Petite agitation au bar littéraire avant-hier. Quelqu’un a remarqué la désignation auteur sans e au bout de mon nom. Avais-je définitivement adopté le masculin ? Allais-je prendre des hormones, subir les chirurgies ? Avais-je songé à la transformation littéraire ? Aux pronoms ?
France Daigle voulait écrire un livre-fable, un récit à la fois excentrique et concentré, qui se présenterait comme une évidence. Mais le livre se dérobe jusqu’à ce que deux événements viennent bouleverser son quotidien. D’abord l’acceptation de sa nouvelle identité de genre et sa décision de reconnaître sa transition vers le masculin. Ensuite l’apparition de la fable enrobée d’une personne, en l’occurrence une femme.
Je n’y croyais pas, aux muses. En tant que femme, je les pensais de simples figures symboliques plutôt inoffensives, à peu près l’équivalent d’un lutin pour un enfant. Aujourd’hui, en tant qu’homme, je suis absolument prêt à prendre au sérieux cette muse inoffensive.
Après Pour sûr, France Daigle poursuit son exploration des frontières et des oppositions – français-anglais, fille-gars, vivre-écrire, Acadie-France, Amérique-Europe –, autant de fantasmes déjoués ici avec une contagieuse désinvolture.
France Daigle est née à Moncton en 1953, où elle vit toujours. Auteur d’une dizaine de romans, elle a aussi coécrit plusieurs scénarios ainsi que quatre pièces de théâtre. Elle a remporté en 1991 le prix Pascal-Poirier d’excellence en littérature, décerné par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Elle a reçu le Prix du Lieutenant-gouverneur pour l’excellence dans les arts littéraires.
Je pourrais écrire "j'ai trouvé ce livre étrange" ou alors "il y avait beaucoup d'idées intéressantes qui semblaient manquer de cohésion ou de cohérence" ou encore "ça m'a rappelé quelques personnes rencontrées au cours de ma vie qui semblaient avoir les neurones en constante ébullition et qui se délectaient de leurs propres associations libres, qui ne semblaient faire du sens que pour elles / eux".
Je vais me contenter de dire que je n'ai absolument rien compris.
C'est un roman à clés, je crois, mais il semblerait que la clé ait été avalée par un marin qui se serait ensuite enroulé dans la chaîne la plus lourde qu'il ait pu trouver, et se soit jeté par-dessus bord pour couler au fond d'un abysse.
Ce que je veux dire, c'est que personne n'a la clé. Bref...
She had something powerful to say, she thought about saying it, and ultimately sided with oblique references to chemistry to obscure the few true sentences she could muster. Life is hard and so is this book.
C’est pas tant un livre qu’un tout petit cadeau que France nous fait. Un présent qui vient de son coeur et de son corps. Prenons-le comme tel. Comme quelque chose qu’on ne savait pas qu’on aimerait plus que tout parce que ça n’existait pas et qui soudain existe. Comme un enfant?
« L’enfant est-il tout enfant? Est-il mon enfant? Tout enfant est-il mon enfant? » (p. 90)
Petit livre pour se casser la tête (casse-tête). Lire France, ce n’est jamais une sinécure. Mais celui-ci est tout petit et se lit comme on avale un bon fruit mûr. On peut se saisir de toute sa rondeur, soupeser sa cohérence, sonder sa musicalité, sniffer sa senteur. Pi à la fin, well… on ne peut pas conclure pour sûr, mais c’était le fun.