Avec « Mythologie du .12 », Célestin de Meeûs signe un premier roman aussi captivant que dérangeant, une lecture qui s’infiltre lentement sous la peau pour ne plus en sortir.
J’ai été happé dès les premières pages, presque malgré moi tant les mots se collent à nous immédiatement. Il y a cette journée de solstice, écrasée de chaleur, ces trajectoires qui semblent d’abord parallèles (deux jeunes qui tuent le temps entre bières et joints, un médecin qui voit sa vie parfaitement construite se fissurer) et puis cette sensation diffuse que tout va dérailler. L’auteur excelle à capter l’ennui, la frustration et les rêves avortés jusqu’à faire naître une tension sourde et presque poisseuse.
Évidemment (et comme le précisent tous les avis avant le mien), j’ai été scotché par la plume, pièce maîtresse du déchaînement émotionnel qu’engendre le texte en nous. Les phrases longues, sinueuses et saturées de virgules de l’auteur déconcertent d’abord puis elles se transforment en une expérience incroyable. Elles étirent le temps, l’épaississent et donnent l’impression troublante de vivre chaque instant en simultané avec les personnages, comme si la durée de la lecture épousait exactement celle de l’action. De cet parallèle naît une urgence presque physique et une immersion totale et vertigineuse.
Plus on avance, plus la tension monte, inexorablement. Elle enfle, se resserre, jusqu’à devenir étouffante. On sent venir l’impact sans pouvoir l’éviter, pris dans un engrenage aussi fascinant que terrifiant.
Roman du basculement, du contrôle illusoire et de la violence latente, « Mythologie du .12 » est à la fois un coup de cœur pour son intrigue et une véritable claque stylistique. Un texte marquant et intense dont on ressort complètement secoué.