Par l’absence, le cassé, le manque, le rompu, le raté, dans Trous, les mots se défont. Ils filent entre les doigts, perdent la tête, dévalent, disent deux choses à la fois. La langue descend dans le corps, retourne à la pulsion, tirée vers le bas par les comptines et les mots des vieilles magies. Elle s’abandonne au rêve, à la divagation, à la jouissance, aux premiers mots des bébés, au babil obscène des amants. Devenant autre, elle embrasse le cosmos, régresse jusqu’au vide de l’origine, jusqu’à s’engendrer elle-même.
Après La dévoration des fées, Catherine Lalonde explore un lyrisme primordial, le jeu du vers et l’espace de la page, dans une musicalité percussive, par moments brute, de la parole.
Catherine Lalonde est née à Montréal en 1974. Elle étudie le théâtre et la danse contemporaine. Elle publie son premier recueil de poèmes Jeux de brume/ vertiges (Le Loup de Gouttière) à 16 ans. Ses poèmes et nouvelles lui ont mérité le Prix Critères Intercollégial (1991), le Prix du Chantauteuil (1994), le Concours de nouvelles du Journal Voir (1996), le concours de l’agence Franco-Wallonie Bruxelles pour la jeunesse (1999) et le Prix de la nouvelle de la Société Radio-Canada (1997). Elle a remporté le prix Émile-Nelligan 2008 pour son recueil Corps étranger. Elle travaille en médias et communications, en journalisme et en entraînement physique. Elle donne de nombreuses lectures publiques et performances, et poursuit sa recherche et sa formation à ce niveau. En septembre-octobre 2009, dans le cadre du Festival international de la littérature, en collaboration avec le théâtre Musica Nocturna et invitée par Danse-Cité, Catherine Lalonde présente La nuit sera longue, un spectacle où se marient la poésie, la danse et le théâtre.
Je pense pas que la poésie doit être si complexe pour être. Certain vers sont biens, d’autres plaqués et le concept tourne très vite en rond (au fond de son propre trou).
edit:
j'ai vu une performance du recueil lors du festival de poésie de montréal et c'était écoeurant. ça ajoutait beaucoup de couches de sens et de texture au recueil. seulement, comme livre, sans la puissance du corps, je ne sais pas si le livre survit à sa propre existence.
"J'ai au cœur quatre trous de doux terriers avant l'amour ils meurent rouges à force de battre et de pousser chaque jour quelque huit mille litres de sang cette forte pluie du corps partout respirer."
"Je dis toi tu vois que je dis tu es l'écho cosmos papa tango chante où tu veux c'est abstrait un trou pour parler du passage faible d'une œuvre tu peux emplir."
Suivant La dévoration des fées, livre acclamé et magnifique s’il en est un, Catherine Lalonde propose Trous, un recueil très particulier! En effet, Lalonde propose une structure particulièrement différente, alors que La dévoration était un récit plutôt narratif, conçu comme un enchaînement de scènettes qui permettaient de progresser dans une histoire vers un climax, Trous est plutôt un recueil de poèmes cohérents et abstraits à la fois, orientés autour d’un fil conducteur qui déborde du seul mot afin d’atteindre le corps dans tous ses états.
Dans Trous, l’autrice propose un long poème découpé en parties plus ou moins courtes, dans lequel la forme est très importante. En effet, l’utilisation (ou non) de l’espace disponible vient contribuer à la compréhension de ce qui est écrit sur le papier. Ainsi, les trous du titre se retrouvent dans ce qui est dit autant que dans ce qui est montré, venant ajouter une couche à une œuvre envoûtante et complexe. J’ai d’ailleurs trouvé que le style de Lalonde me rappelait certains recueil de poésie québécoise des années 1960-70, parus à une époque où l’on se permettait de prendre de grande liberté avec les sonorités et les formes. Elle n’hésite donc pas à déconstruire et changer la structure du texte, d’un poème à l’autre, d’un vers à l’autre, d’un pied à l’autre.
Avec ses mots, Catherine Lalonde nous confronte au vide, aux trous, à l'absence. Ce livre m'a complètement perturbé l'esprit par la force de ses métaphores et de ses images. Il comporte un aspect psychanalytique très intéressant. Oeuvre unique, particulière et très intéressante.
Ce livre est absolument magnifique. Premier livre que j'ai lu de l'autrice. Je me précipite sur ses autres écrits et j'ai hâte de continuer mon voyage dans son univers. Les jeux d'écriture employés ici sont brillants. Wow!
Je crois que cet ouvrage est destiné à un public précis, niché dont je ne fais malheureusement (et manifestement) pas partie. Il y a ici et là des passages bien intéressants, mais à mon avis, la vie est trop courte pour s’obliger à lire des livres comme celui-là.
Un exercice qui tient pour moi davantage de l'oralité que de l'écrit, j'ai nettement préféré entendre l'autrice en interpréter (le mot me semble juste) des extraits que ma lecture du recueil.
Personnellement, j'ai pris plaisir à lire le recueil à voix haute, laisser le lyrisme de ses vers roulés sur ma langue. Elle joue aussi avec l'espace, je recommande fortement de lire la version papier (les versions numériques ne sont pas toujours à la hauteur visuellement parlant, surtout lorsque le langage visuel fait parti de l'œuvre comme c'est le cas ici).
Elle joue avec les mots, déconstruit et reconstruit et désarçonne le sens des mots. C'est une œuvre dans un style qu'on pourrait être dire d'expérimental. Je dirais que les thématiques qui en ressortent sont le vide, le corps, la pulsion, l'origine, la langue.
Le recueil m'a fait passé au style plus expérimental de la poésie québécoise de 1960-70, et même des années 80 aussi. (fragmentation / poésie visuelle avec une mise en page significative / spoken word)
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« Garde-les dans l’herbier.
Dans les papiers pliés la vie sèche mieux. »
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« Tant de colère elles font silence des mondes enracinés aux dents leur langue arrachée de l’ire une langue bouillie dans le trou d’écho des rêves
tel le mot l’en bas comme ici là-haut.
Trou dans tête c’est désir de vomir ses ires. »
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« Et je te conjure mort d’être aussi agréable et aussi terrible que le passage à l’amour »
Les trous, dans ces poèmes, sont ceux qui nous percent le crâne : les yeux, la bouche, les oreilles... Il est donc question des sens, mais aussi de ce qui nous traverse, de ce qui entre et qui sort, de ce qui fait passage, comme le langage.
L'écriture m'a semblé plus déconstruite, moins narrative que dans les livres précédents de l'autrice, mais j'y ai tout de même reconnu son style personnel. J'ai été un peu décontenancée en début de lecture : les vers saccadés énumérant des parties du corps me donnaient un peu l'impression de lire des comptines d'enfants perturbés! Mais le texte gagne de l'ampleur et prend son sens au fil des pages. Au final, c'est un excellent recueil, une exploration du corps et du langage à la forme très originale.