Hélène a de moins en moins envie de répondre quand on l'appelle Hélène. Ça jure avec l'image qu'elle renvoie. Elle a quand même 1000 followers sur insta, et depuis qu'elle pose en bikini, ça monte. Tssitssi, c'est son pseudo, mystérieux, sifflant, enfantin. Les vieux vont adorer. À 16 ans, elle rêve de luxe et d'oisiveté. Mais son discours impertinent, porté par une verve féroce, laisse entrevoir peu à peu une blessure, un secret. Loin de l'imaginaire dans lequel elle s'est réfugiée, elle nous apparaît vulnérable, abîmée, bouleversante.
Claire Castillon fait son entrée sur la scène littéraire française en septembre 2000, elle n'a alors que 25 ans. Le grenier, un premier roman (éditions Anne Carrière), surprenant et dérangeant, retient l'attention des critiques et séduit un large public. Claire Castillon récidive avec Je prends racine (éditions Anne Carrière), un second roman qui assoit son statut de romancière tout en l'affranchissant des étiquettes. La reine Claude publiée en mai 2002 (éditions Stock) l'installe définitivement parmi les auteurs français qui comptent. Pourquoi tu m'aimes pas? son quatrième roman (éditions Fayard, août 2003) est considéré comme son oeuvre la plus aboutie et beaucoup regrettent son absence des palmarès littéraires. Vous parler d'elle (éditions Fayard, août 2003), cinquième roman en cinq ans, relate l'histoire d'une jeune femme enfermée et prostrée dans sa maison de campagne suite á un choc. Réfugiée dans le toit de cette maison, prise par le ressassement et l'angoisse elle va revivre sa vie, perdue, prise par le jeu de sa mémoire, entre vérité et fantasme. Vous parler d'elle a obtenu le Grand Prix Thyde Monnier.
De novembre 2004 à juin 2005, Claire Castillon a fait une petite incursion sur le petit écran, elle a en effet animé tous les samedis En attendant minuit sur la chaine du câble TPS Star. Cette émission, qui existe toujours, fait un tour d'horizon de l'actualité du sexe aux quatre coins de la planète de façon informative et ludique.
En 2006 Claire Castillon saute à pieds joints dans la nouvelle avec la publication d'Insecte, un recueil de nouvelles (éditions Fayard) sur les rapports entre les mères et les filles. Le succes est immense, cet exercice de style lui sied à merveille. Insecte a été traduit en douze langues (anglais, italien, allemand, néerlandais, castillan, catalan, portugais, danois, finnois, suédois, chinois et coréen). On n'empêche pas un petit coeur d'aimer (éditions Fayard), un second recueil de nouvelles, parait en 2007. 23 nouvelles croustillantes qui passent les relations hommes-femmes au peigne fin.
incroyable déroulé, incroyable possession du texte par le personnage, c'est rare de trouver un roman dont chacun des mots APPARTIENT à ce point à son narrateur, ici sa narratrice, et quelle narratrice. une narratrice tellement juste, tellement immense, tellement elle-même qu'on n'a même pas la place de se demander si on l'aime bien ou non. ce n'est pas le lieu. ce n'est pas le sujet. le sujet c'est elle, qui refuse de s'appeler Hélène, qui refuse d'être Hélène, la fille de son père, l'ado qui en crève d'attendre, de subir, qui n'attend qu'une chose, c'est de vivre, VIVRE vraiment, avec des vraies fringues, des vraies fréquentations, des vraies destinations de vacances, des vraies amies, qui comptent, qui en jettent. elle hait, elle HAIT tout ce qui la renvoie à l'horizon de son père, de la vie qu'il projette pour elle. et elle va tout faire pour s'en détacher, s'en dépecer s'il le faut, s'y cramer s'il le faut. c'est terriblement bien écrit et bien conçu, c'est très très fort d'embrasser à ce point sa narratrice, ça force le respect. petit regret sur la fin qui m'a semblé vraiment grosse, qu'on voit venir, qui en plus en vrai de vrai pose quelques enjeux de cohérence - mais c'est OK. je pense en vrai que cette histoire était extrêmement difficile à boucler et que cette pirouette narrative, bien qu'un peu INTENSEMENT dramaturgique à mon sens, fait très bien le travail. je crois cela dit que j'aurais bien aimé que tout ça ne vienne PAS d'un endroit de traumatisme, je pense qu'il y a un vrai truc à creuser sur ces adolescences qui se détruisent d'elles-mêmes, MAIS je crois aussi qu'on ne peut pas demander aux romans d'être ce qu'ils ne veulent pas être. donc je me tais. mon sujet ici est et restera donc principalement l'exécution de cette fin, qui à mon sens aurait été plus juste sans tout ce retournement un peu psychédélique psychotique auquel je n'ai cru qu'à moitié. mais très très bien !!
Hélène a 16 ans, superficielle au possible, horrible avec ses parents, bête comme ses pieds et se cherche un sugar daddy pour s’acheter des sacs Chanel. On a tout de suite envie de lui mettre des claques ou bien on se demande si on n’est pas dans une parodie des Anges de la téléréalité. Sauf que. Sauf que. Punaise je ne l’ai pas vu venir. Évidemment, ça ne pouvait pas être si simple. Pas avec Claire Castillon. L’écriture est féroce, le roman un cri du coeur. C’est déchirant. Assurément clivant.
Hélène a 16 ans et elle a envie de vivre comme les influenceuses ou toute personne qu’elle voit flasher du luxe sur les réseaux. Elle est prête à tout pour se faire payer ou acheter des trucs, avoir des produits ou soins de luxe. Son amie Poppée, 19 ans, lui suggère de se dénicher un Sugar Daddy. Elle décide de sauter le pas et choisit Tssitssi comme nom de Sugar Baby.
De prime abord, cette jeune fille est insupportable. Au deuxième abord aussi. Elle ne sait rien, n’a pas de culture générale, est naïve et ignorante. Claire Castillon veut vraiment qu’on la trouve idiote, pas intelligente. Tssitssi est caricaturale. Tous ses traits sont trop gros. Et c’est trop. Si c’est pour faire de l’humour, c’est raté. Ça m’a donné l’impression que Castillon ne connaît pas les ados ou peut-être même qu’elle les méprise. On sent que l’autrice pose d’énormes jugements sur elle. À tout le moins, il y a un manque de finesse dans le traitement de ce personnage.
La mère des jumeaux et ces derniers sont presque absents. Présents seulement dans l’angle mort d’Hélène. Son père, lui, est toujours trop présent à son goût. Il essaie fort d’établir un lien, mais elle le rejette, ne veut rien savoir de lui et en a honte. Ça pourrait être n’importe quelle adolescente moyenne, quoi !
Somme toute, c’est une lecture intéressante — on est curieuse de savoir ce qui se passera avec Tssitssi — malgré le traitement de la protagoniste par sa créatrice et le fait que j’ai deviné le dénouement avant qu’il arrive. Tssitssi m’a fait penser à un autre roman que j’ai bien aimé. Bien sûr, je ne te dirai pas lequel, mais je peux te dire que je vais le chroniquer bientôt. Bref. L’autrice aurait pu en profiter pour explorer avec davantage de profondeur les dynamiques des jeunes filles qui acceptent d’être en relation avec des hommes beaucoup plus âgés qu’elles en échange de rétribution. Il n’en demeure pas moins que c’est une histoire émouvante qui peut bousculer.
Ce livre m'as provoqué beaucoup d'émotions car j'ai trouvé ici décrit avec acuité une dynamique de haine de soi camouflée en cynisme et attirance pour les situations a risque, que j'ai aussi expérimentée a l'adolescence. La thématique de la prostitution adolescente est ici abordée avec acuité et justesse, sans glamourisation (contrairement aux fantasmes explicites de sa narratrice sur les "chougars" (sugarbaby)) ni jugement pathos. Le style m'as un peu fait penser aux procédés employés par Romain Gary dans La vie devant soi: un langage qui colle a la narratrice et en dis plus long sur elle que ce qu'elle nous raconte, et sa scission en 2 entités, progressivement amenée, comme mécanisme de défense est développée avec justesse et réalisme. Le secret qui se révèle en filigrane est poignant, et la place véritable de chacun des personnages est subtilement camouflée dans les indices disséminés le long du texte. Un seul regret concernant la fin, que j'ai trouvé un peu trop brève et esquivant les conséquences du trauma que s'inflige l'ado toute au long du livre, comme si seule la prise de conscience suffisait a sortir la narratrice de l'engrenage.
Claire Castillon... le nom m’était familier, je ne suis pas très douée pour mémoriser les patronymes des auteurs (ni les titres des livres, quel comble !) et c’est seulement en achevant ma lecture que j’avais déjà croisé cette autrice avec son bouleversant « Les longueurs ».
En entamant « Tssitssi », je dois bien l’avouer, j’étais sceptique mais curieuse. Qui est cette adolescente vénale, obsédée par les sacs, vêtements et activités de riches ? Hélène, 16 ans, habite à Meudon avec son père et « La mère des jumeaux ». On présume donc que ces derniers font partie de la tribu. Mal dans sa peau, pour des raisons que le lecteur ignore au début, Hélène file du mauvais coton et fait la rencontre de Lucie, alias Poppée, 19 ans, qui l’entraîne dans les tristes rouages de la prostitution, faisant d’elle une Sugar Baby.
Au fil de l’histoire, le lecteur assemble les pièces du puzzle et assiste à la déliquescence de l’héroïne. On assiste tristement à ses échecs, son ignorance, sa naïveté mais surtout, sa douleur enfuie, profondément cachée. La fin m’a bouleversée. Âmes sensibles, sortez les mouchoirs.
Claire Castillon possède un style unique et je pense que « Tssitssi » ne plaira pas à tout le monde. D’abord, parce qu’Hélène est une sorte d’anti-héros (au début en tout cas). Ensuite, parce que le thème est très dérangeant. Bien que l’autrice ne tombe jamais dans l’explicite, certaines scènes peuvent être particulièrement désagréables voire insoutenables. C’est un roman très difficile qui laisse des traces et dont on ne sort pas indemne.
Claire Castillon, je la lisais avec gourmandise voire avidité quand j'étais adolescente et toute jeune adulte. À désormais 35 ans, j'ai eu l'impression que l'autrice était restée bloquée dans les années 2000, sauf que, moi, j'ai avancé depuis. Et je n'ai plus envie de lire ce que j'aimais à 16 ou 18 ans. Ce livre m'a fait penser à du Lolita Pille réchauffé, mais, là aussi, je parle de livres des années 2000. Rien donc de bien novateur pour les lecteurs qui auraient eu le même parcours littéraire que moi. Je me suis accrochée (il faut dire que le texte est court, en un après midi c'était fini), et je dois dire que bien m'en a pris car la fin vaut le coup. Est ce que cette révélation finale rattrape tout le livre ? Je dirais qu'elle ne suffit pas à gommer totalement l'ennui et les soupirs de déjà-vu qui m'ont assaillis dans les 3/4 du livre. Mais j'avoue que la fin m'a cueillie et m'a habitée pendant quelques jours une fois le livre refermé. D'où mes 3 étoiles. Claire Castillon sait y faire tout de même. Dommage qu'elle reste dans sa zone de confort.
Tout ce qui brille est or, en tous cas pour les filles passablement névrosées, voire carrément démolies par un geste involontaire, et qui se punissent ensuite sévèrement, jusqu'à découvrir et supporter l'enfer et le sordide du décor. En général, ces mésaventures arrivent plutôt à des filles qui ont été détruites par leur famille, mais ici, la famille est aimante. L'intrigue progressant lentement quoique inexorablement, j'ai fait mes suppositions qui ne se sont pas avérées. Tant mieux. Ce roman vaut pour son style résolument contemporain, ses punchlines et ses formules très marrantes, pour une histoire totalement dramatique. Et un constat implacable du matérialisme qui ronge nos sociétés.
Le personnage d’Hélène au début, donne tellement envie de donner des claques, on la trouve stupide et superficielle. C’est en poursuivant la lecture que l’on comprend que c’est plus difficile que ça. Qu’elle devient Tssitssi pour échapper à la réalité mais tombe dans une autre réalité tout aussi nulle.
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On la méprise, elle nous agace, nous fait rire parfois et pourtant en découvrant ce qui se cache derrière cette quête du luxe adolescente, on ne peut que l’aimer et avoir envie de la protéger