Le livre Cuba, l’île insurgée est un court essai coécrit par Noam Chomsky et Vijay Prashad qui retrace 70 ans de révolution cubaine en insistant sur la résistance de l’île à la domination américaine et sur sa place singulière dans l’ordre international contemporain. L’ouvrage propose une vision fortement critique de l’impérialisme des États‑Unis, tout en dressant un bilan nuancé des réussites et des échecs du projet socialiste cubain.
Résumé du contenu
• Le livre revient d’abord sur la Révolution cubaine des années 1950, la chute de Batista et l’installation du régime de Fidel Castro, en soulignant le caractère anti‑impérialiste de ce processus face à la tutelle économique et politique américaine.
• Les auteurs décrivent ensuite la confrontation durable avec Washington (embargo, tentatives de déstabilisation, interventions) et montrent comment Cuba a réussi, malgré un blocus qualifié d’« inique et cruel », à développer un système éducatif massif et un secteur de santé très performant.
• L’ouvrage suit l’évolution de l’île jusqu’à aujourd’hui, en évoquant la période post‑soviétique, les réformes économiques et la continuité de la diplomatie cubaine Sud–Sud, notamment via l’envoi de médecins et la coopération avec de nombreux pays du tiers‑monde.
Thèses et axes majeurs
• Cuba est présentée comme un symbole de défi à l’ordre impérial américain : une petite île à 200 km de la Floride qui persiste à suivre une voie indépendante malgré les sanctions et l’isolement.
• Chomsky et Prashad insistent sur la « place particulière et cruciale » de Cuba pour les pays du Sud, qui y voient un exemple concret de résistance et d’expérimentations sociales alternatives au capitalisme néolibéral.
• L’essai se veut à contre‑courant du discours médiatique dominant : il met au centre la violence de l’interventionnisme américain (embargo, tentatives de renversement, pressions diplomatiques) plutôt que de réduire Cuba à une simple « dictature tropicale » décontextualisée.
Regard sur les réussites et limites de Cuba
• Sur le plan social, l’ouvrage souligne de manière répétée la qualité de l’éducation, de la santé, et l’engagement internationaliste (brigades médicales, aide aux pays vulnérables), présentés comme des conquêtes réelles de la révolution.
• Les auteurs n’adoptent cependant pas une glorification totale : ils évoquent la complexité de la trajectoire cubaine, marquée à la fois par des victoires sociales et par des difficultés économiques, des restrictions politiques et les tensions internes qui traversent toute expérience révolutionnaire de longue durée.
• L’idée centrale est que les défauts de Cuba ne peuvent être compris sans analyser le poids structurel de l’embargo, de la pression américaine et du contexte international, ce qui conduit à relativiser certaines critiques qui ignorent ces contraintes extérieures.
Analyse critique de la démarche de Chomsky et Prashad
• Le livre s’inscrit dans la continuité de la pensée anti‑impérialiste de Chomsky : l’angle d’attaque principal reste la dénonciation du rôle des États‑Unis dans le monde, Cuba servant ici de cas paradigmatique parmi d’autres.
• Cette focalisation sur l’impérialisme permet de corriger un biais médiatique réel, mais elle tend aussi à minorer certains enjeux internes cubains (pluralisme politique, libertés publiques, place de la société civile) qui apparaissent surtout en arrière‑plan.
• L’apport spécifique de Vijay Prashad, historien du tiers‑monde, renforce la dimension globale : Cuba est analysée dans un réseau de luttes du Sud, ce qui enrichit la compréhension géopolitique mais peut parfois lisser la diversité des voix critiques à l’intérieur même de la société cubaine.