Did I read the Iliad just to get Patrochilles content? Yes. Was it worth it? Yes😭. I can’t believe I started this book 2 months ago!! Now that it’s over im actually kinda sad..
L'Iliade et l'Odyssée, c'est le début d'un amour passionné pour tout ce qui touche à la Grèce antique, amour qui dure depuis soixante ans maintenant. Lire l'Iliade, c'est découvrir à chaque fois un trésor renouvelé, à manier avec révérence ;) C'est aujourd'hui l'occasion pour moi de découvrir une nouvelle traduction, par Pierre Judet de la Combe.
Une vision assez tragique de l'homme, à la vie brève, manipulé par les dieux, qui peut atteindre au mieux à un souvenir glorieux, sinon aux ternes enfers où chacun s'étiole un peu plus dans une éternité obscure, ombre parmi les ombres. D'où l'importance de la vie sur terre, la vie brève mais la seule dont nous disposons. Pas de paradis pour les Grecs anciens, même les meilleurs. La seule survie possible, c'est par les poètes qui chantent la gloire éternelle des héros. A preuve, nous les lisons toujours, plus de 2600 ans après, et nous connaissons encore Achille, Ulysse ou Hector - sans oublier mon préféré, Diomède.
Homère ne prend pas parti entre les deux camps. Les Achéens le plus souvent incarnent les figures les plus extrêmes et les plus inhumaines de la guerre. Ce sont les Troyens qui représentent le monde humain d'une cité. Hector est probablement le héros le plus riche, le plus humain de cette histoire. Achille peut être atroce, Ulysse polutropos n'est qu'esquissé dans l'Iliade.
Le trait de génie de l'auteur : se concentrer sur un bref instant de la guerre qui dura 10 ans, la colère d'Achille. Achille qui ne trouve moyen d'être honoré par Zeus que par la destruction presque totale de la société qui n'a pas su lui reconnaître sa part d'honneur. C'est un moment-bascule dans le conflit, quand l'équilibre des forces qui s'était maintenu tout ce temps cède, d'abord à l'avantage des Troyens puis des Achéens lorsqu'Achille fait retour. Un moment où la nouveauté surgit, avec l'intervention massive des dieux qui se répartissent entre les combattants et prennent part à la guerre tout autant que les mortels. Ils sont omniprésents et très affairés, même s'ils ne décident pas directement du sort des hommes.
Cette fois-ci, je me suis attachée dans ma lecture aux fameuses comparaisons homériques, qui se déroulent comme un fleuve puissant et sont d'une poésie sublime. Elles disent la guerre dévastatrice le plus souvent bien sûr. Comparaisons naturalistes, animalières fréquemment, tirées des activités familières, la chasse, la navigation, l'agriculture. Elles ouvrent le texte vers le hors champ de la bataille. Elles nous permettent de sortir du carnage toujours renouvelé sur le champ de bataille, quand les descriptions graphiques de la mort deviennent un peu trop violentes pour mon goût. Homère n'euphémise pas la guerre même si ses héros se lancent dans de grands discours à l'adversaire avant de jeter leur lance et de tirer l'épée ;) Par-là, l'Iliade permet de mettre des mots sur l'expérience traumatique de la guerre. "[Diomède] pareil à un fleuve grossi des flots de l'hiver, qui de son flot vif disperse les talus. Ni les talus érigés en barrages ne l'arrêtent, ni ne le retiennent les enclos des jardins en pleine pousse, lui qui surgit en un instant, quand la pluie de Zeus s'abat de tout son poids. Sous lui, les beaux travaux des hommes robustes s'écroulent en masse. de même, sous le fils de Tydée chaviraient les phalanges compactes des Troyens."
La traduction de Judet de la Combe est un peu rude, au plus près du texte original me semble-t-il (je ne suis pas spécialiste du grec ancien), de son rythme, de sa structure. Elle prend en compte le fait que l'Iliade est faite pour être dite devant une assemblée, dans un cadre qui peut être religieux, c'est une performance faite par un aède, qui se renouvelle à chaque "représentation" de l'oeuvre. de fait, elle passe plutôt bien à l'oral.