« Les forêts tropicales offrent rarement des points de vue dégagés – impossible de les dominer du regard ! – et, une fois qu’on y pénètre, le champ de vision se réduit brutalement, tant l’espace est strié par la profusion de végétaux et de formes indécises. Les peuples furtifs qui y vivent ont recours à l’ouïe davantage qu’à la vue, ils évoluent dans un monde de correspondances où le roucoulement d’un batara révèle le passage d’un tapir, où la mélodie d’un merle cacao signale la présence de fruits mombins. C’est dans cette logique musicale que puise ce texte qui, à l’image d’une liane, par ses tours et détours, entrelace des éléments hétérogènes. Il ne s’agit pas d’écrire sur les lianes mais avec elles […] Plutôt que des certitudes, un tremblement… »
« Si j’ai choisi la liane comme motif principal de cet essai, […] c’est pour rendre hommage au lyannaj (du créole lyan, "liane") des archipels de Martinique et de Guadeloupe : des pratiques de solidarité et de résistance qui s’inscrivent dans l’expérience historique du marronnage – les arts de la fugue des esclavagisés. Dans les Amériques et les îles de l’océan Indien, le rapport de soin à la terre est intimement lié chez les Afrodescendants à l’héritage des "nègres marrons", à l’usage libérateur de la forêt comme refuge, comme espace de camouflage et de reconstruction de soi. »