✨ Merci à Netgalley et à l’éditeur pour cet exemplaire
Journaliste, Félix Lemaître s'intéresse à l'histoire des piqûres dans les festivals (il est journaliste culturel à la base) pour travailler sur la question de la soumission chimique. Comme beaucoup, il avait l'image du violeur qui glisse du GHB dans un verre pour agresser des femmes, mais la réalité est plus complexe.
Je vais être honnête, à l'introduction j'ai eu un mouvement de recul. La faute, sans doute, au ton très éloigné de ce que j'ai l'habitude de lire sur le sujet, mais aussi — je vais l'avouer — au fait que je ne suis pas toujours fan des hommes qui s'emparent de sujets concernant les femmes pour finir par dire « Oh là là, c'est dur quand même, je n'imaginais pas ». Il y a un peu de ça dans le livre, on ne va pas se mentir, mais au final le point de vue est vraiment intéressant.
À travers son enquête, l'auteur se remémore sa jeunesse et la manière dont la culture dans laquelle il a grandi (culture qui est aussi la mienne, on a le même âge) a pu influencer sa façon de voir les femmes et la sexualité. Force est de constater que l'idée de « consommer » un corps féminin inanimé est plutôt populaire dans notre culture, de la pop culture à la pornographie.
C'est intéressant de voir l'auteur réaliser à quel point certaines situations qu'il a vécues ou auxquelles il a assisté étaient symptomatiques de cette culture. Les violeurs à la soumission chimique ne sont pas des monstres tapis dans l'ombre ; ce sont des hommes ordinaires et ils n'ont pas besoin du GHB pour attaquer. La pire des drogues du violeur se trouve dans nos pharmacies.
Ce passage m'a beaucoup fait rire — parce qu'il commence le livre un peu sur ses grands chevaux à dire que lui, il n'écoute pas d'émission de faits divers car il n'en voit pas l'intérêt. Je me souviens avoir dit « Ah, on voit que c'est un homme l'auteur », et puis quelques chapitres plus loin :
Premier constat : consommer des faits divers, c’est lire une anthologie des violences faites aux femmes.
N’en jetez plus. Je comprends mieux les résultats de l’enquête Sofres de 2011 sur le magazine que j’ai décortiquée avant de venir. Tu m’étonnes que Le Nouveau Détective soit lu à 69 % par des femmes1. C’est un médium par l’intermédiaire duquel elles regardent leur mort en face. En s’y plongeant, elles construisent leur représentation du danger.
Une enquête absolument pas rassurante, mais je n'en attendais pas moins. C'est une réflexion très intéressante sur la masculinité et sur la manière dont hommes et femmes sont socialisés. On vit dans une société, comme on dit, et nos monstres ne sortent pas de nulle part.