L'« affaire Claude Morin » est l'histoire politico-policière la plus fascinante du Québec et du Canada. Elle fait couler beaucoup d'encre depuis 1992, année où le journaliste Normand Lester dévoile que l'homme politique, dans la décennie 1970, a secrètement renseigné des agents de la GRC. Morin, stratège référendaire et constitutionnel du Parti québécois de René Lévesque, avait, moyennant rémunération, agi comme informateur auprès des services secrets fédéraux.
Grâce à des documents inédits, notamment les carnets personnels de Morin, Antoine Robitaille revisite cette affaire digne d'un roman d'espionnage. Approfondissant le travail d'enquête effectué pour la série documentaire Claude Morin : un jeu dangereux, l'auteur interroge le « Sphinx » lui-même, ainsi que de nombreuses sources, pour établir les faits et, surtout, pour répondre à une question que tous se posent encore : Morin a-t-il trahi Lévesque ? le PQ ? le Québec ?
On ne peut que se demander ce qui a réellement peser sur les décisions de Claude Morin de devenir informateur de la GRC. Ce livre vient ouvrir une case supplémentaire et propose une conclusion assez juste aux yeux des preuves apportées. Ce genre d’histoire ne peut être équivoque et l’on peut simplement se désoler que c’est bien la personnalité de Claude Morin qui l’a poussé sans chercher à trahir ses idéaux à collaborer avec la GRC. En pensant être capable de gérer les services secrets canadiens (depuis SCRS) et en ne cherchant pas à se rendre compte de sa faute, le livre évoque surtout l’image à travers ses cahiers secrets d’un être se voulant omnipotent qui a malheureusement et malgré son génie sera retenue dans l’histoire de l’indépendance pour sa collaboration avec la GRC.