Clément Viktorovitch est docteur en science politique. Il enseigne la rhétorique et la négociation à Sciences Po depuis plus de dix ans. Il a dispensé ses cours à l’ESSEC, l’ENA, l’École de Guerre, l’Université Paris 13. Pédagogue passionné, soucieux de vulgarisation, il s’est fait connaître par ses chroniques dans les médias, où il analyse sans complaisance les discours politiques.
Alala, c'est terrible, c'est absolument terrible. Bon ben donc, qu'avons-nous là ? Clément Viktorovitch se met en scène, en tant que conseiller récemment évincé d'un homme politique qu'il veut anonyme pour le rendre universel (c'est 100% Emmanuel Macron, il y a plein de références plus ou moins directes). Et comme ce conseiller a été évincé, il va balancer tout le linge sale de cet homme politique. Mais l'ambition de l'auteur, c'est de faire une observation générale sur l'évolution de la scène politique française et internationale. Parce que, et je ne sais pas si vous êtes prêt·e·s pour cette révélation :
les personnalités politiques mentent. Et même, parfois, manipulent l'opinion.
Alors je sais, j'ai été choqué moi aussi d'apprendre ça dans cette pièce. Mais trèfle de plaisanterie, c'est vraiment dommage que Viktorovitch (dont j'apprécie le travail par ailleurs) n'ait pas pris le temps de détailler en quoi cette ère de la post-vérité, ces "anticatastases" (on va y revenir), cette logocratie comme il l'appellera plus tard dans son prochain livre que j'ai bien l'intention de découvrir, en quoi tout ça est nouveau ? La politique est un jeu de paraître, en quoi est-ce nouveau ?
Et j'espérais trouver un peu de clarté dans la deuxième partie du livre, "Chroniques d'un saccage du langage" où l'auteur prétendait dresser une liste d'anticatastases. Alors moi, faut pas me chercher avec les figures de style, il prétend qu'une anticatastase, c'est mentir les yeux dans les yeux. Sans être "faux", c'est une sacrée interprétation. Une anticatastase, c'est effectivement quand on dit quelque chose de manifestement faux mais c'est souvent un ressort ironique. Tu sors, il pleut, "Et ben il fait beau aujourd'hui !", c'est manifestement faux, boum, anticatastase. Et je mets l'accent sur manifestement faux.
Par exemple, dire que LFI est un parti d'extrême-gauche, ce n'est pas une anticatastase. Je pense que c'est faux, c'est sans aucun doute de la manipulation politique, mais c'est une vision politique différente de la mienne, ça n'en fait pas un mensonge et sûrement pas une anticatastase. Autre exemple : quand les chasseurs disent qu'ils sont les premiers écolos de France (parce que j'ai décidé de me faire plein de copains avec cette critique (boum, anticatastase)), ce n'est pas une anticatastase, c'est un point de vue diamétralement opposé au mien et très sérieusement discutable.
Dans la liste de 45 citations qu'il énumère et dont il rappelle le contexte, seules 14 me semblent être d'authentiques anticatastases (putain que ce mot est chiant à taper). Ces citations sont toutes scandaleuses, la plupart sont des mensonges éhontés mais pas des anticatastases. C'est con, il aurait laissé tomber ce terme, il serait parti sur "chroniques de la post-vérité" pour énumérer 45 mensonges, j'aurais toujours mon interrogation "So, what's new frère ?" mais j'aurais rien eu à redire d'autre.
Là où je le rejoins à 100%, c'est que d'une part, on ne devrait pas s'habituer à ce que les politiques mentent. Et d'autre part, il est anormal qu'ils n'aient jamais à faire face aux conséquences de leurs mensonges. Et en relisant "Chroniques d'un saccage du langage", je me suis souvent dit "'tain, c'est vrai qu'il/elle a dit ça...". Parce qu'y en a tellement qu'on oublie (et ils/elles comptent là-dessus). Bref, ça reste un travail salutaire que je vous invite à découvrir. Et le travail de Viktorovitch sur Twitch également, Clémovitch sa chaîne Twitch, il poste des passages montés de ses lives sur YouTube.
je n'ai rien à redire sur le livre en soi. la forme m'a dérangée mais c'est la promesse : c'est tiré de la pièce de théâtre de Clément Viktorovitch. le ton est bon et invite le lecteur à se poser des questions lui-même, la démonstration est bien menée... (en même temps, démonter les paroles de la majorité présidentielle, c'est un plaisir et un exercice récurrent) le point noir : prêcher des convaincus et surtout, un discours beaucoup trop élitiste. le travail que mène Viktorovitch est très bon, mais on est très loin de la vulgarisation et d'un discours accessible à tous. j'y ai accès parce que je me penche sur la politique, que je m'y intéresse mais surtout parce que ma culture m'y invite. c'est l'exemple ultime de la culture légitime.
2.5* La pièce se lit bien, est franchement assez claire, et plutôt entertaining. La seconde partie m'a parue quand même assez rapidement écrite avec des imprécisions confusantes parfois (style les explications de la citation de Trump de 2024 parlant de l'insurrection du 6 janvier 2021 sans jamais mentionné cette date), et surtout avec un certain nombre de citations qui relèvent plus pour moi du mensonge ou d'une vision de l'événement qui me parait fausse en se basant sur les faits ou les connaissances académiques rigoureuses certes mais pas forcément un déni de la réalité acceptée de toustes.
C'était cool et ça se lit très facilement. J'ai vraiment apprécié le travail "littéraire" d'écriture de discours, et je me servirais certainement de ces exemples si je devais écrire des logorrhées de grands méchants dans mes romans (petite ref à Star Wars : "Ainsi s'éteint la liberté : sous une pluie d'applaudissements.")
Après, voilà, ça se lit vite et bien, mais j'invite à davantage regarder par exemple les vidéos de débunkage et de réaction de l'auteur sur la scène politique. Je pense qu'à la limite ce bouquin peut être une bonne introduction à son travail.
Une lecture très différente de ce que je lis actuellement mais cruellement intéressante 🤫
J’ai eu la chance d’aller voir Clément pour son seul en scène, je comptais également lire la pièce et c’est chose faite. J’ai bien aimé découvrir la pièce et son contenu en images et y revenir plus calmement à l’écrit. Cela m’a permis de mieux comprendre certains aspects.
C’est assez fou de prendre conscience de tout ce que peut contenir une simple phrase et des non-dits qui la composent.
J’ai beaucoup aimé la partie pièce de théâtre mais j’ai trouvé trop « facile » les analyses de chroniques, ça m’a manqué d’analyse également sur la rhétorique et pas uniquement sur les faits.
Une pièce de théâtre habilement construite, où Clément Viktorovitch décortique avec brio les éléments de langage utilisés par les politiciens pour manipuler les faits. Il expose comment les gouvernements successifs ont vidé la politique de sa substance à coup de techniques de communication. La deuxième partie, nourrie d’exemples concrets confrontés aux faits, est un véritable régal. Ce livre ravive le goût de la vérité et invite à dénoncer ces pratiques qui détournent le débat public. Une lecture aussi éclairante qu’essentielle.