« Au début, ça se passe bien. Normal. Tony est parti du début. La famiglia, le primaire, le secondaire... Mais plus on boit, plus il décolle dans le name-dropping tous azimuts. Tout va très vite. La moitié des noms me sont étrangers. Quand il constate ma stupeur, il saisit un stylo, puis me dessine l’organigramme de sa vie sur notre nappe en papier tachée de sauce rouge. S’amorce un long explicatif graphique sur sa vie, vaste réseau personnel et professionnel tissé sur un demi-siècle entre Montréal, New York, Paris et Los Angeles, avec lui-même au milieu, bien sûr.
Tranquillement, l’image prend forme. Le Del Rio Combo, Ray Nelson, Pierre Nolès qui le présente aux Baronets, Donald Lautrec et Yvan Dufresne, Dominique Michel la cougar enfiévrée, Vigoda, Weintraub, Shadow Morton à New York, Nanette, Guy Cloutier qui nous ramène à Angélil, les Sinners, Charlebois, Ahmet Ertegun d’Atlantic, Eddie Barclay de Barclay. La France, les States. Un verre de grappa, puis deux. La nappe de la table se remplit de flèches et de noms, certains soulignés plusieurs fois. Tate et Finaldi, le deal raté de Capitol, le Japon, George Thurston, la grappa revole, le punk arrive, et puis Los Angeles, Pierre David et René Malo, le cinéma, le bon chum Chris Squire de Yes, Guy A. Lepage. Sacrament... »
Excellente biographie de ce chanteur/producteur improbable! Quelle vie ! Plus grand que nature, rien ne semblait l’arrêter! C’est bien documenté et écrit simplement sans en mettre plein la vue ! Tout un parcours !
Jean-Christophe Laurence livre ici une biographie très complète de la vie déjantée de Tony Roman, musicien et producteur ayant connu une longue carrière marquée par de très beaux succès, mais aussi par de retentissants échecs. L’auteur nous emmène donc à la rencontre de celui qui fut d’abord chanteur et musicien, avant de devenir producteur de plusieurs artistes qui connurent de belles carrières (Nanette Workman, Les Baronets, La révolution française, etc.) Roman créera également quelques étiquettes de disques prestigieuses (Canusa, Révolution) ainsi que d’autres moins connues, en plus de faire son chemin dans le monde du cinéma.
Jean-Christophe Laurence retrace donc de grands pans de la vie iconoclaste de Tony Roman, en se basant sur les propos et les souvenirs du principal intéressé, mais en effectuant surtout un immense travail de recherche afin de confirmer ce qui lui était raconté. Il n’est donc pas rare dans ce livre de voir certains personnages offrir une vision différente d’un même événement ou d’une même situation. Et comme Tony Roman a connu énormément de gens, l’apport de ces témoins et acteurs des différentes périodes de sa vie est majeur.
Au final, on en ressort avec très beau panorama d’un artiste exubérant, exigeant et intense, qui a apporté une contribution immense au renouveau musical québécois des années 1960 par son goût du risque et son instinct. Les côtés plus sombres de l’artiste sont aussi présentés tout au long du livre: nombreuses conquêtes, ententes ratées avec des compagnies de disque de grande envergure, relation ambiguë avec l’argent et relations personnelles ambiguës également. Une centaine d’entrevues et de voyages à travers l’Amérique du Nord seront nécessaire à l’auteur pour composer cet excellent portrait de l’artiste.
L’auteur a fouillé dans les moindres détails cet ouvrage qui jette un regard sur un pan important de la culture québécoise. J’aime le cran de Tony Roman mais j’ai parfois été déçue par sa propension à l’auto sabotage. Combien de deals prometteurs qui ont crashé à la dernière minute? Mais au delà de mes déceptions, j’ai aimé plonger dans cet univers coloré grâce à la plume vivante du journaliste