir notre puissance; les récits minoritaires sont tus parce qu’ils portent en eux une possibilité de subversion. »
Ça parle de « famille choisie » ou comment revoir la sémantiques et se ré approprier nos amitiés, nos amantes, nos histoires sans reprendre les codes capitalistes et catholiques.
Ou et comment vivre nos amitiés / nos familles choisies ? Elle rappelle le concept de Barthes : l’idiorrythmie, le vivre ensemble de groupe restreint, dans lequel la cohabitation n’exclut pas la liberté individuelle.
Bref, une bouffée de fraîcheur et d’apprentissage !
Aussi loin que je me souvienne, avoir envie de [personnes queer], c'était avoir envie de relations avec des [des personnes queer]. Ça a été pour moi toujours quelque chose d'important. Non pas forcément sous la forme du couple, mais comme une question d'existence : comment est-il possible [...] d'être ensemble ? de vive ensemble, de partager leur temps, leur repas, leur chambre, leurs loisirs, leurs chagrins, leur savoir, leurs confidences ? Qu'est-ce que c'est que ça, être [...], « à nu » hors des relations institutionnelles, de famille, de profession, de camaraderie obligée ? C'est un désir, une inquiétude, un désir-inquiétude qui existe chez beaucoup de gens.
« Être queer a transformé mon rapport à l'amitié, au couple, au foyer, à la famille, et a reconfiguré l'ensemble de mes relations, bien au-delà de la seule question sexuelle. Il s'agit avant tout d'un réagencement de la vie entière, de se mettre en mouvement, quand bien même ce serait par l'inquiétude comme le dit Foucault ; d'accepter d'être déplacée »
4.5 C'était un plaisir de lire ce livre, je m'attendais à un livre sur l'amitié mais j'ai lu un livre sur mon histoire en tant que lesbienne et la place de l'amitié dans ma culture. Cela me donne envie de partager ce livre à tous.te.s mes ami.e.s queer pour mieux connaître notre passé. J'ai beaucoup aimé : - une lecture où le féminin l'emporte sur le masculin, la grammaire évolue selon la règle de proximité et l'histoire racontée - les chapitres où l'autrice nous parle de son vécu - toute la partie historique de notre culture expliquée à travers des histoires concrètes J'ai moins accroché : - sur les moments d'interprétation de certaines photos dont on ne connaît pas la vraie histoire - les moments "juste" descriptif de son voyage même si j'admets qu'ils reflètent le travail de longue haleine nécessaire. -> Ayant assisté à une première lecture et interview en librairie, j'ai trouvé ces moments très importants et superbes à entendre de vive voix mais moins impactant à l'écrit