« Le ciel de Tokyo » est l’histoire d’une auberge espagnole japonaise. Le récit commence avec l’arrivée de Camille dans une « Gaijin House », une maison qui recueille des non-Japonais durant leur séjour dans le pays. Ce lieu regorge d’arrivées et de départs, de jeunes gens qui débarquent de tous les pays et qui, pour quelques yens, se voient offrir un toit. Dans cette pension bohème, la jeune femme qui a abandonné son mari devant l’autel fait la rencontre d’individus, comme elle, en transit. Au cœur du quartier d’Asakusa qui symbolise le vieux Tokyo, ses boutiques traditionnelles, des manèges à sensations, ses pachinkos et ses cafés, ce petit groupe oscille entre introspection, oisiveté et rencontres. La « Gaijin House » regroupe un microcosme cosmopolite où ses habitants vont et viennent, à la recherche de découvertes, mais aussi d’introspection.
Ce livre avait tout pour me plaire. Après un voyage au Japon, et la visite de plusieurs villes, j’avais bien envie de retourner « en rêve » dans ce lieu que j’avais tant aimé. Le principe de l’auberge espagnole japonaise était également fort séduisant. Cet endroit, qui peut être aussi protecteur qu’aliénant, est un lieu d’accueil où les esprits se rencontrent, où les expériences sont partagées, et où, ensemble, on réfléchit à son avenir. Il s’avère que cette « Gaijin House » est plutôt un endroit où l’on n’a pas du tout envie de rester. La décrépitude de ce lieu fait fuir, les modestes chambres dans lesquelles dorment les protagonistes, sous une chaleur écrasante, ont provoqué chez moi des palpitations. Claustrophobe ? Abstenez-vous. Comment faciliter une quelconque introspection dans un bouge pareil ? J’ai eu la sensation d’étouffer.
Au-delà de cet endroit, les variations dans « Le ciel de Tokyo » suscitent bien plus de rêveries, de possibilités de futur, et de remise en question. Émilie Desvaux fait des descriptions magnifiques du ciel changeant, aux couleurs très différentes entre le matin et le soir, qui invitent le lecteur au ravissement. En dehors de la « Gaijin House », les toits qui descendent jusqu’au sol, les câbles enchevêtrés, confèrent à ce quartier de Tokyo ce charme qui m’avait tant plu. Toutes les actions ou descriptions de l’extérieur ont suscité une profonde nostalgie. Tokyo est une ville fascinante, une mosaïque complexe qui navigue entre modernité et tradition, recueillement et fonds sonores permanents en fonction de l’endroit où l’on se trouve. Il faut s’y perdre au moins une fois dans sa vie pour appréhender les émotions qui peuvent nous traverser lorsqu’on la visite.
Tout cela pour dire que, ce qui m’a d’abord attirée dans ce roman, l’auberge espagnole japonaise, a fini par me lasser au détriment des déambulations diverses à l’extérieur. Ce théâtre à ciel ouvert qui abrite à la fois les actifs et les touristes crée une sorte de tourbillon dans lequel il est agréable, et même enivrant de se perdre. A contrario, les personnages n’ont laissé aucune empreinte sur moi. Je n’ai pas eu d’empathie ni réussi à prendre part à toutes leurs interrogations intimes. Ils sont passés à côté de moi, sans que je puisse réellement les côtoyer. Mais, dans « Le ciel de Tokyo », le champ lexical autour du ciel sert tout de même de métaphore aux âmes tourmentées des personnages.
Malgré des qualités littéraires incontestables, « Le ciel de Tokyo » souffre, à mon sens, d’un manque cruel d’histoire. Le rythme est extrêmement lent et la narration trop intimiste, sans donner au lecteur la possibilité ou le temps de s’attacher ne serait-ce qu’aux personnages. Cela me conforte dans l’idée que l’écriture, si belle, si aboutie soit-elle, ne peut s’affranchir d’une histoire qui emporte le lecteur, ou de personnages qui le transportent. Dans ce livre, j’ai eu l’impression que tout était en stagnation, et que, même si les personnages cherchaient à évoluer, ils n’y parvenaient pas. J’ai été placée dans une attente interminable qui n’a généré que de la frustration.
Je dois tout de même reconnaître une chose, le roman retranscrit assez bien les émotions qui nous traversent en visitant ce pays. On en repart un peu hypnotisé, ne sachant plus très bien où est le rêve et où est la réalité. L’esprit contemplatif, et l’impression de calme intérieur, dans une ville pourtant grouillante, sont tout à fait surprenants. Il y a eu quelques passages en extérieur, où j’ai pu éprouver à nouveau, cette sérénité, cette douceur sous « Le ciel de Tokyo ».
Malgré ses qualités littéraires, « Le ciel de Tokyo » souffre pour moi d’une trop grande stagnation. Les amateurs de récit contemplatif seront certainement satisfaits. Pour ma part, je n’y ai pas trouvé mon compte, et je suis resté sur ma faim. Comme d’habitude, je ne peux que vous inviter à vous faire votre propre avis.