Parmi les géants de son temps, Guillaume Budé tient une place à part. Il est assurément le plus singulier des lettrés français de la première Renaissance. Contemporain d’Érasme et de Thomas More, il posa comme nul autre avant lui – mais aussi après lui, peut-être – la question des humanités en France, ainsi que les bases d’une réflexion nationale en la matière. Parallèlement à son rôle dans la politique culturelle du royaume, ses ouvrages montraient la voie encyclopédique d’études qui n’entendaient laisser de côté aucun domaine de la connaissance antiquaire : philologie du Digeste, patristique, lexicologie du grec ancien, érudition numismatique, histoire économique. Autant de domaines qui, de nos jours, n’apparaissent plus guère dans un cursus de lettres classiques, voire d’histoire ancienne. Or les recherches savantes auxquelles Budé s’adonna tout au long de sa vie ne sauraient être comprises, dans leur portée et dans leur signification, qu’en étant replacées dans le contexte qui fut le leur. Sans cet effort historique – lequel était déjà au fondement de la démarche même de Budé face à l’Antiquité –, nous risquons de nous heurter à un monde incompréhensible. Ainsi sonnait déjà la leçon des écrivains de la « Renaissance » : c’est en tentant de comprendre de l’intérieur les civilisations révolues, dans toute la diversité de leurs préoccupations – et quitte à mesurer ce qui nous en sépare –, que nous en pourrons tirer les enseignements les plus utiles à notre temps.
Romain Menini et Luigi-Alberto Sanchi nous emmènent à la rencontre d'un personnage dont le nom ne peut être ignoré des amoureux de Lettres et d'Antiquité, mais dont la vie et l'œuvre sont moins connues.
Guillaume Budé (1467-1540), de formation première juridique, se consacre très vite, par goût, à l'étude des Humanités. Erudit de son siècle, il épouse l'Amour de la Renaissance et de la République des Lettres pour les langues grecques et latines. S'appuyant sur une bibliothèque importante, constituée de manuscrits et enrichie au fil des publications éditoriales, il s'intéresse très vite à la constitution d'un corpus lexicographique grec.
Infatigable auteur et chercheur, philologue, il publie de nombreux ouvrages, en latin, grec et français. Il pratique l'annotation régulière de ses lectures mais aussi de ses propres écrits, souvent enrichis et republiés.
Partant d'une thématique parfois annexe et austère, telle la valeur des monnaies, il applique une méthode de recherche réellement encyclopédique, digresse très souvent, en profite pour analyser des faits sociétaux et culturels, et, in fine, pour donner des conseils politiques applicables à son époque.
Sa relation avec François Ier, dont il porte le titre de "Maître de la librairie", lui donne un poids certain dans la diffusion de la culture humaniste en France. Ses idées infusent et sont à l'origine de la création du Collège Royal, qui deviendra Collège de France.
Par cet essai érudit, richement annoté, les auteurs tentent, avec succès, de nous faire partager leur passion pour ce grand Lettré.
Je referme cet essai admirative de l'œuvre et de l'érudition de Guillaume Budé. Et je ne résiste pas à saluer la tentative des auteurs, disponible en annexe, de reconstituer la liste des ouvrages contenus dans sa bibliothèque, rêvant des merveilles à découvrir !
Erudit et passionnant, cet essai nous rend un de nos grands humanistes et nous permet de rappeler l’importance des études classiques pour ouvrir de nouveaux horizons d’enseignement.