«La nature est une salope, une ignoble pute dépourvue de sentiments, qui tue, écrase, dissout, fait éclore des vers dans le visage putréfié des êtres que l’on a aimés, une vacherie qui mérite d’être apprivoisée, domptée à grands coups de trique, par le feu, les armes, le sang.»
Ce court roman se lit comme un western en pleine forêt et si l’intrigue en fait trop et trop vite, le propos sous-jacent sur notre rapport traumatisé à la terre a du mérite.
À travers différents portraits d’hommes des bois, le récit interroge la violence masculine avec assez d’intelligence pour qu’on pardonne les détours un peu convenus du thriller qui rythme l’ensemble.
Casela, chasseur taiseux biberonné à l’héritage de la guerre d’Algérie, pose un regard de violeur sur les proies qu’il exécute. Il tue avec l’étrange solennité d’un romain adorant Liber Pater. Son point de vue glacial est une fenêtre ouverte sur la psyché du chasseur sérieux, cet archétype qui hante les villages, figure bizarre de meurtrier amant des bois. La dissonance est réelle, elle existe et donne au personnage un contour intéressant. Son acolyte, Tourboin, est un Priape dégoûtant et une figure familière à tous ceux qui ont déjà fréquenté les fêtes de village.
À leur antipode se tient Romain, dit «Lapin». Géant proche du Lenny de Steinbeck, ce personnage a plus du faune que de l’humain. Marqué d’un bec de lièvre et ostracisé, il comprend les arbres et aime les oiseaux. Sa douceur, sa violence, son mutisme, tout le rapproche de la Nature et elle s’exprime à travers lui - dans toute sa terreur et toute sa beauté.
La dernière figure réussie du roman est la meute. Qu’elle soit animale ou humaine, la foule est une figure récurrente. L’évocation de la frénésie animale qui prélude à la curée est souvent intelligente et fait fonctionner à plein régime l’intrigue. Différentes scènes de chasse se suivent alors avec rapidité et une relative maîtrise.
Ce n’est pas un grand roman - mais c’est un bon roman sur le rapport très étrange que les bourgades les plus misérables entretiennent avec le monde naturel. La Nature est violente et ces endroits le sont aussi.
Qu’est-ce que ça veut dire, finalement, être proche du monde naturel ? Est-ce planter une fleur ou dépecer, tuer, manger, dévorer tout sur son passage ? Le meurtre pulsionnel et sauvage, est-ce là finalement le seul fil nous reliant encore au vivant ? Est-ce donc si oxymorique que ça, de désigner les chasseurs du titre absurde d’«amis de la Nature» ?
La jolie prose qui habille l’ensemble vient rehausser la réponse quelque peu désorganisée qu’apporte le récit à ces questions - et le propos s’esquisse alors presque habilement, comme une ombre avinée qui se découpe entre les cimes.