La première partie de Fool’s Errand ne constitue pas seulement une introduction à une nouvelle trilogie : c’est un retour chargé d’émotion dans l’univers de FitzChevalerie Loinvoyant. Certes, la trilogie des Liveship Traders fut une réussite indéniable, mais soyons honnêtes : Fitz nous avait manqué. Le loup nous avait manqué. Et surtout, le Fou nous avait terriblement manqué.
Robin Hobb, fidèle à son style, choisit de ne pas précipiter les choses. Elle commence ce nouveau chapitre de la vie de Fitz avec une lenteur méditative, presque mélancolique. Désormais retiré du monde, vivant sous une fausse identité avec pour unique compagnie celle de son fidèle loup, Fitz semble avoir trouvé un refuge provisoire loin d’un monde qui ne l’a pas seulement blessé, mais qui l’a brisé, brûlé et noyé dans les malédictions.
Cette première moitié du roman se distingue par son rythme contemplatif. Hobb y déploie toute sa finesse psychologique pour explorer la vie intérieure de son protagoniste : sa culpabilité, ses pertes, ses espoirs et son besoin de solitude. Le lecteur en quête d’action pure risque d’être déçu dans un premier temps. Mais celui qui apprécie les personnages profonds, les nuances subtiles de la psychologie humaine et l’introspection littéraire y trouvera un véritable joyau.
Le retour du Fou — énigmatique, poétique et toujours prophétique — annonce inévitablement la fin de cette paix fragile. Voilà, mon ami : les temps durs s’annoncent. Prépare-toi. Le lien entre Fitz et le Fou, qui constituait déjà le cœur battant de la trilogie originelle, retrouve ici une place centrale, enrichi de nouvelles dimensions et d’une profondeur émotionnelle inédite.
Dans la seconde moitié du roman, Hobb change de registre. L’intrigue prend une tournure plus dynamique, plus tendue, tout en préservant son noyau émotionnel. La mission visant à retrouver le prince disparu, Dutiful, met en branle des événements qui dépassent largement les préoccupations personnelles de Fitz pour toucher au destin même des Six-Duchés.
Le drame monte en puissance de manière progressive, nourri par les intrigues politiques, les conflits cachés et les êtres mystérieux surgis des zones d’ombre du monde de Hobb. L’autrice réussit à élever les enjeux et à captiver le lecteur sans jamais sacrifier la qualité littéraire de son écriture.
Fitz apparaît ici plus mûr (naturellement — il n’est plus un enfant), mais aussi plus tragique. Bien qu’il ait survécu à ses pertes passées, la nature de sa nouvelle mission l’oblige à renoncer une fois de plus à sa paix intérieure au nom du bien commun. Et, une fois encore, c’est son lien avec le Fou qui constitue l’ossature émotionnelle du récit — une connexion pleine d’allusions, de silences éloquents et d’une révérence presque mystique.
La fin, loin d’être définitive, laisse transparaître un sentiment de transition. La renaissance de Fitz en tant qu’instrument de l’Histoire ne fait que commencer.