« Un jour, la rumeur s’est répandue qu’on entendait le chant d’une femme sur l’îlot-cimetière. L’endroit suscitait régulièrement ce genre d’histoires… »
Dans ces six nouvelles, la légende est comme un recours face à l’étrangeté parfois monstrueuse du monde. Ainsi les sanctuaires des forêts sacrées vibrent des danses et des invocations des prêtresses kaminchu, simples paysannes frappées du don de double vue. L’enfant rêveur voit sans effroi ce que les autres ignorent, car les âmes des disparus n’apparaissent qu’aux cœurs simples. Et les esprits qui circulent autour de nous deviennent très loquaces dès qu’un vivant les distingue.
L’univers de Medoruma Shun tient son pouvoir d’envoûtement de la synthèse lumineuse entre son enfance dans le très singulier Japon d’Okinawa et un fonds de traditions et de croyances toujours vivaces.
Les nouvelles rassemblées ici parlent de pertes irrévocables, d’enfance détruite, de rencontres privilégiées, d’amitiés improbables. Elles parlent d’un petit territoire qu’une génération va redécouvrir libre de la présence de l’occupant états unien, de la difficulté de retrouver la liberté, mais elles disent aussi ce lien entre les mondes, ce désir de communiquer avec les ancêtres, les dieux, la nature et d’y trouver un apaisement aux horreurs du monde humain. Le titre du recueil vient de la première nouvelle. La tragédie commence comme un farce et garde cette qualité malgré la dimension dramatique. Mélancolie, enfance, amitié, amour, douleur et trahison peuplent ce petit village le long d’une rivière détruite par les polluants, le surnaturel devient alors ce refuge d’une douceur nécessaire.
(Note susceptible de changer, trois 5 étoiles de suite ça me paraît beaucoup mais peut-être ai-je simplement de la chance)
Magnifique recueil de nouvelles, toutes de haute volée (avec ma préférence pour Avec les ombres), qui tiennent de l'enfance de l'auteur et des croyances d'Okinawa. Il faut peut-être préciser que toutes les nouvelles traitent la mort de manière frontale mais jamais de la même manière, laissant planer une melancolie constante à travers l'ouvrage.
De très grands textes qui se lisent pourtant avec une facilité et une douceur deconcertante.