Cinq filles, n’ayant en commun qu’un père et la tante préférée de ce dernier, arrivent peu après leur naissance sur l’une des îles d’un archipel du Saint-Laurent, où la tante Adélaïde a élu et nourri son sanctuaire solitaire durant des décennies. Nouées par un amour profond et par la nature insatiable les entourant, sous la garde tantôt omnisciente tantôt lunatique de leur aïeule aux dons fabuleux, les soeurs entament des destins insulaires que leur père se figure aussi spectaculaires que bizarres. Dans l’univers venteux, vivace, amoureux de L’Isle-aux-Grues, là où le minuscule s’aborde comme une immensité, tout ce qui abreuve et ravit les enfants rend du même coup leur bonheur futur un peu moins accessible, un peu plus mirobolant. Les destins se révèlent des sentiers à entretenir et à perdre du pied sans cesse. Peut-on guérir de la beauté ? Comment être sûre de devenir sorcière, de bien vouloir devenir sorcière, en grandissant ? Les gens des déserts ne vivent et ne bougent-ils pas par marées aussi ? Où les bateaux ne viennent qu’à la pleine lune est l’histoire de la poésie affamée qui écorche et unit, d’une recherche parfois désespérée de la lucidité qui, nous aidant à affronter la réalité, nous y expose également d’une façon plus crue que jamais.
Si beau! L’attention portée à la langue et toute cette poésie (en action et en mots) qui berce le récit, wow. J’ai tellement aimé l’ambiance, l’insularité comme prétexte d’étrangeté et d’unicité… une fratrie comme hors du temps, alimentée par le fleuve, les arbres et les oiseaux.
Cinq sœurs, de cinq mères différentes, grandissent sur l’isle-aux-grues, confiées aux bons soins de leur tante Adélaïde. Leur père, Clément, est constamment en déplacement pour le travail, et ne vient les visiter que rarement. Sur l’isle, les filles grandissent et apprennent, au rythme des marées, de la migration des oiseaux et des pousses de menthe.
Ce roman, c’est une magnifique poésie de la nature et de l’amour familial. L’histoire d’une famille atypique qui, depuis leur petit cocon, doit quand même affronter la réalité.
Quel magnifique livre, où chaque phrase est ciselée comme de la fine dentelle. J’aurais eu envie de les surligner toutes, parce que tout rayonne de beau! Il y a également quelque chose qui vient profondément me chercher dans les histoires insulaires, un rapport à la nature et au temps qui me calme, m’émeut.
Genre de livre que j’ai regretté de pas m’être mis à surligner des p’tits bouttes de phrases dès le début parce que maudit que y’avait des belles affaires.
Absolument formidable. Une écriture belle et juste et surprenante. Super fun d’avoir les repères géographiques aussi, de l’Isle-aux-Coudres à Québec. Sororité, enfance, originalité : superbe découverte d’une autrice qui signe son premier roman. Honnêtement, toutes les phrases auraient pu être conservées dans un cahier de type : belles phrases tirées d’un recueil.
« Juste avant de dormir, elle avait poursuivi le Virginia Woolf tout écorné qu'elle s'était procuré pour quatre dollars, y avait lu dans la voix d'une sœur: « Élevez vos enfants sur une île déserte, où les bateaux ne viennent qu'à la pleine lune », avait senti l'étreinte de sa tante passer du thé à point au seau à glace en découvrant la réplique concomitante: « Ou n'en ayez pas. »
« Une partie d'Adélaïde aimerait s'aigrir de toute cette dévastation du soi, du soi sans les autres, de ce monarque incandescent qui fleurissait hors saison jusqu'à ce qu'une petite nièce ridule le vase et ramène le temps. Mais en vérité, observer des fleurs indépendantes de ses racines guider les saisons à leurs propres métronomes se révèle une valse encore plus douce ; un remède pour ce qui n'a pas encore été malade, un repos pour ce qui ne connaît pas de fatigue. Être seule, et l'être génialement, elle a eu le temps de se prouver qu'elle sait faire. » (p. 168-169)
4,5⭐️ C’est un livre qui reste avec nous, dans un coin de la pensée, tout au long de la période de lecture. Et pour le mieux !! L’univers poétique (quelle plume!!) déployée met en scène une famille réinventée, dans un cadre qui fait rêver. Une maison sur une île (magnifique description détaillée des recoins de la maison en début de livre). La sororité à son plus doux. Et l’amour d’une tante-mère !
Nul doute que je fais partie du public-cible de ce roman: un univers féminin, étrange et hors-norme, ancré dans la nature et la sauvagerie. J'avais donc une envie folle de m'y plonger. Pourtant, j'ai eu beaucoup de mal à passer à travers et j'ai failli l'abandonner à de nombreuses reprises, non pas parce que ce livre n'est pas bon, mais parce que je n'avais tout simplement pas, au cours des derniers mois, la concentration nécessaire pour l'apprécier à sa juste valeur - le projet, certainement original, ne cessait de déstabiliser la lectrice (pourtant aguerrie) que je suis. Ça a donc été comme une sorte de combat entre moi et cet univers que je voulais malgré tout pénétrer, m'approprier et apprécier.
Pour résumer simplement, il y a deux choses qui m'ont constamment freinée: 1- Plutôt qu'un récit à proprement parler, c'est une succession de scènes qui n'ont pas toujours de liens entre elles, et les enjeux qui pourraient servir de fil sont effleurés plutôt qu'approfondis. 2-L'écriture se tient en équilibre entre la prose et la poésie, si bien que la syntaxe est souvent tordue, que des images surgissent là où on ne les attendait pas du tout et que, parfois, je buttais sur un passage me demandant si c'était bien ce qui devait être écrit. Or, je sentais confusément que tout cela était voulu, que c'était le coeur même du projet que de se tenir en équilibre sur le sens et le non-sens, le roman et la poésie sans jamais n'être réellement ni d'un côté ni de l'autre (un livre quantique, en somme hihihi). Bref, j'ai bien aimé malgré tout, mais j'aurais aimé être capable de mieux en savourer la finesse - et j'ai l'impression que la faute est mienne.
« Mais la façon dont un adulte pense à nous, c’est douloureux. On sait qu’ils pensent du faux, mais parfois du vrai, et parfois du faux qu’on espérerait vrai, et parfois du vrai qu’on pensait être le vrai de tout le monde et se passer de commentaire. On sait qu’ils ne nous connaissent pas, mais surtout on comprend à quel point ils se donneront toujours le droit de faire comme si.»
Je crois que c’est ma lecture préférée de l’année. C’est tellement beau, tellement éclatant. L’écriture raconte une histoire en soi, nous replonge dans les contes de l’enfance, mais aussi dans la terre sous nos pieds et les vagues de l’avenir. Une histoire douce et poignante à la fois, des personnages imparfaits et attachants, la liste pourrait continuer longtemps encore. J’ai de la misère à me poser, on dirait que je suis encore ballotée par les mots qui ont peuplé le récit. À lire, préférablement proche d’une forêt, d’un ruisseau ou d’un fleuve.
C'est très bien écrit, mais souvent le style me faisait perdre le fil de l'action, j'ai eu l'impression que l'évocation, dans l'image prenait le dessus sur le récit. Ça reste bon, mais c'est peut-être juste pas ma tasse de thé.