Qui traverse ces chants nordiques, ces chants mystiques ? Sans doute un halluciné aux langues faites chairs blessées, surgissant de l’inexplicable, attentif au tourbillon desincantations chamaniques. Dans la continuité de son oeuvre magistrale, Jean-Marc Desgent assemble une « langue urgente, faite de grognements entiers, absolus », qui déstabilise tout autant qu’elle fascine, faisant chaque fois du poème le lieu d’une exploration inédite. Sorte de « fable testamentaire », Chants nordiques et chants mystiques décortique un Je multiple et multiplié, habité d’hommes et de femmes, de nomades, de réfugié·e·s, d’esprits ambigus, de vivant·e·s, de cadavres… Autant d’« entités douloureuses » qui demandent « Je, combien defois, combien de temps ». Qui répondent « Je, combien et de quelles manières ». Foisonnant et dense, ce recueil insaisissable peut se lire à l’endroit, à l’envers et dans tous les sens entre les deux, car Jean-Marc Desgent parle « le cassé d’être ».
Une belle surprise, une œuvre brumeuse, mais toutefois parsemé de petites scintillances.
Un « je » particulièrement intéressant, inquiétant, multiplié, absent, j’ai été extrêmement accroché par ce « je » presque mythique. Le « cassé d’être », résume la langue déployée par l’écrivain et se ressent par les falaises, les trous que l’écriture nous raconte.
On se sent pressés, on sent un chant d’urgence, on ne sait et ne sait pas, et ça, le « je » illustre parfaitement ça. Les idées s’élancent et s’arrêtent aussitôt, comme si elles tombaient fond du gouffre. Les mots et les pages ne se suivent pas. Les idées et images sont énigmatiques, troublantes.
Le poème vient même nous interpeller, vient nous rappeler qu’il n’y a rien à comprendre, de ne pas continuer à essayer de comprendre. Les poèmes m’ont donné l’impression de posséder les choses sans les posséder, de voyager dans une fable alarmante, une falaise trouée…
Je recommande cette courte lecture, aussi captivante que brillante.
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