J'aime Dominique Fortier depuis ses tout débuts ("Du bon usage des étoiles" est un de mes livres préférés à vie), car je trouve que, d'une oeuvre à l'autre, l'écrivaine peaufine son univers, son style, qu'il y a toujours quelque chose de différent, un petit supplément de magie.
Cependant, cette fois, la magie n'a pas opéré pour moi. Bien sûr, j'ai été éblouie par la fragile beauté de l'écriture (Dieu que j'aimerais écrire aussi bien!!) et la luminosité des nombreuses métaphores et comparaisons (sûrement le trait le plus distinctif de l'écriture de Fortier), mais j'avais l'impression de lire une version un peu délavée des 'Villes de papier' et des 'Ombres blanches'. En effet, l'autrice, même si elle fait montre d'une certaine vulnérabilité, ne prend pas de risque ici, ne se met pas en danger et, comme il n'y a pas d'action, on a l'impression de faire du surplace (ce qui est le sentiment voulu, je pense, qu'on se sente comme Melville et comme la narratrice, "en attente" d'une relation qui finalement n'apportera rien - ou tout, si on veut). D'une certaine façon, le livre mime la manière Moby Dick, multipliant les détours, les connaissances encyclopédiques, afin d'éviter d'arriver à sa fin, ce que j'ai trouvé un peu angoissant (j'étais contente d'avoir déjà réussi à passer à travers le roman de Melville même si il est peu question de lui ici).
Cela dit, ça reste évidemment un excellent livre, meilleur que la plupart des livres, mais, dans la production de Fortier, je le place tout au bas de la liste. D'habitude, ses livres me remplissent et là je me suis sentie totalement épuisée à la fin de celui-ci. Je n'avais pas l'impression d'y avoir ma place autrement que comme spectatrice de son talent.
Edit: j'avais donné 3 étoiles, mais, après "maturation", j'en donne 4! :-)