Si, depuis le début des années 2000, après des années d’occultation, la figure de Fanon fait retour dans les champs académique et militant francophones, c’est avant tout pour célébrer « l’homme d’action », le révolutionnaire, au détriment de « l’homme de pensée », du théoricien. Cette approche presque exclusivement biographique tend à faire de Fanon un dépassé et, par suite, un « dé-pensé ». Elle se révèle en outre étroitement liée à la défiance teintée de méconnaissance à l’égard de la diffusion des études postcoloniales dans les universités françaises. Il est vrai que, si les études postcoloniales et les études fanoniennes anglophones ont eu l’indéniable mérite de réhabiliter Fanon en tant qu’intellectuel et penseur de tout premier ordre, il est légitime de leur reprocher d’avoir également opéré une certaine décontextualisation tendant à gommer la singularité de l’intervention théorique et politique du psychiatre martiniquais. Si nous désirons aujourd’hui faire de Fanon notre contemporain, il est donc nécessaire d’aller au-delà du conflit des interprétations qui oppose les figures exclusives du « Fanon anticolonial » (historique) et du « Fanon postcolonial », au-delà de cet écartèlement entre un passé et un futur qui privent Fanon de tout présent. Il faut s’attacher à comprendre le moment fanonien en tant que moment transitionnel, il faut déceler dans ses écrits le commencement d’un certain postcolonialisme au sein de l’anticolonialisme, d’un postcolonialisme de guerre qui révèle, par contraste, les difficultés de la critique postcoloniale actuelle à théoriser la violence et à penser ensemble, dans la lignée de Fanon, guerre et décolonisation des savoirs. Tel est l’enjeu de ce portrait théorique en situation.
Mit seinem Werk über Frantz Fanon entwirft Matthieu Renault eine faszinierende „Nicht-Biographie“, die sich bewusst den Konventionen klassischer Lebensdarstellungen entzieht. Statt Fanon retrospektiv in feste historische Kategorien einzuordnen, rekonstruiert Renault die Entstehung seines Denkens aus der unmittelbaren Dringlichkeit von Krieg, Kolonialismus und revolutionärem Kampf. Besonders treffend beschreibt er Fanons Begriffe als „sales concepts“ – „schmutzige Konzepte“, die nicht im Schutz akademischer Distanz entstanden sind, sondern im direkten Kontakt mit Gewalt, Unterdrückung und politischer Praxis geformt wurden. Renault gelingt es, eine der hartnäckigsten Fehlinterpretationen Fanons zu überwinden: die künstliche Trennung zwischen dem militanten Revolutionär und dem klinisch präzisen Psychiater sowie originellen Theoretiker. Er zeigt überzeugend, dass Fanons theoretische Radikalität gerade aus seiner praktischen und klinischen Erfahrung hervorging, wodurch Denken und Handeln eine unauflösliche Einheit bilden. Fanons Werk erscheint so nicht als abstraktes Theoriegebäude, sondern als lebendige Intervention in die Konflikte seiner Zeit. Die besondere Leistung des Buches besteht darin, Fanon aus der musealen Erstarrung zu befreien und ihn als unseren Zeitgenossen sichtbar zu machen. Renault etabliert ihn als zentralen Denker der Dekolonisierung des Wissens, dessen Analysen weiterhin entscheidende Werkzeuge zum Verständnis von Diskriminierung, Gewalt und epistemischer Herrschaft liefern. Damit wird Fanon nicht nur als historische Figur gewürdigt, sondern als intellektuelle Ressource für gegenwärtige politische und theoretische Auseinandersetzungen neu erschlossen. Dieses Werk ist eine eindringliche Einladung, die politische und theoretische Singularität Fanons neu zu entdecken – und seine ungebrochene Relevanz für heutige Befreiungskämpfe und kritische Debatten anzuerkennen.