Sur Sophis, chacun est soumis au règne implacable du Vent rouge. Simple phénomène météorologique ou manifestation surnaturelle, peu importe : quand il souffle, les souvenirs s’envolent, se mélangent, se perdent. Nul n’échappe à ses effets. Pour tenter malgré tout de protéger son secret, Anat va faire ses adieux aux trois corps qu'il a découverts plongés dans des cuves en zone interdite. Lorsque l'un d'entre eux revient à la vie, il est loin de se douter qu'un péril plus redoutable que l'Oubli menace sa planète. Elle s'appelle Satia Layre. Elle est partie de chez elle il y a plus de 400 ans. Elle n'a rien oublié de sa mission, et rien ni personne ne l'empêchera de la mener à bien.
Emmanuel Quentin est venu tardivement à la lecture.
Depuis qu’il a découvert Les Hauts de Hurlevent par l’entremise d’une soeur exaspérée de le voir bayer aux corneilles (activité au demeurant fort louable), il n’est plus capable de s’arrêter de lire. Sauf quand il écrit…
Hypocondriaque notoire, il est persuadé d’hyperventiler lorsqu’il n’a pas de livres à portée de main, aussi s’est-il arrangé pour devenir bibliothécaire.
Son dernier roman, Vent rouge, est paru en 2025 aux éditions Critic.
Sur Sophis se produit périodiquement le phénomène de vent rouge qui a pour effet de transférer un souvenir d’un individu à la personne la plus proche. C’est ainsi que le secret du jeune Anat va être découvert par sa communauté : il a caché à tout le monde l’Ordocrate qu’il a découvert dans le désert. Or ça faisait 400 ans qu’on n’avait pas vu l’un de ces Oppresseurs… ⠀ J’ai tellement aimé ce roman qui m’a embarqué du début à la fin ! Dès les premières pages, l’auteur nous propose un worldbuilding riche et inventif, avec notamment tout un système de mesure temporelle basé sur le vent, et même une faune et une flore toutes particulières. ⠀ J’ai aussi beaucoup aimé les personnages de ce roman, à commencer par Anat qui est vraiment attachant bien qu’un peu naïf. Satia est plus difficile à apprécier de par sa personnalité et ses convictions, mais elle n’est finalement que le produit de son éducation/conditionnement et l’on parviendrait presque à la comprendre. ⠀ À travers un récit savamment rythmé, j’ai vraiment adoré découvrir cet univers, que ce soit les NoMods et leur vie sur Sophis, ou les Oppresseurs venus de Madrigal. En finalement assez peu de pages, j’ai trouvé que l’auteur réussissait à nous proposer un univers vraiment riche et complexe, qui tient la route. Et qui est vraiment intrigant surtout ! ⠀ Du départ, j’ai été complètement happé par l’intrigue et je n’avais qu’une envie : découvrir tous les mystères de cette histoire. Qui est le Solitaire et quelles sont ses intentions ? Qu’est-ce qui est à l’origine du vent rouge ? Et de l’Oubli ? ⠀ Petite frustration tout de même, on finit avec pas mal de réponses mais pas toutes. Et on repart même avec de nouvelles questions autour de l’univers du roman. Personnellement, je choisis d’y voir un signe que d’autres romans compagnons (prequels, suites directes ou même spin off) pourraient voir le jour, d’autant que l’univers semble vraiment bien s’y prêter. ⠀ J’espère donc pouvoir revenir sur Sophis, découvrir Madrigal plus en profondeur, et/ou même en apprendre bien plus sur les Artefacts.
Eric et Critic l’ont bien compris, j’aime beaucoup l’originalité des décors de leur catalogue de SF. Je les remercie donc pour l’envoi de cette nouvelle aventure et la découverte de ce nouvel auteur français dans un texte qui m’a bien dépaysée.
Avec sa couverture un brin rétro, on peut dire que le titre interpelle. Un vent qui souffle, qui rappelle un certain sable, certaines épices. Une tête humanoïde mais aux marques rappelant des artefacts. Un regard pénétrant qui nous fixe et semble fouiller dans les âges. Il y a ici des allures cryptique qui invoquent inconsciemment ou pas d’autres grands auteurs/autrices de SF de notre bagage culturel, qui donnent irrésistiblement envie d’ouvrir le livre.
Vent Rouge est le 4e roman d’Emmanuel Quentin que je découvre ici, alors qu’il publie ses textes depuis une dizaine d’année aussi bien dans les collections poche de Pocket, que les grands formats de Mnemos/Mu et 1115. Il va falloir que je creuse la chose, surtout que c’est un amoureux de la SF et de ses concepts, ce qui me parle. Mais ici, l’éditeur nous dit que c’est la première fois qu’il se prête autant au jeu de créer son propre univers, son propre monde et que c’est ainsi son texte le plus abouti. Voyons.
Je dois avouer que j’ai trouvé la plume de l’auteur des plus abordables : multiples points de vue, chapitres courts, narration nerveuse. C’était agréable de pénétrer aussi facilement dans le monde qu’il avait imaginé, la planète Sophis où un peuple »non-modifié » vit au gré des bourrasque d’un vent très particulier qui balaye la planète. J’ai aimé la facilité avec laquelle l’auteur plante le décor et nous fait peu à peu découvrir les facettes de cette société qui repose sur la mémoire au lieu de la technologie, mais une mémoire bien plus développée que la nôtre et surtout une mémoire partagée, grâce aux expériences vécues au cours des bourrasque de ce Vent rouge. C’était très mystérieux et immersif, donnant une belle teinte dépaysante au décor, voire même une certaine fascination et mystification.
L’introduction de l’élément perturbateur fut tout aussi fluide, le jour où Anat découvre au détour d’un passage dans une certaine zone interdite, trois corps plongés dans des cuves et réveille l’un d’eux, ce qui n’était jamais arrivé. On plonge alors dans quelque chose qui me passionne et me fascine en SF : la rencontre de deux mondes, deux sociétés, avec des passés secrets entremêlés qui révèlent bien des tensions et complications, car bien sûr cette nouvelle personne : Satia, n’a pas que des intentions pacifistes, loin de là et vient d’une société bien différente, très contrôlante et assez effrayante, il faut l’avouer. Elle introduit une dimension stressante et imprévisible au récit, une petite touche de thriller inattendue et bienvenue.
J’ai ainsi trouvé un très bon rythme au début du récit, entre les étrangetés de cette singulière planète et des habitants y vivant qui y ont trouvé leur rythme et façon de vivre pour s’y adapter et le mystère mais aussi la menace induits par l’arrivée de Satia dans l’équation et son enquête. Satia, c’est la menace, celle qui relève de l’ordre ancien, un ordre menaçant dont Anat et ses concitoyens pensaient s’être débarrassés et qu’ils ne souhaitent pas retrouver. Satia, elle, voit en ces »Nomods » (non-modifiés), des sous-hommes, elle qui vient d’une société hyper-connectée. Les deux vont donc se heurter ce qui donnera un dialogue fort intéressant au lecteur sur la toute technologie contre la non-technologie, la mémoire vs la science, etc. J’ai été passionnée par cela.
Le revers cependant de ce démarrage si efficace fut qu’ensuite, j’ai trouvé que le récit traînait en longueur ou plutôt ne trouvait pas son rythme. D’un côté l’auteur développait son monde, ses interactions, ses thèmes. Mais de l’autre, l’intrigue ne progressait pas vraiment, tournant en rond, ne suscitant pas assez, à mon goût, d’éléments perturbateurs et d’événements propres à l’aventure et à l’addiction. Si le début fut un vrai page-turner, cela s’est tari en cours de route. Dommage. J’aurais aimé plus de récit du passé des deux sociétés, plus de confrontations entre elles. L’auteur m’a vendu du rêve et je l’ai trouvé trop succinct, trop concis. J’étais tellement bien dans ces idées que j’aurais aimé plus ! Et pas ce final où il boucle un peu trop facilement et rapidement les éléments de réflexions qu’il a lancés.
Belle tentative de récit dépaysant dans un monde vraiment singulier où la question de la mémoire est très riche, j’ai été fascinée par les premiers temps fort efficaces et riches du récit mais mon intérêt a décru en cours de lecture faute d’une exploitation plus intense. Je reste donc sur ma faim alors que j’ai beaucoup aimé les idées de l’auteur autour du thème du colonialisme et de l’hyper-connectivité. Il m’a alpaguée, il m’a vendue du rêve, j’aurais aimé y rester plus longtemps et y plonger plus profondément. Le texte fut un peu trop court et bref pour moi.
En résumé, Vent Rouge est une excellente surprise, un roman court mais marquant, à la fois sensoriel, abstrait et profondément humain. Emmanuel Quentin réussit à poser des questions essentielles sans jamais les forcer, à installer un monde complexe sans l’alourdir, et à offrir une lecture aussi originale que stimulante. Une vraie réussite qu’on recommande sans hésiter.