Très beau récit, accessible mais pouvant être apprécié sur plusieurs niveaux de lecture.
La plongée dans le fantastique se fait par petits paliers qui permettent à tous d’être bien dans un genre qui a longtemps été mal aimé, mais si surtout, apporte une structure et un rythme à l’œuvre, une construction solide.
J’ai beaucoup, beaucoup aimé K que j’ai rebaptisée Kateryna parce qu’une initiale, c’est dur pour ma voix intérieure d’angliciste. Des deux sœurs, c’est elle la moins armée, la moins portée à l’action et à l’héroïsme. Elle résiste avec ses moyens, presque par nécessité, mais la rencontré avec l’homme au hameau va la forcer à être plus pro active.
Au début, j’ai pensé que sa résistance serait le résultat de la part fantastique, et ça aurait été peu utile pour nous lecteurs - ici, je dois préciser que je lis pour apprendre des modes de vie, des idées, des moyens, bref obtenir des expériences auxquelles je n’ai pas accès puisque la vie de chacun est limitée - mais finalement K et Alexandra finissent par nous donner des solutions très concrètes.
Je suis infiniment reconaissante à l’autrice de partager sa culture avec son lectorat. Il est indispensable de lire avec une tablette ou un autre accès à internet à portéede main (une bibliothèque fait faire l’affaire si elle est assez riche en ouvrages sur l’Ukraine mais en France hum... j’ai des doutes) pour aller voir les paysages mais aussi les œuvres citées que ce soit les "modestes" poupées Motanka dont on peut voir la fabrication en vidéo, ou les tableaux des grands artistes, écouter des chants ou les mandoura. Ne passez pas à côté de ces belles découvertes.
Bon, L’Archiviste n’est pas exempt de défauts, le chapitre 49 est aussi bon stylistiquement que tout le reste mais j’aurais préféré ne pas le lire : le chapitre 48 clos très bien l’ouvrage. Le long du roman, on saisit ce dont est capable un gouvernement qui veut éteindre une culture et l’espoir qu’elle représente*. L’imagination ainsi préparée du lecteur n’a donc pas besoin de ce tout dernier chapitre.
*Je peine encore à comprendre comment on peut continuer à penser que c’est une politique efficace et s’obstiner à la mettre en place. Pour moi, l’annihilation est une politique de faibles, c’est le plaisir des enfants que de détruire, tel les châteaux de sable sur la plage, ce qu’ils ne sont pas capables de créer eux-mêmes.