Ce livre est né à la demande de Flammarion pour la collection "Retour chez soi" qui consiste à proposer à un écrivain de retourner quelques jours dans un lieu de vie de l'enfance ou de l'adolescence - "un lieu qui palpite encore dans la mémoire" - puis d'écrire à ce sujet.
A 50 ans, âge charnière pour elle, Mazarine M. Pingeot choisir de retourner 11 Quai Branly, où elle logea de ses 9 ans à ses 16 ans dans un appartement de fonction. Sans âme, imposé, vieillot, non investi, elle fut contrainte d'y passer des années avec sa mère pour des raisons de sécurité du Président de la République François Mitterrand, pour être elle-aussi protégée d'un éventuel enlèvement ; et aussi pour protéger "le Secret" de Mitterrand, c'est à dire cette seconde femme qu'était la mère de l'auteure, et Mazarine elle-même.
Ce livre interroge surtout sur la mémoire du passé, sur l'enfermement, sur la difficulté de se construire lorsqu'on vit isolée, surprotégée et en secret, étant soi-même "le secret", tout en étant, le récit le montre à chaque ligne, très aimée de ses parents, avec une vraie place dans sa famille élargie, Il y a une réflexion sur l'influence des lieux de vie, l'investissement autour de l'enfant et de l'Enfant, à qui, encore aujourd'hui, on reproche la légitimité et le nom, ou l'absence de nom (l'auteure signant désormais Mazarine M. Pingeot), quant on ne l'appelle pas comme on l'appelait enfant "Mazarine"
C'est écrit avec réflexion, intelligence, de manière psychologique et philosophique, sans voyeurisme, Mazarine n'entrant jamais dans la facilité de l'anecdote familiale. Une auteure que je découvre avec intérêt.