Dans « J’ai commencé par mourir », nous sommes sur une côte sauvage écossaise, là où le vent chante des ballades anciennes. En ces lieux se trouve un village oublié, perdu entre ciel et mer. Ses toits sont battus par les embruns, et les murs de pierre racontent des histoires que seuls les cœurs attentifs peuvent encore entendre. Les chemins de terre serpentent entre des falaises abruptes, où l’océan vient frapper avec une constance presque tendre, comme un vieil ami qui revient sans cesse. Ici, tout est silence et murmure. Le jour, la pâle lumière du nord danse sur les vagues, et les montagnes lointaines se drapent de brume comme d’anciennes reines endormies. Le vent passe entre les cimes déchirées, jouant des mélodies secrètes pour ceux qui savent écouter. À la nuit tombée, les étoiles s’allument, si proches qu’on croirait pouvoir les saisir du bout des doigts. C’est un lieu hors du monde, où les battements du cœur suivent le rythme lent des marées.
En 1668, dans ce village modeste de pêcheurs, le temps s’est arrêté. Seamus, sauve un livre avant une catastrophe annoncée. « Chacun à leur tour, à travers ce document qu’ils enrichissaient au fil de leurs existences, tous furent les gardiens du trésor des lieux, les protecteurs de la véritable nature de la baie. ». Ici, les légendes comme les secrets se transmettent de père en fils et sont gardés dans un silence éternel qui enveloppe tout.
La mer se retire, laissant sur le sable des empreintes éphémères, comme les pas des ancêtres qui auraient traversé les sentiers en rêve. Nous sommes de nos jours. Christopher Runyard s’enfonce dans les terres écossaises pour rejoindre la côte ouest, dans le petit village cité plus haut. Il a hérité d’une propriété en ces lieux où demeurent trente-deux habitants…Peu de gens vivent encore ici, mais les âmes de ceux qui sont partis semblent hanter chaque coin de rue. Dans l’air flotte peut-être l’odeur de tourbe brûlée, mêlée à celle des algues mouillées. Un vieux phare, érigé comme un gardien solitaire, continue de balayer l’horizon de sa lumière vacillante, comme s’il guettait encore le retour de navires oubliés.
Pourquoi ? Comment ? C’est précisément ce que Christopher cherche à savoir et l’objet de son voyage. Ce qui est certain c’est que les précédents héritiers sont morts et que le titre du roman de Gilles Legardiner, « J’ai commencé par mourir », donne une idée de ce qui attend Christopher.
L’enquête va être compliquée. Ces trente-deux âmes vivent aussi enracinées que les chênes tordus par les ans, leurs visages burinés par le froid et les tempêtes, leurs regards durs comme les pierres. Les habitants ne parlent pas, ou si peu, et quand ils le font, c’est d’une voix basse. Ils gardent leurs histoires comme on garde un secret précieux, leur méfiance est tissée de légendes et de prudence. Autant dire que l’arrivée de cet étranger n’est pas du goût de tout le monde. Ici, rien ne change, et ils veillent à ce qu’il en soit toujours ainsi. La nouveauté leur est étrangère, presque hostile, comme une ombre qui menace de détruire l’équilibre fragile qu’ils ont bâti au fil des siècles. Ici, on ne s’immisce pas dans les affaires des autres. Ce qui se passe derrière les murs reste derrière les murs, mais Christopher pose beaucoup de questions. Il aura l’immense honneur d’affirmer « J’ai commencé par mourir », plusieurs fois.
Voici le décor planté et l’intrigue posée. Vous l’aurez deviné, « J’ai commencé par mourir » est un roman d’atmosphère. Ce village, on le sent sous la peau, comme une histoire qu’on aurait oubliée, mais que l’auteur nous murmure, pour qui veut bien l’écouter. Ces lieux possèdent un charme piquant. C’est une beauté qui ne se donne pas au premier regard, qui se cache dans les détails tout au long du récit, dans la lumière vacillante d’un feu derrière une fenêtre, dans la brume qui s’élève doucement au petit matin. Le roman nous enveloppe comme un plaid et donne envie d’y rester blotti.
Cependant, ne vous trompez pas, en sus de l’atmosphère et de l’intrigue, vous pourrez compter sur le formidable sens de l’humour de Gilles Legardinier pour vous faire éclater de rire. Si vous l’avez déjà rencontré, vous connaissez son regard malicieux et son sourire toujours prêt à éclore. Son humour est une flèche précise qui touche toujours sa cible. Il maîtrise l’art des dialogues comme personne. Chaque échange qu’il couche sur le papier semble tiré d’une conversation qu’on aimerait avoir, pleine de verve, et de réparties imprévisibles et si finement trouvées.
Il sait capter l’essence des échanges humains, ces moments fugaces où tout se joue en quelques phrases, et il les transforme en véritables joutes verbales. Ses personnages s’affrontent par la parole comme dans un duel d’esprit, où le dernier mot n’est jamais une victoire absolue, mais plutôt un clin d’œil subtil à une vérité plus profonde. Il excelle à jongler avec les mots, leur donner des couleurs inattendues, souvent drôles, toujours percutantes.
Dans « J’ai commencé par mourir », les dialogues sont des danses, des feintes et des pirouettes, où chaque phrase esquisse une nouvelle facette de ses personnages, les rendant instantanément vivants et attachants. Il a cette rare capacité à faire rire avec profondeur, à allier le comique et le plus « grave ». Sous l’humour, il y a toujours une réflexion plus vaste, un regard lucide, mais jamais cynique sur l’humanité. Sa plume célèbre la complexité des relations humaines avec une tendresse espiègle, révélant les failles et les forces des êtres par le biais d’un bon mot ou d’un sous-entendu parfaitement placé.
Gilles Legardinier est de ceux qui écrivent comme on tend une main, avec bienveillance et un sourire au coin des lèvres, tissant des récits où l’humain occupe toujours le premier plan. Son humour est subtil, jamais forcé, comme une étincelle qui éclaire même les moments les plus sombres. Il sait que la vie, dans toute sa complexité, a besoin d’être abordée avec légèreté, mais aussi avec un respect profond pour les êtres qui la peuplent. Ses valeurs sont palpables à la lecture de « J’ai commencé par mourir », l’humanité, la solidarité, l’amour sous toutes ses formes, et une foi dans la bonté des gens, même quand le monde vacille. Ce n’est pas qu’il ignore les zones d’ombre, loin de là, mais il croit fermement que l’espoir, l’humour, et la tendresse peuvent toujours l’emporter.(voir la partie « Et pour finir ») Et sous la surface de ses mots, transparaît toujours un regard empathique, celui d’un écrivain qui comprend profondément les failles, les forces et les beautés de l’âme humaine.
Il n’a rien à prouver, son écriture est un prolongement naturel de son être : généreuse, sincère et lumineuse.