« Tu veux raconter les montagnes et les îles que tu as quittées depuis trop longtemps, renouer avec tes souvenirs (comme si tu anticipais l’irruption du magma en toi, les lésions, l’imagerie cérébrale). Tu rédiges toute la journée des messages, des rapports, des chroniques, tu finis par raconter toutes les histoires, sauf celle qui t’habite réellement. Tu écris l’histoire du retour avant l’histoire du départ. »
Dans le tumulte pandémique, une narratrice essaie de profiter du confinement pour achever un récit de voyage en Amérique latine amorcé vingt ans plus tôt. Mais une maladie s’éveille dans ses yeux : progressivement, son regard rétrécit, se dédouble, s’inquiète de la violence dont elle témoigne à travers sa fenêtre. Devant l’urgence de l’itinérance, de la souffrance sociale et de la maladie, elle aborde plutôt les tensions contemporaines qui hantent ses souvenirs et transforment son projet en une écriture-témoin. Avec ce roman d’autofiction audacieux, Rosso fait face à l’échec et demande courageusement, dans une langue haletante, ce que peut la littérature en temps de crise.
je ne m'attendais pas à ça. J'avais mal lu le résumé et je voulais mettre au programme le récit d'une femme qui pense l'altérité, le récit de voyage et le dialogue vers l'autre. Karine Rosso me semblait le choix judicieux pour cela. Surtout parce qu'il m'attendait dans ma pile depuis un moment et que je tente toujours d'enseigner un livre que je veux lire, qui me rend curieux.
Je ne m'attendais pas à un récit sur la pandémie. À une si grande présence (parfois lourde et écrasante) de la solitude. Dans le genre, peut-être plus près du "soi" il y a nicolas dawson qui aurait intéressant, car moins encré dans deux événements que mes étudiant•es auront peu ou pas connus. Mais bon, il y aura de bonnes discussions, j'en suis certain. Surtout sur ce "tu" qui n'en est pas un.
Aussi, Rosse fut ma dernière prof de création au bacc, alors que ça boucle quelque chose. Je ne sais pas trop quoi par contre.
Le temps et enferment oppressant de la pandémie s'opposent au passé nomade en Amérique centrale et en Amérique du Sud, où c'est les grands espaces, les plages et les montagnes qui dominent.
La narratrice regarde l'itinérance à sa porte, témoigne de l'usage de drogues, jusqu'à ne plus pouvoir en supporter la vision.
Un récit qui pose de manière humaine les questions de responsabilité, de l'ego, de compassion, et bien d'autres....
Je n'ai pas accroché au mouvement restreint de cette histoire. J'ai l'impression de manquer d'empathie. Il y a néanmoins une certaine poésie dans ces fragments de vie.
J’aimerais qu’on célèbre davantage cette autrice importante de litt québécoise contemporaine. Ce roman est un bijou précis, sensible et choquant de lucidité.
L'autrice avait comme intention première de retravailler un récit de voyage en Amérique du Sud écrit il y a plus de vingt ans, mais son plan a changé en cours de route, notamment à cause de la pandémie et des questions qu'elle s'est mise à se poser.
C'est donc devenu un récit autofictionnel qui interroge notre droit d'écrire sur les autres sans leur permission, qui examine le désir de bien paraître quand on écrit, qui interroge l'obscénité d'exhiber sur les réseaux sociaux une vie privilégiée alors que dehors, juste devant sa porte, d'autres souffrent.
Démarche intéressante, questions fort valides, mais on dirait qu'il manque un petit quelque chose qui nous donnerait envie de lire plus vite, et de s'accrocher davantage au récit.