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Le génocide au village : Le massacre des Tutsi au Rwanda

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Fruit d'une enquête d'une dizaine d'années dans une commune du Rwanda, cette histoire "à la loupe" reconstitue, à travers ses lieux, ses acteurs et ses rescapés, l'exécution à l'échelle locale du dernier génocide du XXe siècle, concentré sur quelques mois (d'avril à mi-juillet 1994), et révèle la très grande proximité géographique, sociale, familiale des bourreaux et de leurs victimes. Nourri des témoignages aux procès, ceux des survivants, des tueurs et des témoins, mais aussi de déambulations sur les lieux de l'extermination, le récit met en lumière les mécanismes de ces massacres entre voisins et la créativité meurtrière des bourreaux qui ont assuré la redoutable efficacité du génocide des Tutsi. Il éclaire l'ampleur de la participation populaire, ainsi que le rôle des imaginaires de guerre défensive et d'animalisation des victimes qui ont animé les tueurs. Ce texte est aussi l'histoire de la confrontation d'un chercheur à la violence inouïe d'une parole et de la commotion produite par les traces physiques de l'extermination. A ce titre, il invite à une réflexion sur les manières d'écrire l'histoire d'un événement dont tant de dimensions demeurent inédites au regard des autres configurations de violence extrême.

364 pages, Paperback

First published March 6, 2014

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Hélène Dumas

11 books6 followers

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12 reviews
May 31, 2026
Épouvantable ou glaçante… cette dissection des mécanismes du génocide des Tutsis y compris des enfants révèle l’implication des voisins, voire des familles dans ces actes de barbarie si bien préparés et exécutés. Cette approche factuelle au travers des récits recueillis dans les tribunaux jugeant de ces horreurs amène à se poser beaucoup de questions sur nos sociétés dites humaines.
Profile Image for Yves Gounin.
441 reviews68 followers
April 29, 2014
Le Seuil a réussi un joli « coup » éditorial en publiant à la veille du vingtième anniversaire du génocide de 1994 la thèse soutenue l’an passé par Hélène Dumas à l’EHESS.

Elle ne traite pas de la question de la responsabilité du génocide, refusant de prendre parti dans la querelle qui oppose grosso modo ceux qui, derrière Patrick Saint-Exupéry (et Paul Kagamé), en font porter le poids à la France à ceux qui, derrière Pierre Péan, entendent l’en exonérer.

Représentante d’une nouvelle génération d’historiens qui n’avait pas encore atteint l’âge adulte à l’époque du génocide, elle n’est pas l’otage des controverses dans lesquelles ses aînés, tels Jean-Pierre Chrétien ou Gérard Prunier, sont englués depuis vingt ans. Sans être africaniste de formation, elle intègre le génocide rwandais dans la perspective plus large des violences de masses contemporaines comme le souligne l’historien de la Première guerre mondiale Stéphane Audoin-Rouzeau qui a dirigé sa thèse et préfacé l’ouvrage qui en est issu.

Hélène Dumas se revendique de la microstoria, de ce courant historique attaché aux lieux, aux acteurs et aux faits. Pratiquant l’histoire « au ras du sol » , elle ambitionne de présenter « une modulation locale de la grande histoire » en auscultant une commune « ordinaire », une « colline entre mille » , située à une dizaine de kilomètres au nord de Kigali. C’est le sens du jeu de miroirs où se reflètent le titre de son livre – qui renvoie au célèbre Village des « cannibales » d’Alain Corbin – et son sous-titre. On pourrait pinailler, invoquer le fait qu’il n’existe pas de « village » au Rwanda et regretter qu’Hélène Dumas n’ait pas repris purement et simplement le titre de sa thèse : « Juger le génocide sur les collines ». Mais ce titre aurait été trop réducteur, qui aurait limité l’exposé à la présentation d’un processus judiciaire.

Sans doute, pendant cinq ans, l’auteur a-t-elle suivi les audiences des tribunaux gacaca, cette forme de justice communautaire destinée à juger les « petits » criminels. Mais ce qui l’intéresse n’est pas la procédure judiciaire, aussi innovante soit-elle . Ces procès d’un style particulier, qui se déroulent sur les lieux mêmes des crimes qu’ils jugent et dont les juges en ont été les témoins directs voire les victimes, sont pour elle la « porte d’entrée » (p. VI) vers le génocide qu’elle appréhende avec les outils de l’anthropologie historique. Ces procès rejouent le génocide, caractérisé par « l’intimité sociale voire affective » qui unit ses acteurs.

Telle est la principale caractéristique du « génocide de proximité » rwandais : des voisins se sont entretués. Tel est son principal mystère : comment cette vicinalité pacifique s’est-elle retournée ? Hélène Dumas cherche la réponse à cette question dans l’histoire rwandaise, à partir de la guerre qui éclate en 1990 avec les premières offensives depuis l’Ouganda du Front patriotique rwandais (FPR). C’est à partir de cette date que les imaginaires se construisent, transformant les Tutsi en inyenzi, en « cafards » qui infiltrent le territoire la nuit et qu’il faut exterminer. C’est à partir de cette date aussi que se met en place un programme d’autodéfense « civile » avec distribution d’armes dans les communes et militarisation de la population.

Pour autant, le méticuleux travail de terrain auquel s’est livré Hélène Dumas lui évite le piège de la téléologie. Si la guerre a rendu possible le génocide à partir de 1990, elle ne l’a pas pour autant rendu inévitable. L’approche anthropologique révèle « l’autonomie meurtrière des voisins » (p. 301) dont ne rend compte ni les clichés de l’obéissance passive, ni ceux de la fureur désordonnée. Elle éclaire au contraire l’irréductible responsabilité des tueurs, « petits » et « grands », dans les actes commis à l’égard de leurs voisins, de leurs neveux, de leurs coreligionnaires.
Profile Image for Sigo.
65 reviews
May 23, 2026
L'historienne Hélène Dumas retrace les évènements d'avril à juillet 1994, à travers la paroles de rescapés et d'assassins. Son territoire d'études est la commune de Shyorongi près de Kigali. Elle a suivi les procès gacaca qui se sont tenus au Rwanda dans les années 2000 et a également réalisé des entretiens complémentaires.
Son livre reprend un grand nombre d'extraits de témoignages.
Elle décrit ce génocide de la proximité : les victimes et les assassins se connaissaient très bien. Les assassinats ont eu lieu dans un contexte de voisinage et même intrafamilial.
Les ibiteros (tueurs) ont utilisé non seulement les fusils fournis par l'armée, mais aussi des machettes et des outils agricoles. Ils sont allés massacrer y compris dans les écoles, les bâtiments administratifs et les églises dans lesquelles s'étaient réfugiées les tutsis. Ils ont jeté les victimes souvent vivantes dans des fosses septiques, les ont noyées dans les rivière et jetées du haut des falaises. Ceci rend très compliqué pour les survivants la reconnaissance des corps et leur inhumation. Elle raconte comment les traumatismes psychologiques et physiques des survivants.
Les hutus qui se sont opposés au génocide étaient rares. S'ils ne se montraient pas aux barrières (lieux de tuerie), ils pouvaient être accusés de trahison.
Après le génocide, certains rescapés sont restés vivre sur la même colline, côtoyant leur voisins génocidaires et les fantômes des disparus.
Profile Image for Iris.
45 reviews4 followers
February 24, 2023
Indispensable pour quiconque travaille sur le Rwanda/les Grands Lacs/les violences de masse
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