Si nous souhaitons vraiment nous libérer et gagner nos batailles politiques, alors nous devons mettre fin à la culture de domination que nous reproduisons dans nos collectifs. Tandis qu'on pourrait croire, en militant, échapper aux logiques de compétition, d'exploitation ou d'exclusion que l'on souhaite combattre, beaucoup d'entre nous expérimentent dans leurs luttes de l'épuisement et de la violence. Dans nos collectifs, nous perpétuons en effet, sans même en prendre toujours conscience, des comportements nocifs dont nous avons hérité sans les questionner - individualisme, concentration du pouvoir, accaparement des ressources, culture de l'urgence, course à la médiatisation, binarité...
Je ne sais plus à quelle occasion j'avais entendu Sarah Durieux parler de ce livre, c'était probablement dans une vidéo du média indépendant Blast, ou peut-être dans un des nombreux podcasts que j'aime écouter. J'avais été plutôt convaincu par son intervention et cela m'avait donné envie de lire ce livre.
Je n'ai pas été déçu, c'est un bon livre sur un sujet important : la façon dont la culture de domination sévit, y compris dans les collectifs militants de gauche ou progressistes, qu'importe comment on les nomme.
Sarah Durieux dresse la liste des maux qui font des ravages dans les collectifs : individualisme, concentration du pouvoir, accaparement des ressources, culture de l'urgence, course à l'ego et à la médiatisation, binarité et pureté militante. Elle propose également des pistes pour éviter ces travers, renforcer nos luttes et prendre soin de celles et ceux qui les mènent.
J'aurai bien aimé être vraiment convaincu par ce livre. Je pense qu'il aborde des sujets importants, et que l'expérience de l'autrice et sa position sont importantes à mettre en avant.
Malheureusement, le livre manque beaucoup trop de structure. En dépit de son découpage en chapitres, et de son style fluide et facile à lire, j'ai eu beaucoup de peine, dans de nombreux passages, à trouver où était le fil rouge. Il lui manque donc un fil rouge, mais aussi une hiérarchisation des informations : là, on passe d'une anecdote personnelle, à la citation d'un.e intellectuelle, à une analyse... Sans forcément comprendre l'enchaînement logique entre ces différents éléments. Je pense que cet essai aurait pu être une collection d'articles. C'est dommage car je pense que la thématique est importante, mais la forme m'a rendu la lecture laborieuse. ça donne envie de lire une interview ou d'écouter un podcast, où une tierce personne aura fait le travail de créer une structure logique.
Excellent livre, que je recommande à tout le monde, et d'autant plus si vous militez! Forte de nombreuses années de militantisme, Sarah Durieux propose à la fois un diagnostique et des solutions pratiques.
Je me demande si je ne vais pas proposer ce livre pour un atelier d'arpentage (= lecture collective d'un livre. Chaque participant-e reçoit un morceau du livre, lit de son côté, puis on restitue dans l'ordre ce qu'on a compris du livre et on en débat).
Son seul défaut est que parfois, l'autrice est un peu floue pour désigner des collectifs ou des noms ou des idées précises. Je pense que cela vient d'un souci de respect de la vie privée, ou d'une envie de limiter les conflits. Cela est bien sûr très louable, surtout avec la culture du "call out" pour tout et n'importe quoi dans certains milieux militants. Néanmoins, par moments j'aurais voulu qu'elle nous dise plus clairement de quoi ou qui elle parle. En dehors de ces quelques moments un peu cryptiques, c'est un livre clair et qui mérite d'être plus connu !