mais il n'est rien qui puisse contenir les femmes amères nos viscères sont bridés d'euphories dévastatrices qui nous font roter quand elles remontent L'autrice poursuit son exploration poétique du désir, de l'identité, du rapport à l'autre dans un recueil d'une impudeur ardente, et élégante. Dans des vers incarnés qui mettent la lecture sous tension, la réaction – genrée, raciste, sociale – continue de brutaliser l'intellect. Et cette fois, le désir d'élévation et la figure du féminin transcendé, pour le meilleur et pour le pire, entrent en scène.
Chloé Savoie-Bernard est l'auteure du recueil de poésie Royaume scotch tape (L'Hexagone, 2015) et des nouvelles réunies dans Des femmes savantes (Triptyque, 2016). Elle a aussi a dirigé le collectif Corps (Triptyque, 2018). Elle est née et vit à Montréal.
« souvent je reste seule sans personne à qui parler »
On se sent jamais seule avec les mots de Chloé Savoie-Bernard. Un recueil avec une ambiance de lampions et de cierges, telle une prière où on sent qu’on touche à quelque chose de plus grand que soi.
Décidément ce début d’année est un début d’année poétique et féminin! J’ai découvert une plume courageuse avec Chloé Savoie-Bernard, des poèmes qui parfois sont très lourds émotionnellement et difficiles, mais une certaine lumière se dégage de ce recueil malgré tout.
« on me dit voir ma détermination mes alchimies profondes et ridicules on me dit voir les fruits de mes jambes les métaphores de mes songes on me dit liquide et balancée mais je le sais mieux que vous que je perds au fur et à mesure ma courtoisie mes artifices »
C'est vrai que de la poésie comme ça, ça fait se sentir moins seule, une invitation à être intime avec soi, avec la douleur, avec nos retranchements et nos vides
un de mes bouts prefs
"la fin du monde arrive / (comment faites-vous pour jouir)"
"dans mes prières je remerciais dieu pour le pain les muffins le sucre merci je mange merci c'est délicieux j'en veux encore vouloir est au creux de tout [...] jouer au papa et à la maman avec ma voisine là aussi j'étais avec dieu"
"je n'ai ni chaud ni froid je suis tempérée ne me dîtes pas de chercher la lumière je suis crispée et attentive"
"à force de se lever lorsqu'on lui dit nomme-toi la matière glisse c'est une défense une prière un renoncement une danse au lieu d'un acquiescement faut-il choisir le silence [...] parler aussi est parfois une rupture"
"est-ce que quelque chose quelque part persévère dans le sang de ce qui suce et s'éternise de ce qui visqueux s'interroge [...] y a-t-il quelque chose à capturer [...] où vais-je faire cabane au milieu de quels accidents dans quelles intempéries"
"les lèvres sont-elles une prière l'alcool est-il une prière et les voyages et la lingerie"
J'avais de très grandes attentes et j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. J'ai surtout aimé le fait qu'il comblait mes attentes "autrement". La langue est dense, et la structure est sans relâche. C'est une parole qui se démarque par son unicité, son refus de se polir. C'est un livre à lire lentement, ou à garder proche, pour y revenir. Un amour qui refuse, qui ne peut pas être vrai tant qu'il ne commence pas par soi-même.
"personne n'aime les femmes amères et pourtant nous sommes nombreuses dans la ville sans maison de campagne où nous terrer la peine autour du cou au lieu de la caresse nous imaginons des îles mais les îles c'est nous
je ne sais pas si les femmes seules sont amies entre elles"
C'est beau. C'est intime mais ancré en réel et en présent, c'est spirituel et charnel, c'est obscur parfois mais lumineux souvent. C'est un chemin qui s'épanouit vers le tout et le rien, c'est l'envers et l'endroit à la fois J'en ressors émerveillée, un peu paumée, avec cette envie de tout lire de l'autrice
"nous sommes les filles en pointillés nous sommes les désespoirs de l'après-midi nous sommes les murs que l'on observe en espérant qu'ils se fendent vers d'autres vies
nous avons un soluté des paniers bio une carte de crédit loadée de la poussière sous nos meubles"