Avec un œil sur la mer pour apercevoir le signe d’une baleine, quelqu’une parle. En parlant, elle fouille, elle va retracer l’origine du trou en elle. « Quel monstre ce trou. »
L’exploration s’articule en phrases démantelées, rafistolées, comme ça vient. Vaillante, ricaneuse, la narratrice cherche son âge. Elle retourne en enfance, où elle attrape quelques souvenirs puants. Quand la honte déborde, une voix surgit, venue d’en haut, assénant une pluie d’insultes sur sa tête. « Petite et sale et rien, maudite croûte, maudite effritée de l’ancêtre qui remonte, maudite grafignée du plat, maudite perte, maudite ostie. »
La bouche pour montrer une série de lames est le dialogue intérieur d’une Jonas qui pisse dans le ventre de la baleine, une enfant jamais adéquate, une ouvrière du sens de sa vie, une plaideuse agile qui aiguise notre oreille pour qu’on entende son chant « toujours sur une fréquence étrangère ».
"On me commande une immensité. Je réponds : je ne sais pas encore, je réponds : grosse comment l'immensité, j'ouvre les bras large pour donner une idée de taille. Je connais les crises, j'ai connu trois fois la folie, le verre aux pieds planté. Je me retiens si fort, tellement immense je me retiens, je connais la monumentale retenue, trois fois vous dirais-je maman je connais votre plaisir. C'est un mot pesant, c'est un mot pesant"
"Une fonction se colle à toute chose qui sert. Par exemple, l'oiseau fiente durant son vol, le bambin demeure introuvable lors des fêtes d'anniversaire et c'est ainsi, c'est normal, une colère qu'on enferme"
Avec un rythme fascinant, une plume directe et précise malgré une apparence spontanée et quasiment automatique, ce livre trace un regard sans complaisance sur la construction du soi à partir de fragments issus des profondeurs de la jeunesse. Ce n'est pas pour rien que cet ouvrage a reçu nominations et pris littéraires. À lire.
« Par habitude, par simplicité, on dit que le reflet scinde. En une moitié réelle et une moitié fausse, en une bonne et une méchante, une mère, un père. »