« Tout interroger, tout bousculer, tout refonder, et produire, à partir de là, quelque chose comme une désorientation générale de nos sens, une transformation des affects que nous sommes souvent conduits à éprouver lorsque nous sommes victimes ou témoins d’une agression, d’une scène de violence ou d’une injustice : tel serait le projet que j’aimerais accomplir ici. Comme une entreprise de destruction de nos repères culturels et de construction d’une nouvelle morale, qui se situerait au-delà du principe de répression – qui serait débarrassée, enfin, de l’emprise que les notions de crime, de responsabilité, de plainte et de punition exercent sur notre appréhension des actions humaines et de leur régulation. En un sens, je conçois ce livre comme une sorte d’expérimentation radicale, qui testerait la capacité de la réflexion d’être plus forte que les impulsions premières et les impensés sociaux. Sommes-nous capables d’être affectés par un raisonnement au point de remanier complètement nos manières de percevoir et donc aussi de nous comporter individuellement et politiquement ? Et si non, à quoi sert la philosophie ? »
Lire un ouvrage de Geoffroy de Lagasnerie est souvent une expérience forte, puissante. En effet, cet auteur a la capacité à pousser son lecteur à remettre en cause ses impensés, à faire un pas de côté pour réfléchir autrement.
C'est encore une fois le cas avec ce livre tiré de conférences que Geoffroy de Lagasnerie a données en 2023 et 2024 sur le thème de la répression, de la justice pénale, et d'une approche alternative : l'abolitionnisme pénal.
En dix chapitres, l'auteur aborde un large éventail de sujets autour de la justice telle qu'elle fonctionne aujourd'hui et telle qu'elle pourrait fonctionner si l'on la transformait sur une base abolitionniste. Il me semble qu'il n'élude pas les questions et les difficultés qui se posent, il propose quelques pistes de solutions, tout en rappelant que la justice pénale elle-même ne règle pas tous les problèmes aujourd'hui, bien au contraire. Personnellement, j'ai plutôt été convaincu.
un livre brillant et "bouleversant d'intelligence" (pour reprendre les mots de Laure Heinich) sur comment repenser la justice et le système pénal aujourd'hui. GDL propose toute une réflexion pour démanteler nos automatismes répressifs et décoreller le punitivisme des blessures infligées. Si on ne souhaite plus de prisons, que faire en cas de viols/meurtres? il propose ainsi d'imaginer des lieux qui privent de liberté sans pour autant couper les auteurs de crimes de tous liens et moyens de communication. Un livre absolument passionnant, accessible, très dense, étayé de nombreuses sources (Foucault, Fauconnet, Gwenola Ricordeau, Elsa Deck Marsault etc). Un des idées qui m'a le plus marquée est ce qu'il dit sur la responsabilité individuelle. GDL parle de la responsabilité comme de quelque chose qui circule entre les individus, il parle des situations qui permettent l'émergence du crime (la promiscuité, les disputes de couples etc), il parle d'anatomie d'une chute comme d'un film abolitioniste (réflexion passionnante au passage). Je n'ai cité là que quelques unes de ses brillantes analyses et idées, mais vraiment, tout le bouquin est à lire, absolument bluffant d'intelligence.
J'adore la démarche de GdL qui cherche à interroger tous nos impensés sur un sujet. Ici, il s'attaque à ce qu'il nomme le principe de répression, et qui recoupe toute l'organisation pénale ainsi que notre propension à chercher à condamner les auteurs d'infraction. Une pensée radicale qui veut totalement déconstruire ce champ, et c'est assez satisfaisant de ce point de vue car il envisage la plupart des questionnements que ça suppose, autant au niveau théorique que pratique.
Mais sur la forme, on retrouve aussi les mêmes reproches qu'on peut lui faire classiquement à chaque bouquin. D'abord, un manque de références bibliographiques (il y a des articles et des livres qui sont cités, mais ce ne sont que ceux qui viennent dans le sens de sa démonstration, il ne cite jamais les positions contraires pour tenter de montrer que son approche est préférable). Ensuite, un style difficilement supportable (qui se recoupe avec la première critique) qui fait que tout son propos se construit en réaction à certains discours : les discours des juristes, des philosophes, des politiciens, parfois même des féministes ou bien des abolitionnistes. Toutes les deux pages, GdL nous dit que "les juristes/philosophes/etc. pensent ainsi, or il faudrait penser autrement" - mais qui sont ces juristes/philosophes/etc. ? Il ne les cite quasiment jamais. Je ne veux pas dire que ces discours n'existent pas, mais il faudrait voir s'ils sont vraiment aussi prépondérants que le prétend GdL.
Sur le fond, il y a des passages que j'ai vraiment apprécié : tout l'exposé sur la théorie de la blessure, qui permet de voir différemment les chaînes de causalité, mais aussi les comparaisons entre l'évolution du traitement de certaines questions sociales (les accidents du travail, l'infraction pénale en cas de banqueroute) et le système pénal. Pour autant, je n'ai pas été convaincu par le reste du bouquin. Et ça rejoint sans doute les remarques sur la forme : il a cette tendance très agaçante de se présenter comme un penseur qui combat les injonctions du système social dans son ensemble... mais son discours est tout autant bourré d'injonctions : il nous dit ce que devrait ressentir la victime ou ses proches, ce qu'elle devrait faire face à une agression, quels sentiments éprouver, etc. Mais ce monde là n'existe pas, il n'y a pas d'universalisation possible des vécus et des réactions, et de tels a priori fragilisent clairement la construction d'une longue démonstration sur 400 pages.
J'en retiens malgré tout l'ambition louable d'interroger nos impensés de manière exhaustive, d'où les 3 étoiles.
Wow quelle brique ! J'aurais aimé noter 5 étoiles cet ouvrage brillant et indispensable, mais il y a trop de lacunes quant à l'articulation avec les luttes féministes à mon sens. Il y a aussi beaucoup de répétitions mais ce n'est pas si gênant, cela permet de mieux comprendre certaines idées floues à la première lecture en les reformulant.
En bref : ok 4 étoiles, mais si je devais garder seulement 10 livres de ma bibliothèque, Par-delà le principe de répression serait sans doute, aucun, de la partie. L'abolitionisme pénal doit circuler.
Un manifeste nécessaire et radical. Dans Par-delà le principe de répression, Geoffroy de Lagasnerie ne se contente pas de critiquer le système pénal : il propose un véritable renversement de notre imaginaire collectif. En dix leçons claires et percutantes, il démonte les mythes de la responsabilité individuelle, du mérite punitif, et de la justice réparatrice, pour poser les bases d’un horizon abolitionniste lucide, éthique et politiquement urgent.
Ce livre ne prône ni naïveté, ni angélisme : il appelle à une révolution symbolique capable de désarmer notre désir de punir. Dans une époque saturée de réflexes sécuritaires, c’est une bouffée d’air critique — et une invitation à repenser ce que nous appelons "justice".
Ce commentaire est mon opinion et n’engage que moi.
Livre insipide, fade, et absurde. L'auteur sonne comme un enfant naïf et complètement coupé de la réalité du monde pénal et de la prison. A-t-il échangé avec des avocats, magistrats, ou prisonniers ? Après lecture, on peut se permettre d’en douter fortement.
Ce livre aurait pu faire 200 pages mais l’auteur aime se répéter inlassablement. Est-ce là peut-être sa façon de persuader un lecteur ennuyé et somnolent ?
J’ai commencé ce livre début juillet avec enthousiasme. Les premiers chapitres n’étaient intéressants que parce que ce sont les résumés d’autres livres. A partir du moment où l’auteur exprime son opinion et donne ses solutions déconnectées de la réalité, la lecture est devenue pénible.
Certes, il faut un changement dans le monde pénal. Quiconque voit l’état des choses actuelles et s’intéresse un tant soit peu au monde pénal en pense autant. Par contre, si l’abolitionnisme pénal est comme l’auteur le décrit : une vision infantile et déconnectée du réel ; elle apparaît comme naïve, dénuée de fondements solides. Il s’agit d’une chimère que l’auteur tente de légitimer par la seule force de la répétition, dans l’espoir de nous convaincre de sa validité et de sa possible existence… alors je n’y adhère pas.