« Il faut être deux pour jouer à cache-cache. » Voilà ce qu’entend le narrateur en recouvrant ses esprits après qu’il a cru perdre son fils de quatre ans dans la serre tropicale de Chicago où ils se promenaient. Cette voix qui lui parle, c’est celle de Gabriel, le jeune homme qui a retrouvé son petit garçon. Mais c’est aussi exactement la voix de son père, disparu sans laisser de trace il y a bientôt vingt ans. Hasard ? Hallucination ? Pour le découvrir, le narrateur cherche à se lier d’amitié avec Gabriel jusqu’à l’obsession et enregistre sa voix à son insu. Pour la première fois depuis deux décennies, sur fond de fêtes de Noël, entre sa mère fantasque et sa femme psy, des souvenirs précis de son père, sujet tabou dans la famille, lui reviennent. Mais l’énigme de sa disparition se remet alors à brûler au centre de sa vie, menaçant de tout embraser. Avec Safari, Sabri Louatah signe un roman « américain », à la fois haletant et existentiel, sur la paternité et la présence envahissante dans nos vies de ceux qui nous ont quittés.
Sabri Louatah est un écrivain français né à Saint-Étienne de parents kabyles le 25 septembre 1983. Anglophone, nourri à la fois de séries télévisées et de littérature, en particulier américaine, il se fait connaître par la parution d'un roman de politique-fiction, Les Sauvages, qui sera composé de 4 tomes et met en scène une famille kabyle, les Nerrouche, lors d'élections présidentielles opposant Nicolas Sarkozy et Idder Chaouch, un candidat socialiste d'origine kabyle.
Se promenant dans la serre tropicale de Chicago, le narrateur perd de vue son enfant, Eliott duquel il est très proche voir fusionnel et en perd connaissance. Il est sorti de sa torpeur par la voix d'un homme, Gabriel, qui a retrouvé son fils, voix en tout point semblable à celui de son père disparu il y a plus de 20 ans, parti sans laisser de traces. C'est alors que le narrateur est pris d'une obsession pour Gabriel, obsession qu'il cache à sa famille faisant basculer le roman dans une forme de thriller.
Ce roman traite poétiquement de la disparition des êtres chers et les conséquences qu'elle entraine, de l'absence, et du silence, de l'imagination comme rempart au réel.
Comment devient-on père quand son propre père a disparu ? Comment le cerveau oublie les souvenirs passés avec un être cher, et comment une voix permet de les débloquer ? Comment le silence d'une famille, notamment de la mère ayant fait du père un sujet tabou, impact le deuil ?
"Dans mon esprit, mon père n'était pas un ancêtre, et s'il était défunt c'était nous, moi et ma famille, par notre respect scrupuleux de la loi du silence à son sujet, qui l'avions assassiné", "pour elle, aucun motif de chagrin ne justifiait qu'on s'en décrète inconsolable", "en découvrant les concours hideux de l'effigie de mon père, qu'elle avait fabriquée et brûlée pour que nous ne nous consumions pas à sa place. Comment le lui reprocher ? Comment reprocher quoi que ce soit à ma mère, si volubile qu'elle paraissait intarissable ?".
Ce roman traite également de l'amour d'un père pour son fils, du mystère qui entoure cet amour et qui effraie le narrateur. Il surprotège son enfant et lui transmets ses peurs (par exemple, la phobie des chiens).
Enfin, Sabri Louatah utilise des scènes relevant plutôt de l'onirisme que du réel, et la myopie du narrateur pour entretenir une ambiguïté entre le réel et l'imaginaire.
C'était très beau, la lecture facile et la fin - sans spoil - est déchirante. Je recommande ce livre.
écriture nécessitant concentration, histoire de perte d'un père, de focalisation sur son propre fils, de nature humaine, d'appels au secours , de confusion , de reproduire des schémas , de traumatisme.