Premier recueil de poèmes de l’écrivaine Dominique Fortier, Notre-Dame de tous les peut-être est une fragile cathédrale de paroles et d’images dans laquelle prose et vers s’éclairent mutuellement.
L'auteure y prend le risque de la poésie pour explorer le désir, l’écriture, le mensonge des livres qui est une vérité dite autrement, l’espoir que l’on prend à bras-le-corps. Convoquant les voix d’inconnues écrivant leur amour à travers les siècles, elle joue avec la forme épistolaire dans un livre-vitrail qui se déploie entre Paris et Montréal, de part et d’autre d’un océan séparant deux êtres unis par un fil à la fois puissant et ténu, tels deux funambules.
À l’ombre de la cathédrale presque millénaire toujours debout après l’incendie, Dominique Fortier s’attache à explorer ce qui survit à travers les décombres. Elle entrelace la fiction et le passé, noue l’Histoire à l’intime pour tisser des phrases qui sont aussi des fils lancés au-dessus de l’abîme — une autre façon de prendre espoir.
Dominique Fortier est née à Québec en 1972. Après un doctorat en littérature à l’Université McGill, elle exerce les métiers de réviseure, de traductrice et d’éditrice. Elle a traduit une quinzaine d’ouvrages littéraires et scientifiques, dans des disciplines aussi diverses que les sciences politiques, la linguistique et la botanique. Elle vit à Outremont. Du bon usage des étoiles est son premier roman.
"Au commencement, on écrivait les livres sur le cuir des bêtes. Cela avait l'avantage très évident de ne pas cacher le lien qui unit le livre à la mort. (Il faut celle-ci pour faire celui-là.)"
"(Je peux marcher vers toi tout en restant parfaitement immobile. Au fond, marcher ne sert à rien, dans cette phrase comme dans les autres, le verbe, c'est toi.)"
Une œuvre puissante, où chaque poème agit comme un faisceau de lumière sur le précédent, leur donnant un sens plus profond, une nouvelle perspective, une autre couleur. Ils sont tous habilement liés de sorte à former un tout très cohérent. On ressent une certaine intimité dans l’écriture, presqu’à la manière d’un journal intime, rendant les textes particulièrement touchants.
Il est évident, si on connait la plume de Fortier, qu’une première expérience en poésie serait une réussite. Elle manie les mots avec précision et douceur, berçant son lectorat tout en le surprenant constamment. Elle mélange vers et proses, blocs et sections épistolaires, citations et expériences personnelles avec une ligne directrice que seule Fortier est capable de construire. C’est un labyrinthe où elle nous tient par la main. Elle change de sujet comme on divague autour de café, c’est-à-dire dans la légèreté et l’insouciance. Elle nous communique des émotions et des connaissances, peu importe le chemin.
Dans cette œuvre, elle vogue dans les dualités. Elle explore la vérité et le mensonge, Paris et Montréal, l’écriture et la lecture, le désir et l’espoir. Quelque part près de Notre-Dame-de-Paris, elle nous raconte diverses histoires dans une sorte de flux de conscience où tout se tient étrangement bien. C’est le type de livre qu’on ne se lassera jamais de lire, puisque dans l’ombre de chaque détour, on peut retrouver une image oubliée qui nous fait sourire. La beauté des mots de Dominique Fortier ne se fane pas.
Fortier réussit vraiment son pari funambule avec Notre-Dame de tous les peut-être. Elle utilise son style unique que l’on peut également apprécier parallèlement avec La part de l’océan pour nous amener ailleurs. Comme tous les chemins se croisent ultimement, je vous conseille de lire les deux. Ils sont à la fois indépendants et complémentaires.
On retrouve bien dans ce recueil la voix de Dominique Fortier, mais la promesse de poésie n’est pas tenue. On n’arrive jamais au cœur de l’émotion tant l’intellect gère les mots, de façon tout à fait consciente. Malgré le prétexte d’une relation amoureuse, rien n’est « livré » (et c’est un jeu de mot voulu), aucune expérience esthétique n’en résulte. On a droit aux exposés sur ce que signifient les mots (on préférerait les « sentir ») et à des anecdotes qui servent de fil d’Ariane, mais ce n’est pas parce que l’on découpe de la prose que l’on fait de la poésie… Dommage, car je m’attendais à plus de cette dentelière des mots.
« Les livres exigent la suspension de l'incrédulité, on ne peut lire que si on y croit, dans l'espace des pages, de la même manière - exactement de la même manière - qu'on ne peut aimer sans y croire. Dans les deux cas, dès que l'on cesse de prêter foi l'enchantement se brise; si l'on cesse d'embrasser la fiction, le réel nous exauce et nous reprend. C'est le paradoxe des livres: en nous mentant, ils nous apprennent à croire. Ce sont des professeurs d'abandon. »
« Les livres sont toujours écrits par des fantômes – la personne a disparu qui racontait son histoire, elle est devenue autre, c'est le récit qui l'a changée, d'un seul coup il l'a fait naître et l'a tuée.
Les livres sont toujours écrits à l'ombre de la nuit par ce qui reste de lumière. »
Cet excellent recueil va main dans la main avec La part de l’océan. Je ne pense pas que je l’aurais autant apprécié si je n’avais pas lu La part de l’océan avant.
À lire en complément du dernier roman de Dominique Fortier. J’aime ce genre de plaquette où l’on mélange la poésie et le récit sans se limiter. C’est très agréable à lire. L’objet est beau en plus.
C'était doux, c'était beau, et ça mériterait une relecture car j'ai eu l'impression que ce n'est que vers la fin du recueil que je me suis plus éprise de celui-ci, comme si tout le reste avant, je l'avais lu dans l'vide. J'ai eu la sensation de lire un mix entre un essai et de la poésie, ça ne m'a pas déplu. C'est le premier recueil de poésie de Dominique Fortier, et c'est le premier de ses écrits que je lis, peut-être que c'est parce que je ne connais pas sa plume d'auteur que la connexion a été moins forte à cette lecture.
(*ajout : j'ai appris que Notre-Dame de tous les peut-être est sorti en même temps que La part de l'océan et qu'ils sont perçus comme des livres frères/compagnons, et qu'ils peuvent être lus en même temps, que cela apporterait un plus à la lecture de ces deux livres.)