Dans la chambre d'Alice se trouve une vaste bibliothèque parsemée de livres enchantés. Chaque fois que la jeune fille en choisit un, c'est la même histoire... Elle ne sait jamais ce qu'il va lui arriver!
Aujourd'hui, en parcourant les étagères, Alice tombe sur (ou plutôt dans) LE LIVRE ASPIRATEUR. Aussitôt ouvert, le bouquin l'avale à la page 7, où d'autres lecteurs sont coincés depuis des semaines. Mais qu'est-ce qui les empêche de se rendre plus loin?
Quelle chouette lecture! J’ai adoré l’idée et le rendu avec les illustrations, c’est super bien fait! Un autre bel bel ajout à ma sélection sur l’amour des livres 💛
« Euh… je ne suis pas certaine qu’elle me plait, cette histoire. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais changer de livre. Si c’était aussi facile, tu penses bien qu’on l’aurait fait depuis longtemps. Pour changer de livre, il faut d’abord sortir de celui-ci. Et pour en sortir, il faut se rendre à la dernière page. Mais ce foutu dragon bloque le passage. Roooaaarr! » (Boisvert, Jocelyn et Enzo. Le livre aspirateur, p.7)
Oh wow ! Gros coup de coeur pour cette BD/roman graphique pour jeune. Boisvert et Enzo forment un duo d'enfer. L'originalité du texte, des illustrations, la forme. J'ai tout adoré ! Un livre qui pourrait être fort intéressant pour une lecture en classe à plusieurs voix, ou encore pour créer des situations d'écriture. Les possibilités sont multiples !
"Le livre aspirateur" traite du ...livre aspirateur! Ce livre, qui peut aussi bien être classé en bande dessinée ou en album, est une mise en abîme amusante, nous invite à naviguer à l'intérieur du livre littéralement.
Alice décide de donner une chance à un livre poussiéreux sur la tablette des "livres enchantés" de la bibliothèque. En l'ouvrant, elle se retrouve aspirée à l'intérieur, à la page 7. Elle y retrouve quelques personnes, apparemment rassurés par son apparition. Les pauvres sont coincés à la page 7 depuis quelques temps déjà et l'un d'eux s'est convaincu à l'aide d'un rêve qu'Alice est leur "Élue". Les infortunés empaginés personnages ne peuvent aller plus loin dans le livre car la page 8 contient un dragon malcommode, qui ne compte pas les laisser passer. Alice devra ruser pour faire traverser les naufragés de la page jusqu'à la fin du livre.
J'ai déjà vu une mise en abime similaire avec les romans hybrides "Méchant Far West", dans lequel un Méchant tente de réécrire son histoire, parce qu'il perd toujours à une certaine page. On joue donc sur le livre lui-même, faisant traverser les héros d'une page à l'autre en donnant de sérieuses variations dans la pagination. Dans ce roman-ci, on ajoute quelques libertés supplémentaires aux personnages. On a même le droit à un retour dans le temps avec la vraie page couverture du livre ( éditeur, auteur et illustrateur incluts).
Puisque nous sommes à l'intérieur du livre, tout est penser en ce sens. Si on tourne une page, les personnages peuvent déplacer des éléments. Si ils découpent une page, ils se retrouve à la page suivante. S'ils tournent rapidement les pages, on accélère la pagination. Les personnages sont d'ailleurs longtemps coincés à la page 7, et si vous portez attention à la pagination, elle suit cette logique. Le livre fait en réalité 144 pages.
Attention, il y aura des divulgâchis à partir d'ici.
Alice est une héroïne astucieuse, qui tente toute sorte de choses, avec des personnages secondaires encourageants et un peu accessoires à ses côtés. Il lui faudra être habile pour contourner un dragon particulièrement têtu. Malheureusement, le dragon commet un impair quand il met le feu au livre. Choquée par tant de négligence, l'héroïne ne se gêne pas pour lui faire la leçon - leçon qui n'est pas sans rappeler le genre que Greta Thunberg et les autres jeunes éco-militants font aux instances mondiales tout aussi négligentes envers la planète. Alice parvient à faire couler la page 14, pleine d'eau de mer, sur la page 15, un désert, ce qui évite la combustion au livre. C'est ainsi qu'on découvre que le dragon parle, ce qui entraine un dialogue entre Alice et le dragon - avec les commentaires plus ou moins pertinents des spectateurs. Le dragon aurait été victime d'insultes, du temps où il accueillait les Lecteurs et Lectrices dans le livre et depuis, a décidé de les empêcher de sortir. On apprend du même coup que le livre fait en réalité 952 pages. Un véritable PAVÉ, en somme. Face à cette bande de personnages sympathiques, le dragon finit par retrouver son envie de leur faire visiter les jolis endroits qui sont contenus entre ses pages. Toutefois, il faudra accélérer la manœuvre, Alice doit rentrer pour souper. On page donc en mode turbo à la page 952, où les personnages disent au revoir à Alice - avant d’accepter de rester encore plus longtemps dans le livre le temps de casser la croûte.
Cette incursion livresque n'est pas sans rappeler toutes ces fois où des lecteurs et des lectrices affirment s'être fait "emportés" dans un livre, happé par les péripéties, entrainés par les personnages et où tout un florilège émotionnel leur fait tourner pages après pages avec appétit. C'est ça la magie des "bons" livres et chaque lecteur aura ses préférences en la matière. Mieux encore, les livres font voyager, comme c'est littéralement le cas ici, pas seulement dans des lieux exotiques ou imaginaires, mais également dans des réalités différentes de la nôtre.
Par ailleurs, la prémisse de cette histoire me rappelle les aventures désastreuses du pauvre Alan dans le film "Jumanji", emporté malgré lui à l'intérieur d'un jeu à thématique tribale absolument cauchemardesque.
J'aime le travail d'Enzo sur ses personnages, sa façon de non-genrer plusieurs personnages, donc l'héroïne. Mention à ce pauvre bébé qui ne chouine pas une fois et qui doit avoir bien hâte de faire changer sa couche, après tout ce temps! Avec ses lignes très rondes et ses mouvements très amples, donc certaines positions sont totalement impossibles, on retrouve le style très dynamique et la palette de couleurs sobres usuelles de l'illustrateur. C'est aussi la première fois que je vois un dragon dans une position aussi pliée: Ses quatre pattes sont toujours près de sa tête quand il vole, ça lui donne un petit côté "marionnette".
Un livre sympathique et créatif, dont le nom laissant entendre un lien quelconque avec le ménage aura amener toute une tripotée de personnages hétéroclites à se rencontrer, le temps d'un livre.
Pour un lectorat intermédiaire à partir du 2e cycle primaire, 8-9 ans+ en lecture solo, 6-7 ans+ pour lecture accompagnée.
Mais quelle belle analogie! Se laisser aspirer par un livre et son histoire, fusionner avec sa lecture, littéralement! Alice revient de la bibliothèque avec Le livre aspirateur et se retrouve catapultée dans l’histoire. À l’aide d’autres lecteurs aussi absorbés, ils devront trouver la sortie. C’est très bien réalisé! Vise un public jeunesse mais plaira à tous ceux qui sont jeunes de coeur aussi!
Qui n’a pas rêvé d’entrer dans l’histoire et de la vivre de l’intérieur? C’est ce que le personnage d’Alice vit lorsqu’elle ouvre un livre de sa bibliothèque!
J’adore cette idée d’intégrer l’histoire, de faire partie intégrale du développement. Cela contribue a développée l’imaginaire de nos enfants!