Incontournable Mars 2023
Alors, j'ai du lire en diagonale la seconde partie de ce roman en raison de mon manque de temps. Je l'avais placé en incontournable en raison de la première moitié, mais finalement, il y a quelques éléments qui m'ont fait revoir mon jugement initial.
Il s'agit d'une sorte d'enquête teintée de magie sombre, avec un graphisme qui s'emboite dans la narration. Ce dernier n'est pas toujours limpide et peut rendre confuse la lecture, car le texte reprend à de drôles de moments et on ne peut pas tout décoder clairement dans les images. Je mentionne cependant qu'elles sont fascinantes, avec des superpositions étranges, des corps parfois déformés pour êtres plus anguleux et des yeux blancs et ronds qui me rappellent les yeux des poissons d'abysse, ce qui les rend effrayants. Tout comme dans le roman "Les monstres", de Stéphane Servant, le graphisme est quelque peu doux-amer, un peu terrifiant, mais étonnamment agréable à l’œil. Elles sont vraiment parfaites pour un registre légèrement épouvante.
J'ai vécu une drôle d'expérience en côtoyant ces personnages. Amparo m'a semblé transparente une bonne part du récit, un comble quand on sait que c'est elle qui initie l'aventure. Elle m'a semblé étonnamment en retrait et un peu passive quand les autres personnages s'animent autour d'elle. Bref, c'est étrange et je déplore que ce soit elle, seule personnage féminin principal, qui soit également la plus fade, comme l'ont longtemps été les personnages féminins. D'ailleurs, parlant de clichés, Tomas, l'autre personnage principal métamorphe, est un garçon ténébreux comme il en pleut en littérature de tout âge en ce moment. Évidemment, il est taciturne, évidemment, il est agressif, il n'a aucune patience, se montre mesquin et globalement, est chiant à vivre. Oh, et comme d'habitude, il a des cheveux noirs, mais au moins, sans ces sempiternels yeux bleus, c'est toujours ça de gagné. Donc, un personnage comme je les déteste, qui est bougon parce que "son passé est difficile" comme les centaines de bad boys qui pullulent en jeunesse et charment les nunuches. Heureusement qu'Amparo ne se pâme pas pour lui, je n'aurais pas poursuivie cette lecture autrement ( je n'en peux plus de ces mâles ténébreux dans le rôle de la pauvre petite victime qui se permettent d'être odieux comme s'ils étaient les seuls personnages à vivre des difficultés et dont raffolent les personnages féminins stupides).
Heureusement, c'est le personnage de Pépé qui sauve le navire. Sur de lui sans devenir arrogant, déterminé et capable, ce personnage est le trait d'union en béton entre deux personnages polarisés qui ne peuvent pas communiquer, étant métamorphosés à des moments différents. Bien honnêtement, c'était ce personnage que je suivais, bien plus que les deux autres. Pépé est un peu "le P'tit chef du quartier", connait les rues et les gens, use de ses connaissances pour élaborer des plans de secours, sait mener des entrevues auprès des potentiels témoins ou personnes d'intérêt. Il se retrouve intégré dans une enquête qui ne le concerne même pas, mais semble pourtant plus intrigué et curieux que Tomas, qui pique des crises d'impatience et de colère à tout bout de champs. Pépé est le véritable personnage principal à mes yeux.
L'enquête, pour sa part, est parfois ardue à suivre, se confond avec de nombreux personnages, des évènements qui ont du mal à se corréler ensemble et des évènements pour le moins troubles. Je comprend les autres critiques qui ont trouvé le scénario brouillon ou dur à suivre.
J'ai bien aimé le décor, car sur le plan culturel et architectural, il en avait des détails! Il y a donc un axe historique dans le roman, qui peut prendre un peu trop de place par rapport à l'enquête, mais que j'ai trouvé tout-de-même intéressant.
Attention, il y aura des divulgâches à partir d'ici.
Il y a une chose que j'ai remarquée qui m'a semblé intéressante, qui se voit vers la fin: le rapport à la malédiction. Autant j'ai pu qualifier Amparo de "transparente", visiblement, elle cache un élément surprenant. Elle est plus à l'aise avec sa double vie d'humaine-animale que Tomas, et quand on souhaitera lui retirer la malédiction qui la contraint à cette double vie, elle préfère la garder. Il faut préciser qu'elle vole, contrairement à Tomas. Il y a donc quelque chose de plus "sain" dans son rapport à soi, elle a une estime de soi plus solide et elle voit sa différence comme une force.
À l'inverse, Tomas ne voit cette malédiction que comme une source de souffrance. Il faut dire qu'en faire une bête de foire était un traumatisme en lui-même. Néanmoins, contrairement à Amparo, pourtant "oiseau de proie", Tomas était une panthère noire violente, selon les dires d'un des antagoniste. Il aura fait du mal à ses frères et soeurs adoptifs. Je peste un peu comme cette logique, d'une part parce que si vraiment il y a avait des traits agressifs lié à leur animalité, Amparo aurait du les avoir aussi, mais ce n'est pas le cas, ce qui donne encore une fois l'impression que Tomas les a parce que c'est un garçon. Ça m'énerve profondément ce genre de rapprochement sexiste: non, les hommes ne sont pas plus "violents" naturellement, c'est parce qu'on leur apprend et parce que souvent, comme c'est le cas ici, il y a une mauvaise gestion de l’impulsivité et donc, des émotions ( souvent la colère). Bref. Dernier petit point que j'ai apprécier, Amparo semble devenir une très bonne amie avec Pépé, merci à elle ne pas être une imbécile et de choisir de se tenir avec le gars qui a réellement de l'estime pour elle, en plus d'être charmant et gentil.
Enfin, je remarque que le "voyageur" me rappelle les légendes entourant "L'ankou", même si ce n'est pas une légende latine, mais bretonne. La malédiction qu'il lance me rappelle qu'en a elle celle d'Odette, la princesse des cygnes, du ballet "Le lac des cygnes".
Donc, un roman superbement illustré, aux frontières de l’ésotérisme, une histoire de malédiction, de vengeance, de drames et d'enquête, au cœur de l'Espagne du début du 203 siècle. Dépaysant et sombre, certainement, mais qui aura pu gagner en clarté et en affirmation de son personnage principal, Amparo, sans tomber dans le cliché du ténébreux insupportable avec Tomas, qui rattrape heureusement le coup avec Pépé.
Pour un lectorat intermédiaire du 3e cycle primaire, 10-12 ans+
Catégorie: Roman Fantastique italien, littérature jeunesse intermédiaire, 3e cycle primaire, 10-12 ans+
Note: 6/10