Le second volet des « Enquêtes de l’aliéniste » nous plonge dans le Paris de 1889, en plein cœur de l’Exposition Universelle et sous l’ombre imposante de la Tour Eiffel, fraîchement achevée.
Bien que les deux romans puissent se lire de manière indépendante grâce à des intrigues distinctes, il est préférable, à mon sens, de commencer par « La chambre mortuaire ». Cela permet de mieux comprendre les personnages.
Jean-Luc nous immerge dans l’Exposition Universelle grâce à des descriptions précises et une documentation minutieuse. Les ruelles parisiennes, le Champ de Mars, les pavillons de l’Exposition… tout est décrit avec un tel réalisme que l’on s’y croirait. Le clin d’œil au Guide Joanne de Paris, dont la reproduction est incluse dans le roman, ajoute une dimension immersive et instructive à l’intrigue.
« Le public varié – on trouvait à la fois des spécialistes attirés par les innovations et de nombreuses familles à la recherche de l’émerveillement – ne savait où donner de la tête. Le gigantesque ouvrage dressait sa silhouette improbable à la pointe du Champ-de-Mars. À ses pieds, les badauds s’extasiaient : qui oserait y monter ? Que pouvait-on bien voir de là-haut ? Quel panorama s’ouvrait à ceux qui défiaient le vertige ? On se perdait en conjectures, on formulait les hypothèses les plus farfelues. À n’en pas douter, on vivait une époque démente ! »
Simon Bloomberg, l’aliéniste, gagne en profondeur dans ce second tome. Marqué par son passé (je vais essayer de ne rien spoiler du tome 1), il continue d’évoluer en affrontant ses démons intérieurs. Il est bien loin du cliché du héros infaillible. Quant à Sarah Englewood, la gouvernante de l’aliéniste, elle brille encore davantage ici. Intrépide, perspicace et déterminée, elle apporte une énergie contagieuse à l’enquête et s’impose comme une figure incontournable.
Autre duo apportant de la richesse à l’histoire : l’inspecteur Desnoyers et son lieutenant, Mesnard, jouent un rôle crucial dans la résolution de cette « Danse macabre ». Tous deux apportent une touche pragmatique et parfois humoristique à l’enquête. Ils ancrent l’intrigue dans un cadre policier réaliste et participent à l’atmosphère tendue du roman.
« – Plus j’y songe, intervint Mesnard, et plus je me dis que le tueur ne l’a pas suspendu pour faire bicher la police.
– Ben voyons ! grasseya Desnoyers. Il cherchait quoi, dans ce cas ? À refaire la décoration ? »
Et Ulysse, ce cher Ulysse, que j’ai tellement apprécié dans le premier tome. Il gagne en importance, pour mon plus grand plaisir. Il dévoile une facette humaine et attachante. Son charisme et son aura captivent le lecteur.
L’intrigue est menée tambour battant, avec un assassin insaisissable qui sème des indices macabres à travers Paris. Les découvertes successives, comme la main momifiée d’une jeune femme, ou encore le corps mutilé d’un malfrat, maintiennent la tension. L’équilibre entre enquête policière et atmosphère glauque est parfaitement dosé. Jean-Luc explore les recoins les plus sombres de la société parisienne tout en introduisant des thèmes profonds, comme la justice, la folie ou encore la vengeance.
Si le premier volume servait à poser les bases de l’univers et des personnages, ce second tome en tire pleinement parti. On entre directement dans le vif du sujet, ce qui donne un rythme plus soutenu. L’action s’enchaîne sans temps mort et l’enquête se déroule avec une belle fluidité. La plume de l’auteur est incisive, immersive et riche en détails sans être pesante.
J’ai adoré comment Jean-Luc développe les méthodes d’investigation de l’époque. L’utilisation des observations scientifiques, l’analyse des preuves (comme les mutilations corporelles) sont au centre de l’enquête. Les travaux de Bertillon sur l’anthropométrie démontrent comment les enquêtes criminelles se transforment.
La magie et l’illusion occupent également une place intéressante dans « La danse macabre ». Elles ajoutent une dimension mystérieuse et renforcent l’ambiance énigmatique du récit. Jean-Luc exploite l’attrait pour le surnaturel et les spectacles d’illusion très populaires à la fin du XIXè siècle, tout en les intégrant de manière subtile à l’enquête. Ces éléments nourrissent le doute et la fascination, créant des parallèles intriguant entre l’art de l’illusion et la manipulation psychologique. Misdirection.
En lisant « La danse macabre », j’ai été complètement transportée par l’atmosphère sombre et fascinante que Jean-Luc parvient à créer. Les personnages ont réussi à m’émouvoir et m’embarquer dans leurs luttes intérieures et leurs quêtes. Chaque page me faisait plonger un peu plus dans ce Paris de 1889, me faisant regretter de ne pas avoir de machine à remonter le temps pour m’y rendre pour de vrai.
Comme pour le premier tome, je suis tombée amoureuse de l’objet-livre. Comme je le disais plus haut, il contient la version intégrale du Guide Joanne, qui s’est avéré être une mine d’information sur l’Exposition Universelle.
Jean-Luc Bizien signe ici une suite plus aboutie que le premier volet. Porté par un duo de protagonistes attachants, une intrigue captivante et un contexte historique fascinant, « La danse macabre » est faite pour les amateurs de thrillers historiques.
Et bonne nouvelle ! Un tome 3, « Les fantômes des catacombes », est prévu pour 2025. Le prologue nous est servi sur un plateau d’argent…et nous met l’eau à la bouche. Le rendez-vous est pris, et je sais déjà qu’il sera très difficile pour moi d’attendre…
« – Cette Exposition est une vitrine, messieurs, l’occasion pour la France de briller aux yeux du monde ! Vous devez en garantir le calme et la sécurité ! »
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