Cédant à la tradition pernicieuse du « beau livre » — camouflage mondain d’une pensée indigente sous l’ornement typographique — l’ouvrage que consacre Nathalie Bittinger à John Carpenter s’épuise, en moins de deux cents pages, à travestir l’indigence de sa réflexion sous les atours d’une élégance graphique provocatrice. Cette façade luxueuse, trop consciente d’elle-même, cherche à masquer l’étroitesse d’un propos qui, faute d’une véritable architecture conceptuelle, s’abandonne à la plus paresseuse des méthodes : la relecture chronologique, film après film, description après description, comme si la simple énumération tenait lieu d’analyse.
L’effet est d’autant plus soporifique que la matière, déployée sur ce mode linéaire, confine à la paraphrase. La recension prend des airs de commentaire professoral compassé : on n’y apprend rien, ou si peu, tant l’évidence des gestes carpenteriens — évidences que tout spectateur un tant soit peu attentif perçoit déjà — s’y trouve platement reformulée. Le livre s’enfonce alors dans une léthargie théorique, incapable de faire advenir la moindre pensée du cinéma, au sens où celle-ci suppose de traverser les films, non de les illustrer.
Quant à la critique, elle demeure la grande absente de cet ouvrage figé dans une ferveur révérencieuse : l’admiration, ici, paralyse la pensée au lieu de l’aiguiser. Ankylosée par sa passion, la plume de Bittinger semble redouter tout geste interprétatif un tant soit peu risqué ; or, c’est précisément dans cette prise de risque que s’invente le discours critique. Ce livre, au lieu de penser Carpenter, se contente donc de l’encenser.
Très belle rétrospective sur ce cinéaste qui me passionne , l’analyse de ses films nous permet de mieux comprendre sa pensée, son évolution au gré de ses succès mais aussi de ses échecs