À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l'État fait redessiner les terres agricoles dans la plupart des campagnes françaises. Accessibilité des champs par des machines, regroupement des parcelles et disparition des haies et talus. C'est le "remembrement". L'objectif est que la paysannerie produise davantage, que le pays atteigne son auto-suffisance alimentaire et que la France devienne une puissance agricole mondiale.
Découvrir le remembrement inconnu pour moi alors que je suis bretonne, Finistèrienne et que j’ai passé une partie de ma vie à Landerneau. Ahurissement devant ce pan d’histoire local complètement caché et occulté dans l’histoire française et locale. J’avais adoré « algues vertes » j’ai réitéré avec ce nouveau roman graphique. Mais tellement triste que ce soit pour des sujets qui déchirent cette région magnifique.
Une enquête fouillée et nécessaire, laissant la parole aux personnes ayant vécu le remembrement sur leurs parcelles et dans leurs villages. Une lecture frustrante, émouvante et indispensable pour saisir les enjeux sociaux, humains et écologiques du remembrement à marche forcée qui a façonné la ruralité française telle que nous la connaissons.
Introduction au volet administratif/politique du remembrement très cool. Après je sais pas trop qui ça intéresse mis à part les géographes et agriculteurs...
Très intéressant, c'est un sujet que je ne connaissais pas du tout, la BD est très dense donc j'ai retenu environ 1/4 de toutes les infos mais le format est vrmt cool
Following the second World War, the powers that be at the head of the reconstruction process of of France set as a goal for the country's agriculture to, first, be able to feed the whole country, and then, to be able to feed all of Europe. Most of France's countryside was still small, autarkic properties, with very little mechanisation. The active agricultural population was still 8-10 million people, filling many small villages here and there. What happened for the agricultural population to drop to around half a million in 80 years? Were the process and transition smooth (spoiler: no), well accepted (spoiler: no) and good for the environment (spoiler: no) and the social fabric (spoiler: no)?
This book sheds a light on a really unknown part of the French history, how turning France into one of the top agricultural powers in the world affected the people on the ground, and how it affects us today. A great food for thought, so as not to forget our past and know how it affects our present.
Fascinating! I loved loved loved « Les Algues Vertes » and this new BD from the same authors didn’t disappoint. I find it troubling that I am now confronted to 2 historical narratives : I grew up being told by my family that prior to WWII Brittany was one of the poorest regions in France and that it was thanks to the Marshall Plan and the French State’s actions aimed at « modernizing » agriculture that Brittany became an agricultural powerhouse in France and Europe, contributing to improving livelihoods. This BD paints a completely opposite picture and I am in shock by what I’ve read : from the links of the remembrement policies with the Vichy government (!!!) to the destruction of families, villages and biodiversity (which I was expecting a bit more to be fair)… People died or were forcibly interned in psychiatric hospitals if they dared to oppose technocrats remote from local realities. Insane how history is so malleable.
À l'image des Algues Vertes : une BD fouillée, bien construite et surtout sidérante. Très bonne lecture pour comprendre le tournant du monde agricole à partir des années 1950, transformé en machine à broyer la terre, les villages et les gens.
Histoire méconnue, très intéressante et fort bien documentée. Je suis juste moins sensible au format documentaire, j'aurais préféré une narration incarnée dans des personnages qu'on suivrait tout du long.
A lire absolument. Je pensais connaître cette histoire mais c'est pire que ce que je pensais. La BD est très bien construite entre les archives, les témoignages et l'exposé des enjeux industriels et politiques conservateurs qu'il y a derrière. Cette politique de remembrement est encore très présente dans ce qu'on vit aujourd'hui, au niveau agricole, économique, environnemental... bref hyper riche et important à connaître.
encore une excellente enquête qui donne lieu à une solide BD le sujet est immense et complexe, approché à taille humaine sans se passer d'une analyse structurelle, jamais manichéen grâce aux points de vue multiples et complexes des différents acteurs je vais pas dire que ça serre pas le cœur plus ou moins du début à la fin
Une bande dessinée très informative car je n’avais jamais entendu parler du remembrement jusque-là et je découvre maintenant une partie révoltante de l’histoire de notre pays et son impact sur les hommes et la nature.
excellente BD-enquête d'Inès Léraud, dont le travail avait déjà été exposé dans la BD sur les algues vertes. Merci la presse indépendante, merci les journalistes, et merci la Revue Dessiné.
La violence de la politique. La violence du "progrès". La violence de la technologie au service de la technocratie. La violence du marché sans conscience. La violence de l'expropriation et de l'usage de la force par l'Etat.
Ce travail de recherche historique sur le remembrement des campagnes françaises, opéré massivement entre 1950 et 1975, donne une parfaite illustration de la façon dont un bulldozer administratif roulant à l'idéologie, sensé "apporter la lumière du progrès aux conservateurs arriérés" soit disant pour leur bien, finit par tout détruire: la vie, la nature, l'environnement, les équilibres immémoriaux, l'harmonie, la beauté, la fierté et finalement la subsistance et l'autonomie voire la survie des habitants d'un territoire.
Imposer des idées et des croyances politiques, sans aucun ancrage dans la réalité du terrain, des êtres humains ou des faits scientifiques, au prétexte du bien commun, du progrès ou de la compétitivité nationale n'a donc rien de nouveau. Tout comme le mépris et la condescendance alimentés par des intérêts particuliers déguisés en intérêts universels. Tout comme l'imposition de normes bureaucratiques, sous couvert de vérité scientifique ou de connaissances d'ingénieurs, de façon anti-démocratique. Avec intimidation et répression par les forces de l'ordre si besoin.
Toute ressemblance avec des situations et sujets contemporains est purement liée à l'universel de la bêtise et de la grossièreté technocratiques à travers les âges et les pays.
Certains qualifient cette lecture d'énervante. Oui (très). Mais révoltante surtout.
Le remembrement on en a entendu parlé si souvent à l'école etc mais sans vraiment se rendre compte, je trouve, de ce que ça représentait vraiment... l'enquête sous forme de roman graphique est super éclairante sur les enjeux de cette période et permet de mieux comprendre pourquoi et comment cela a été rendu possible. Merci Coco pour le partage 😁
En un siècle, la population paysanne en France est passée de 5 400 000 actifs à moins de 400 000 aujourd'hui selon les chiffres de la Cour de Comptes et du Ministère de l'agriculture. La Première guerre mondiale en mobilise 2 millions, dont 500 à 700 000 ne reviendront pas vivants et auxquels il faut rajouter 500 000 blessés ; une saignée, accompagnée de la perte de 2 500 000 hectares de terre des plaines du Nord et du Nord-Est du pays, dévastés ou délaissés avec la fixation du front. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, en 1955, on ne comptait plus que 2,5 millions de paysans, dont un grand nombre de veuves de guerre tirant leur subsistance de cultures vivrières : en Bretagne, pommes, poires, châtaignes, avoine, orge, blé, deux ou trois vaches qui donnaient du lait et travaillaient comme animaux de labeur. Une agriculture de subsistance sur des petites surfaces dispersées et encloses par des talus, dont la première, mais pas seule fonction, était d'empêcher les animaux de divaguer.
C'est à ce moment-là que l'idée de rationaliser l'agriculture, et de faire de la France un grand pays exportateur de denrées agricoles a prospéré : sous l'impulsion de Jean Monnet, de De Gaulle et de son ministre de l'agriculture Edgar Pisani, on décide de "moderniser" tout cela, d'agrandir les fermes, de remodeler l'ancien cadastre, d'agrandir les chemins pour y faire passer des machines agricoles, des tracteurs notamment, et de redistribuer les champs de façon à les regrouper autour des fermes, là ou auparavant les parcelles étaient disséminées et divisées au gré des partages et des héritages. Ce sera le remembrement : de 1955 aux début des années 1980, lors duquel un réaménagement brutal du territoire va être entrepris. C'est cette histoire traumatisante que raconte Ines Léraud, journaliste, avec Pierre Van Hove au dessin, une histoire occultée des mémoires, oubliée car douloureuse et brutale. Dans le même mouvement, les technologies de guerre (pesticides, engrais de synthèse) seront utilisées, la génétique des plantes et des animaux modifiée avec l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique) aux commandes. Les chevaux de trait disparaîtront au profit des boucheries chevalines qui prospéreront des années 1960 à 1980. La culture paysanne, les cultures vivrières à base d'espèces diversifiées et résistantes, des savoir-faire, les paysages bocagers seront partout détruits sur le territoire français, au profit de grandes surfaces amendées aux engrais chimiques, (dans les années 50 un gros tas de fumier devant la ferme démontrait son opulence) et de machines agricoles de plus en plus imposantes et lourdes pour lesquelles les chemins creux (laissant tout juste passer un homme et un cheval) sont supprimés, redressés, ou élargis, les haies d'arbres abattues, les talus rasés.
Les techniciens des chambres d'agriculture ou des coopératives persuadent au nom du progrès, se rendent maîtres des nouvelles techniques et disent aux paysans comment faire. Le remembrement a été mené par des bureaux de technocrates, souvent parisiens, par des ingénieurs agronomes, par les chambres d'agriculture et la FNSEA sous le nom de son ancêtre, tous peuplés de JACistes* (mouvement chrétien) croyant œuvrer pour le bien commun, la rationalisation et la modernité, là où il aurait fallu faire confiance aux gens concernés, faciliter les transactions amiables, les laisser maîtres de leur destin, au lieu de les traiter en ploucs arriérés.
Après leur super Bd « Algues vertes, l’histoire interdite » , le duo Inès Léraud (textes) et Pierre Van Hove (illustrations) remet le couvert avec une excellente et instructive enquête intitulée « Champs de bataille » sous-titrée « L’histoire enfouie du remembrement ».
Enfoui en effet cet épisode qui « a meurtri les paysages et divisé les villages » , ce remembrement qui visait à « redessiner les terres agricoles dans la plupart des campagnes françaises, afin que les champs soient accessibles par des chemins carrossables et facilement cultivables par des machines. »
Les objectifs : produire davantage et devenir une puissance agricole mondiale. Recherche du profit pour les industriels du secteur (tracteurs des 1945) et fournir en main d’œuvre les usines qui s’implantent en ville (ex à Rennes l’usine Citroën)en employant les plus petits fermiers poussés à céder leurs terres.
Les moyens : dans les régions de bocage comme la Bretagne ou la Normandie faire disparaître haies et talus, déraciner les champs de pommiers , détourner les cours d’eau si besoin, afin d’agrandir les fermes.
Les conséquences : destruction des écosystèmes, paysages massacrés, disparition des petits paysans (presque 9 sur 10), perte d’autonomie , endettement, villages profondément divisés .
Les méthodes : brutales (manifestations violemment réprimées), orchestrées par l’Etat avec le soutien indéfectible du seul syndicat agricole de l’époque, la FNSEA (qui a pris le relais d’un syndicat créé sous Vichy, avec les mêmes représentants), sans aucune concertation ni possibilité de recours, mépris de classe.
Certains représentants de cette course à la modernité feront leur mea culpa : Edgar Pisani (ancien ministre de l’agriculture) écrira même, en 2004, « « j’ai favorisé le développement d’une agriculture productiviste, ce fut la plus grosse bêtise de ma vie. » Quant à l’agronome Rene Dumont, favorable jusque là au productivisme , il réalisera son erreur à 70 ans avant de se présenter comme 1 er candidat écologiste aux élections présidentielles de 1974.
Reposant sur une enquête très fouillée de près de 4ans et de multiples archives qui figurent en grande partie en annexe , et superbement illustrée par Pierre Van Hove, cette Bd très pédagogique et très sensible à la fois quand elle fait parler les témoins de l’époque, est une vraie réussite.
Je ne connaissais absolument rien au remembrement et c'est une dinguerie absolue. Docu BD d'utilité publique, je trouve ça fou que rien de tout ça ne soit abordé quand on étudie la période après guerre au secondaire. Très riches en témoignages de divers bords, soit directs (réalisés par la journaliste) soit d'origines diverses (journaux, archives de l'INA, livres sur le sujet), infos précisément sourcées, et le dessin accompagne le tout très bien. Pour un sujet aussi pointu et une BD aussi pleine d'infos c'est remarquablement fluide à la lecture, le layout est hyper bien maîtrisé. J'ai beaucoup aimé qu'il y aie du patois et du breton dans le texte égrainé dans les dialogues aussi. Pour le sujet en lui-même que dire que dire, c'est d'une violence absolue. Et d'avoir grandi dans ces paysages plats des Pays de la Loire et de basse Bretagne, imaginer à quoi le paysage devait ressembler avant tout ça c'est une expérience assez singulière. C'est là encore que le décalage générationnel se sent : on constate l'évolution des terres à partir de ce que l'on a vécu. Ce genre de témoignages du territoire c'est d'une importance capitale pour se figurer l'évolution à partir d'un point antérieur. Finir sur les démarches actuelles de retour en arrière avec le retour de la rivière était bien vu.
This book boasts a unique form – that of the BD Reportage, a sort of illustrated long-form non-fiction tome in the style of a graphic novel. The main difference is that this story – that of the remembrement – is true. Beginning in the post-War period, and well into the 1970s, different villages in France succumbed to bureaucratic pressure to reduce the number of small farms in order to encourage industrialization of agriculture. Small farmers were forcibly bought out of their land or had their land seized by the government and consolidated to make larger farms. This book traces the stories of a select few across France, but mainly in Brittany and the Limousin, exploring the ways in which centralization failed them, notably in allowing bureaucrats trained in the Beauce to apply their understanding of land division to the topographically distinct regions. It’s a tragic story of a loss of autonomy that plagued France’s countryside – and still does today.
Les aménagements fonciers des terres agricoles ont été utilisée pour améliorer la productivité agricole, le livre pourrait être plus honnête à ce sujet, étant donné que nous avons des exemples de remembrement datant du XVIIIe siècle. Le texte de l'ouvrage est un récit historique des événements, des principaux intervenants, des idées qui les animent et des objectifs qu'ils souhaitent atteindre. La documentation de soutien au texte utilise des sources écrites ainsi que de l'audiovisuel, ça est bienfait. Le dessin cherche à illustrer le texte, mais il semble trop attaché à celui-ci et n'apporte pas de solutions graphiques innovantes et plus intéressantes. L'ouvrage échoue à ne pas fournir de données sur les nouvelles voies qui se pratiquent dans ce domaine pour résoudre les problèmes soulevés.