Par où commencer ?
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti d'attachement aussi fort pour des personnages. Entre chaque session de lecture, Aline me manquait. J'avais envie de la revoir (je dis voir car quand je lis, je vois, comme dans un film, des images dans ma tête, les scènes prennent vie). Même les personnages qui me faisaient peur ou que je n'aimais pas particulièrement me manquaient !
Aline est une femme ordinaire : avec des défauts, des imperfections physiques, une colère chevillée au corps, une rage qu'elle ne se cache pas pour hurler.
Mais là où elle est extraordinaire, c'est qu'Aline est un loup-garou. Pardon, une lycanthrope, elle m'arracherait la tête avec ses crocs si elle savait que je la traite de loup-garou.
Elle n'est ni glamour, ni inaccessible. Elle sent mauvais, elle enlaidit quand elle se transforme, elle gère d'ailleurs très mal cette malédiction qui s'est abattue sur elle à l'enfance, sans qu'elle ne sache pourquoi.
Et bien que j'aie sincèrement souffert avec elle, que j'ai ressenti la douleur de sa chair dans la mienne, les cassures de son coeur dans le mien, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir un personnage comme elle : une créature imaginaire à laquelle je me suis paradoxalement totalement identifiée.
En parlant de paradoxe, j'ai besoin de parler de l'écriture oximorique d'Oriane (comment ça ce mot n'existe pas).
Oriane, Oriane, Oriane... Oriane, c'est le genre d'autrice qui écrit des choses terrifiantes, horribles et à vous en faire vomir, avec poésie. Sa plume incisive allie avec dextérité horreur et poésie, elle sait aussi bien manier les jolies phrases que les descriptions gores. J'ai apprécié le déversement d'hémoglobine tant il était dépeint avec beauté. Et je crois que j'ai enfin compris ce mot que je voyais partout dans les chroniques sans vraiment savoir à quoi il servait, à part faire l'intéressante : immersive. Une plume immersive. Je comprends grâce à Oriane : ressentir les émotions, la douleur, les sensations, le cœur brisé, les poils qui poussent, les dents qui déchirent la gencive, la métamorphose. Si La laideur de la lune était une attraction, ce serait un de ces cinémas 7D qui repoussent les limites des dimensions.
J'ai aussi apprécié cette lecture parce qu'elle est intelligente, intellectuelle. Les propos d'Oriane sont étayées par des recherches passionnées qu'elle effectue, elle se renseigne, s'informe, ne laisse rien au hasard. Bon, bref, je suis amoureuse de sa plume, de sa manière de me pousser dans mes retranchements, de me faire découvrir des choses que j'ignorais sur ma propre personne.
Autre expérience de taille durant ma lecture : j'ai pu communiquer en direct avec l'autrice durant tout le long. Je lui envoyais mes réactions en temps réel, et je pense qu'elle n'a pas été déçue des montagnes russes qu'elle m'a fait vivre. Spoiler alert: moi non plus.
Je suis ressortie de La laideur de la lune haletante, le souffle coupé, et en ayant faim. J'ai eu cette même sensation en lisant Nightbitch de Rachel Yoder, envie de viande rouge, envie d'enfoncer mes incisives dans un steak juteux, moi qui ne suis pas particulièrement viandarde.
J'ai adoré Aline, mon coup de coeur de ce livre, un personnage vraie, une femme qui pourait vraiment exister, en dépi de ses expériences surnaturelles et ses mésaventures paranormales, Aline est plus vraie que nature : elle lutte contre son physique, son image qu'elle trouve repoussante (alors que je la trouve belle, moi, Alince), ses cicatrices (mes vergétures), ses poils (les miens), ses hormones (ma dépression). Elle lutte contre l'attirance du mal (et du mâle), sa facilité triomphante, la difficulté de faire le bien, d'être bien, et puis d'abord c'est quoi le bien ? Les humains passent leur temps à se trucider les uns les autres, pourquoi ne pourrait-elle pas le faire, elle, en tant que loup-garou.
Bérénice est également un autre personnage que je porte maintenant dans mon coeur, elle est belle (sans aucun doute), elle est forte, elle inspire le respect, c'est la femme que toutes les femmes voudraient être, celle que tous les hommes voudraient avoir. Mais ce n'est finalement pas un homme qui l'aura...
J'en viens donc à mon dernier personnage d'amour dans La laideur de la lune. Ivan, oh Ivan. Je pourrais écrire un roman sur toi, Ivan, mais j'aimerais mieux qu'Oriane le fasse ! Il m'a renvoyé à un amour primitif de mes book-boyfriends, cruel, sadique, Lestat, pas du tout aimable dans aucun sens du terme. Alors pourquoi frissonnais-je quand je lisais les passages à son sujet ? Sûrement parce qu'il est digne de figurer dans un film d'horreur...
Les créatures de La laideur de la lune sont loin des clichés vus et revus des monstres dont on a l'habitude. Oriane a su utiliser des thèmes connus et les remanier de manière à leur insuffler une originalité rafraîchissante. J'ai adoré la rivalité entre les Occultes, ces monstres qui cohabitent tant bien que mal (surtout mal) avec les humains. Les vampires ici n'en sont pas, ce sont des dévoreurs d'âme, qui vous font hérisser le poil et tortiller les orteils (je vous laisse interpréter la sensation...). Il y a des goules, des sorcières, des démons, et des horreurs épouvantables qui vont empêcheront peut-être de dormir la nuit. Parmi les monstres, je me dois aussi de parler du harcèlement scolaire ici, des pervers narcissiques et des relations toxiques qui ne sont pas moins terrifiants que des bêtes aux griffes acérées...
Je n'ai pas aimé Célestine, je l'ai trouvée opportuniste, arriviste même. Et si je dois trouver un défaut à ce livre, ce serait les tirades des dialogues qui sont très présentes, mais les personnages avaient beaucoup à dire et j'étais incapable de décrocher.
La morale de l'histoire ? Tout n'a pas de sens, tout n'a pas de réponse, tout n'est pas absolu, la lune est laide pour Aline, pas pour moi, et je pense même qu'elle ne l'est pas tout le temps pour elle non plus. Je me perds, lisez-la.
En conclusion, je recommande mille fois cette lecture addictive, ce premier roman d'Oriane, et j'espère le pionnier d'une longue série !