Le titre suggère qu’une solitude étude socio-ethnographique étaye le propos, il n’en est rien.
L’ego de Martin Winckler a été blessé, à de nombreuses reprises, et il entend bien décortiquer chaque expérience pour démontrer combien il est parfait et combien les français sont, dans leur grande majorité, bons à jeter au chien. Seuls quelques-uns, soigneusement nommés, trouvent grâce à ses yeux.
Quand il sort de l’égo-histoire, il parcourt l’histoire de France à sauts et à gambades pour signaler que non, les français n’ont rien inventé sauf des catastrophes : le Concorde, le Minitel…
Plus encore, les français sont arriérés à tous points de vue, notamment face à la grande Amérique.
Malheureusement, la démonstration achoppe à plusieurs points :
- on ne peut pas faire de ses expériences personnelles une généralité sociologiquement probante.
- M. Winckler croit se distinguer du français méprisant qu’il dénonce, pourtant il n’est mas exempt des défauts qu’il veut nationaux. Il n’oublie jamais de mentionner ses exploits, de ses réussites scolaires à ses talents quasi innés qui lui permettent d’en remontrer aux professionnels les plus aguerris, il liste ce qu’il a vu et lu dès le plus jeune âge, rabâche autour de son bilinguisme, n’oblitère jamais ce qu’il a compris et accompli bien avant tout le monde, et apporte à ses lecteurs des précisions tout droit venues d’encyclopédies (en ligne?) tellement basiques qu’on peut se demander s’il ne les prend pas pour des crétins.
- dans sa glorification des USA, du sens du partage américain, de l’esprit communautaire et blablabla… il omet de préciser que les universités américaines sont hors de prix - certains étudiants payent leur scolarité toute leur vie active - et ne peuvent être intégrées qu’au terme d’une sélection drastique. Il n’a eu qu’à se présenter à l’université de Tours pour pouvoir s’inscrire, à un coût plus que modique. Il oublie aussi l’accès aux soins, lui qui a exercé la médecine avant de se tourner définitivement vers d’autres activités.
La lecture finit par en devenir pénible, d’autant que le plan est quelque peu brouillon. L’écriture est facile sans être agréable.
C’est une déception, surtout quand on a lu avec plaisir les Trois médecins ou la Maladie de Sachs.
De plus, une véritable étude du mépris de classe, des dysfonctionnements de la méritocratie ou mieux, des barrières au sein même de l’élite sociale ou intellectuelle - voire de la tendance française à battre éternellement sa coulpe - aurait été tout à fait intéressante.
La dernière partie concerne le droit à l’aide à mourir. Intéressant, mais en grande partie hors sujet?
En tout cas, au regard de sa détestation de la France et des français, M. Winckler a pris la meilleure décision : partir.