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Verbicide

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Christian Salmon examine ici les formes nouvelles que prend la censure dans le monde bouleversé de l'après-11 septembre 2001. II montre comment, dans une société désormais globalisée, l'économie des discours est moins régulée par l'interdit ou l'exclusion que par l'inflation, par la diffusion mondiale des mêmes schèmes. Dans cette nouvelle phase du capitalisme culturel, le contrôle des contenus par appropriation des contenants, la commercialisation du "temps de cerveau disponible" se conjuguent à un phénomène nouveau : la récupération de la pulsion narrative. Aux Etats-Unis, tout particulièrement, le storytelling est devenu, en communication politique, en diplomatie, en marketing, une nouvelle manière de dynamiser et de formater les "messages", de leur conférer une force de résonance (esthétique, psychoaffective) identique à celle des "histoires" dont notre imaginaire se nourrit, et propre à déterminer et à rentabiliser leur réception. Paru en 2002 aux éditions Climats, cet essai très stimulant a été réactualisé par l'auteur, qui l'a enrichi de ses travaux récents, et recentré sur ses aspects les plus directement liés aux enjeux démocratiques et citoyens.

118 pages, Mass Market Paperback

First published January 1, 2005

5 people want to read

About the author

Christian Salmon

28 books7 followers
Christian Salmon est un écrivain et chercheur français contemporain.

Après avoir été l'assistant de Milan Kundera, il fonde en 1993 le Parlement international des écrivains et le Réseau des villes refuges pour accueillir les écrivains persécutés dans leur pays. En 2007, son livre Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits révèle l'importance des nouveaux usages du récit dans la communication politique, le management et le marketing qu'il décrit comme un « nouvel ordre narratif ». En 2017, il publie un roman, Le Projet Blumkine, fruit de trente années de recherches.

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Displaying 1 - 2 of 2 reviews
Profile Image for tourbe.
146 reviews3 followers
October 24, 2024
J'imagine (?) qu'il doit bien valoir des pavés sur le sujet que je n'ai pas eu le plaisir de lire.
Profile Image for Nicolas.
87 reviews28 followers
November 4, 2015
Beaucoup ont pu découvrir Christian Salmon à travers son ouvrage Storytelling : la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, paru en 2007. Pourtant, ce fin observateur de l’actualité politico-médiatique (comme en témoigne encore son récent article dans le Monde sur l’implosion – avant tout communicationnelle – de l’UMP) n’en était pas à son premier essai.

Dans Verbicide, l’auteur revenait alors – sans complaisance – sur la décennie 1995-2005, commentant l’évolution des mœurs médiatiques, pour aboutir in extenso à une exégèse du réel. Car c’est cette narration du (temps) réel à travers différentes transmutations médiatiques qui préoccupe Salmon : ainsi « La réalité est devenue scène, ou plutôt show. La démocratie d’opinion s’efface devant l’usage des temps de cerveaux humains disponibles » (p. 16), selon l’expression aujourd’hui consacrée de Patrick Le Lay, ex-P.-D.G. de TF1, sous-titre à cet ouvrage. Aussi, le pamphlet de Salmon s’inscrit dans le contexte d’une dédifférenciation (au sens de Niklas Luhmann) des différentes sphères de l’existence, la vie se vit à travers le prisme du consumérisme : « Tout ce qui était non marchand et relevait de la vie privée est devenu marchandise » (p. 61).

Terrorisme, téléréalité, culture, communication politique – dans chacune de ces réalités sociétales, c’est l’anecdote qui dicte le tempo – « Rien n’existe s’il ne prend la forme d’une story » (p. 34). À noter que l’usage sociologique du mot story se présente ici comme forme élémentaire ou dégradée de narration. Aussi, cette « storysation des discours, loin de se limiter aux catégories les plus basses de communication, marketing, publicité et management, se déploie dans toutes les branches du discours (…) » (p. 35).

En politique, l’impact est indéniable : « [Le pouvoir] ne sait plus rien de l’Histoire (History) ni du récit (narrative), sous son regard tout se transforme en anecdote (story) » (p. 28). Salmon ajoute qu’avec la story, nous passons « de l’histoire au temps réel, et de l’individu à l’homme dépeuplé » (p. 39).

L’analyse de la télé-réalité – « internat cathodique », règne de l’anecdotique superfétatoire, s’avère ici implacable. Télé-réalité dont les héros subissent une « déréalisation, une dépressurisation de l’expérience » (p. 45), une expérience de formidable régression. Le sens – emblématique – de cette opération s’avère particulièrement lourd : « se néantiser, effacer en soi l’humain. Cette auto-amputation est sans doute le sacrifice ultime qu’exige notre société. Sacrifier votre expérience et vous aurez un surcroît d’apparence. L’image contre la vie » (p. 46). La vie étant ici la « survie médiatique ». Aussi, la notoriété de « ces stars jetables » a pour exacte contrepartie leur insignifiance : « des ascètes du banal » (p. 51).

Constat (post-benjaminien) implacable aussi, en ce qui concerne la culture. Haine du style. « L’art et la pensée progressivement refoulés par la communication, le divertissement, le spectacle, le tourisme, le prestige et l’audimat. Le ministère du même nom a perdu tout son sens, il n’est plus que l’arbitre et l’argus d’un marché, une sorte de conseiller financier et artistique des choix, choix qui se feront par les lois de l’offre et de la demande, elles-mêmes inféodées à la communication » (p. 81). Le crédo contemporain est le divertissement – et sa « rage festivalière ».

Salve sans pitié, enfin, envers les « télé-intellectuels » et autres « télé-engagés » piégés dans la mise en récit médiatique – à l’intérieur du monde « enchanté » médiatico-marchand : « la résistance intellectuelle acquiert le caractère d’une farce : elle est efficace uniquement si on invite l’intellectuel à l’émission à laquelle il est censé résister » (p. 62)- reprenant ici les mots de Viktor Pelevine. Véritable engrenage systémique : contester – de manière audible (c.-à-d. médiagénique) – c’est collaborer ; no way out. La « narrarchie », nouveau Léviathan – et sa réalité storyfiée – comme horizon matriciel indépassable.

http://bit.ly/1LQtuIg
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