- Alors qu'est-ce que vous faites dans la région, dites-moi un peu, s'inquiète le commandant Parker. - Disons que c'est pour un film que je suis en train de tourner, indique Robert. Comme vous voyez. - On ne m'en avait pas averti, regrette le commandant, mais voilà qui m'intéresse beaucoup. Et quel genre de film, au juste ? - Toujours pareil, expose Robert, l'amour et l'aventure. Avec l'Afrique et ses mystères, vous voyez le genre. - Ah oui, soupire le commandant Parker, je vois en effet très bien le genre. Et pour votre histoire d'amour, vous avez pris quelle actrice ? - Céleste, dit Robert. Céleste Oppen.
Jean Echenoz is a prominent French novelist, many of whose works have been translated into English, among them Chopin’s Move (1989), Big Blondes (1995), and most recently Ravel (2008) and Running (2009).
Bien. Par où commencer ? Il est question de la vie d'un réalisateur raté et de son voisinage et collaborateurs. Mais le roman ne suit que lâchement ce fil directeur, et pour cause.
Tout du long, le roman est construit sur un curieux parti d'écriture au point de vue externe avec discours indirect libre, à base de phrases copieuses traduisant un sens du détail monomaniaque. Imaginez-vous lire les descriptions d'appartement dans La vie mode d'emploi ou les véritables catalogues de mobilier Ikea dans American Psycho. C'est donc sur ce style assez coriace que se dévide une vraie théorie de clichés et de comportements inouïs et pourtant dénués de toute ironie, sous un nappage de mots qui paraissent presque étrangers aux évènements qu'ils décrivent avec une telle minutie.
Au bout du compte, on arrive à une écriture centrée sur le pire possible et les pires travers chez tous les personnages, à commencer par Bristol lui-même, sans que je parvienne à déceler pour de bon si l'intention est comique, sauf exception : le portrait abouti d'une mouche, le road-trip à l'aveugle de Bristol et de sa voiture douée de personnalité (par le narrateur ? par son conducteur ?...).
Bref, je n'ai jamais compris si le roman portait sur l'enfer de production d'une adaptation de roman à succès tourné en Afrique du sud par Bristol ? Sur sa forte déprime à l'issue de l'échec commercial de ce film ? Sur les relations burlesques entre personnages - notamment entre personnages masculins et féminins, qui portent fatalement sur le cul ou sur son absence par pur dégoût physique ? Sur la vie précaire et sans but du antihéros éponyme ? Ou tout simplement sur le décalage constant entre la langue employée, déployée par Jean Echenoz et le sujet apparent du roman, un peu à la manière (affectée) de Jean Teulé avec ses sujets... ? Ce que je sais par contre, c'est que Bristol ne m'a pas impressionné favorablement.
J'étais heureuse en le lisant, et je pensais qu'en voici un livre dans lequel on voudrait vivre, et que quand c'est Echenoz, on s'en fiche de l'histoire car ce qu'on veut, c'est sa façon d'écrire, son humour, les mots rares ou oubliés qu'il emploie avec aisance et non-chalance, ses listes, ses figures de style (et les noms de figures de style qu'il nous glissera comme un hôte bien attentionné), les noms et appellations qui paraissent invraisemblables mais pourtant existent bel et bien... Et on a tout cela, et encore plus. C'est juste quand on arrive à la fin, et c'est la fin de l'histoire, on se dit que cette histoire, finalement, on la voudrait un peu mieux quand même, pas comme ça, pas en kit pour le bon usage du lecteur... Tout ça, c'est pour expliquer mon 3/5 qui est plutôt 3,5/5, parce que malgré cette réserve, j'ai beaucoup aimé le livre
j’avais lu un roman de Echenoz il y a 7 ou 8 ans et j’ai retrouvé avec plaisir ce style distingué et plein d’humour, sans compter une narration parfaitement critique et ironique. l’histoire ne m’a pas forcément transportée mais j’ai beaucoup souri devant les diverses tournures de phrases et commentaires du narrateur.
Une écriture parfaitement maîtrisée comme d'habitude avec Echenoz. Ce n'est juste pas mon style. Je préfère quand un auteur croit à son histoire. Ceci dit il y a des pages assez drôles et un éléphant hilarant.
Je suis partagée. J’ai adoré ce style complètement décalé et rarement vu en littérature, c’est moderne, cynique. Mais tout est un peu survolé. Je n’ai eu le temps de m’attacher à personne.
Et pourtant Echenoz est un de mes écrivains préférés. D’où une immense déception à la lecture de ce roman qu’on ne pourra pas qualifier d’autres choses que de bien raté. Bien sûr, on trouvera toute forme d’excuses, car on n’y retrouve quand même son style fait d’humour, d’ironie et de figures de style bien à lui. Mais ces talents s’échouent lamentablement sur une histoire foutraque et surtout inintéressante à laquelle, j’en suis certain, il ne croit pas lui-même. Peut tellement faire mieux.
Première déception pour un Echenoz. Certes, l’écriture est toujours aussi belle, parfois un peu loufoque. Mais on ne parvient pas à s’attacher ni même à s’intéresser à ce personnage de Bristol. Certes, quelques seconds rôles sortent du lot et tiennent un peu le livre, mais le scénario est si décousu pour une fin en eaux de boudin que le livre tombe un peu des mains. Vite, un autre.
Je suis faché contre Jean Echenoz, car il a des fulgurances d’écriture qui me plaisent, franchement drôles, mais alors qu’est-ce que c’est que cette histoire? Rien ne tient, on se moque des tenants et aboutissants. Du coup, on lit sans plaisir
Choix de verbes intéressants et méta-écriture tordante. Quelques extraits :
« Deux kilomètres encore avant qu'une trouée s'ouvre dans un mur d'arbres sombres et la Daimler s'y engouffre, suit une route étroite pas plus sinueuse que ça jusqu'à ce que ses pneus froissent une étendue de gravier, devant un manoir de taille moyenne sur le seuil duquel une femme se tient. »
« Elle apparaîtra d'abord dans quelques productions parmi lesquelles on peut citer L'Incongrue de Franck Deslices, Morte et vive de Jean-Pierre Paul ou Tendres plaisirs de László Frantisek. »
« Au-dessus de leurs rez-de-chaussée aux ventres plats, surplombant des entresols renfoncés, les balcons de leurs étages s'avancent en perspective telles des poitrines de femmes alignées corsages impérieux ou cache-cœurs impavides ou bustiers arrogants, comme on veut. »
« Bristol va s'empresser de chercher cet opus sur la toile, peinera à le dénicher sur un obscur site payant et, quand il l'aura trouvé, paiera. Hélas, ces Chairs de poules qui nous avaient tout l'air à première vue d'être une sorte de petit porno soft, de quoi passer un moment, ne sont même pas un petit porno soft et l'on n'y aperçoit que furtivement Céleste, incarnant une guichetière à la gare de Meudon. Laissons tomber. »
« Corps longiligne et thorax trapézoïdal, lèvres lascives et lunettes noires polarisantes sur nez grec, Jacky Pasternac serait assez facile à décrire mais on n'en a pas tellement envie. Notons seulement qu'il n'est pas mal de sa personne. On s'attardera d'autant moins sur son physique qu'il s'en occupe lui-même, magnétisé par le premier miroir venu. »
« Cela ne s'était jamais produit, du moins jamais de cette façon car ce regard se prolonge : un échange muet associant la distance à la proximité, la confiance à la suspicion, le hasard à la nécessité, l'inquiétude à la certitude et quelques autres oxymores du même tabac. »
« À tout hasard il a fait signe à deux ou trois agences, en vain, c'en est décourageant. Décourageant au carré car après l'échec de son film, sans doute ne voudra-t-elle plus jamais travailler avec lui. Décourageant au cube car quoi de plus convenu comme scénario, franchement, qu'un cinéaste épris de son actrice. Mieux vaut donc en inventer un autre. Il est d'ailleurs temps de changer d'air. Oublions. Agissons. Profitons du printemps revenu. Allons louer une automobile. »
« Dès lors on est en droit de s'interroger. On peut se demander si ce voyage sans but, déclenché par on ne sait trop quoi, ne devient pas une entreprise lassante et pesante, sinon vaine. On peut supposer qu'après le départ de Brubec la solitude en voiture n'a plus la même saveur, gâtée par l'amertume des sympathies interrompues, on peut imaginer que le confort de la rue des Eaux commence à manquer à Bristol, on peut émettre encore diverses hypothèses, on peut aussi s'en foutre éperdument. »
« Ça n'arrête pas, ça vire à l'artifice mais nous n'y pouvons rien si cela se déroule ainsi, puis après tout des choses pareilles arrivent aussi dans la vraie vie. »
« Le ciel est en effet pâle – ou blême, ou livide, comme tu veux – et sa lumière où baigne le poste de commande s'accorde à l'humeur de Bristol. »
The style is a bit particular, Echenoz talks about his main character Robert Bristol in the third person but sometimes says "we" by associating himself with him and sometimes by associating himself with the reader. It's as if he was flying here and there around the action, commenting on it, sometimes entering into the character, sometimes taking the reader as a witness like a friend.
Also, a lot of short sentences without verbs. It's a bit cold but what's good is that it's very descriptive, we see the places.
There are some very funny parts too. All this is nice and interesting but I have other more urgent things to read and do so I'll stop reading there but I recommend it, overall.
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Lu 17%.
Le style est un peu particulier, Echenoz parle de son personnage principal Robert Bristol à la troisième personne mais dit “nous’ parfois en s’associant à lui et parfois en s'associant au lecteur. C’est comme s’il volait ici ou là autour de l’action, en la commentant, un coup entrant dans le personnage, un coup prenant le lecteur à témoin comme un ami.
Aussi, beaucoup de phrases sans verbes, courtes. C’est un peu froid mais ce qui est bien c’est ce que c’est très descriptif, on voit les lieux.
Il y a quelques passages très drôles. Tout cela est agréable intéressant mais j’ai d’autres choses plus urgentes à lire et à faire donc j’arrête là la lecture mais je recommande, globalement.
Un livre au style cinématographique, trop saccadé, qui utilise trop de 'trouvailles' et de tournures un peu alambiquées pour me plaire.
L'intrigue est destinée à être loufoque et absurde, on peut se laisser emporter. J'ai apprécié que l'éléphant était le seul acteur vraiment professionnel de toute l'équipe. Et oh combien j'ai aimé les amourettes et les romances des différents personnages. Sur ce point-là au moins, cet Echenoz ne se termine pas comme beaucoup d'autres. Si catastrophes il y a, on peut toujours s'amuser dans la vie avec le(s) partenaire(s). C'était loufoque et c'était bien.
Par contre, pas de résolution à l'enquête, et c'est bien cela qui m'a déçue. Avec une bonne trouvaille à la fin, j'aurais pu terminer le livre un sourire sur le visage. Maintenant, au contraire, Echenoz m'a bien embêtée avec cette petite phrase 'Tu ne vois pas qui c'est ?' exprimée par un inspecteur. Non, je ne voyais pas, mais forcément la femme à qui il le disait devait savoir. Même si elle répondait qu'elle ne voyait pas du tout. Et qu'elle ne connaissait pas Untel. J'ai donc cherché dans le bouquin, lu et relu et analysé... sans rien trouver. Finalement les Babeliotes m'ont aidée en expliquant que c'était du nouveau roman et que résolution, il n'y avait pas. Mais quelle duperie du lecteur ! Et ça m'a déplu.
Bon, en attendant un autre et un meilleur je me changerai les idées avec d'autres auteurs.
Mijn eerste Echenoz. Hij beschrijft alles. Tegelijkertijd verliest hij nochtans geen tijd in het verhaal: onnodige scènes worden gewoon overgeslagen. Als er sprake is van een vliegtuig nemen, zitten we in de daaropvolgende scène hopla! reeds in dat vliegtuig.
Vaak enorm grappig, een soort droge humor, zichzelf voordoend als een neutrale observator, maar tegelijkertijd de lezer betrekkend bij de ontwikkeling van het verhaal door hem rechtstreeks aan te spreken. Er is een voortdurend (on)evenwicht tussen de autonomie van het hoofdpersonage en het expliciete ingrijpen van de auteur in het verhaal. Dat was echt boeiend. Of op zijn minst intrigerend.
De eerste zin is trouwens enorm veelbelovend, en het verhaal is boeiend, tot ergens het laatste kwart of zo. Dan verwordt het verhaal tot een soort soft-erotische klucht, van het genre dat men in de jaren tachtig pas na 23u op televisie durfde te vertonen om dat er heel veel geïnsinueerd werd en er al eens wat ondergoed op de beeldbuis verscheen, scènes die verbleken bij wat nu normaal is geworden in het gemiddelde toneelstuk. Zelfs bij de amateurs.
Maar dus, dit boek liep, net zoals bij die jaren tachtig soft toestanden, met een sisser af.
En het lag de ganse tijd op de tip van mijn tong. Wat voor boek is dit toch. Ik ken dit genre. Wel, het is dus gewoon een klucht. Bof.
C’est un livre qui brille par sa forme, mais laisse totalement indifférent par son contenu. Pour les écrivains, il offre un terrain de jeu intéressant : jeux de narration, brouillage des voix, interventions du narrateur, commentaires sur l’action en train de se faire. Ce type de construction méta peut donner l’illusion d’une grande modernité, d’un texte intelligent qui réfléchit sur lui-même.
Mais cette mise en abyme constante finit par lasser. Derrière les effets de style et les clins d’œil au lecteur, il n’y a pas grand chose d'autre. L’auteur semble tellement occupé à jouer avec les codes du récit qu’il en oublie d’écrire une histoire qui tienne, des personnages qu’on puisse croire ou suivre, une tension, un enjeu.
On risque donc d'oublier ce livre dès qu’on l’a terminé, comme un exercice brillant mais vain, une démonstration d’agilité littéraire qui finit par tourner à vide. Il s’adresse surtout à ceux qui aiment voir les rouages d’un texte, mais pas à ceux qui attendent de la littérature qu’elle émeuve.
Modeste réalisateur toujours empêtré dans la vacuité de ses réflexions personnelles, il ne remarque même pas son voisin du dessus tomber de sa fenêtre, passant son chemin.
L’enquête s’ouvre. Est-ce un meurtre ?
En attendant, Bristol a un film à réaliser. De lieux en lieux et de rencontres en rencontres, l’œuvre est produite. C’est un fiasco. Tout au long du récit, Bristol essaiera, puis ratera.
À travers l’absurdité des scènes et le ton toujours à côté et ironique du narrateur, les péripéties de cet homme nous font rire, et on finit par s’attacher à ce perdant magnifique.
Un roman léger et drôle, dans lequel on retrouve toute la maitrise langagière de Echenoz. L'histoire happe dès les premières pages, on suit les aventures d'un réalisateur un peu banal, qui n'a franchement pas beaucoup de succès. Puis l'histoire s'essouffle, on perd un peu le sens de ce qui est raconté. Les différentes intrigues mêlées rendent la compréhension du livre parfois compliquée, et certaines n'ont rien de très pertinent. On peut tout de même saluer une écriture à la frontière du vaudeville et de la comédie, qui tient le lecteur investi jusqu'au bout.
O que terá levado Jean Echenoz a escrever um livro como este que parece um guião de uma comédia cinematográfica de 2ª ordem? Echenoz escreve indubitavelmente bem, move-se com um invejável à vontade nos meandros da língua francesa, tem sentido de humor e um estilo apurado. Então porquê esta sátira tão pouco conseguida dos meios de cinema francês actual? Nem as pitadas de absurdo que a tornam ocasionalmente mais tragável conseguem esconder a banalidade das situações do enredo, a mediocridade das suas peripécias Um total desperdício, na minha opinião.
It hurts to give it 4 stars, but I love him and his other work so much that I can see this one is slightly below the very high bar he's set for himself. Absurd, funny, your typical Echenoz character, a bit lost, a bit useless, a bit done with it all, and a girl and a road-trip, there's not real thickness to the plot nor a resolution really, but it's clear that plots are (mostly) an excuse for Echenoz: if that's what you're looking for, go read some detective novel!
un livre léger porté par le regard ironique de son auteur sur ses personnages. On se demande où il veut en venir avec ce récit. Les 200 pages se lisent en 2 h mais ce n'est pas une lecture marquante. J'avais préféré un autre livre de cet auteur. Le style est agréable mais cela ne suffit pas à en faire un bon livre.
2,5⭐️ j’ai adoré l’écriture de l’auteur et sa manière de mêler cinéma/littérature.. mais je n’ai pas vraiment compris la fin, ou du moins je trouve qu’elle est un peu brusque.. voilà voilà ahaa ! pas grand chose à dire à part cette belle écriture donc je tenterais sûrement un autre livre de Echenoz 🎬🎥🇿🇦❣️📖
Ici ni ville britannique ni cartes de visite : Robert Bristol est un cinéaste médiocre qui rejoint la glorieuse cohorte des anti-héros echenoziens. Le romancier s'amuse de clichés de toutes sortes qu'il fait se heurter avec des décisions narratives et stylistiques incongrues jusqu'à nous rendre un univers qui n'appartient qu'à lui, à la fois banal et fantasque, éminemment absurde. Comme le vrai ?
Première fois que je lis Echenoz. Le style est vraiment sympa et j’ai bien aimé sa créativité et sa liberté (la scène décrite du point de vue de la mouche ! ou bien la présentation type page Wikipedia d’une personnage qui surgit en pleine action). Mais j’ai eu l’impression que le développement de l’histoire ne servait qu’à exposer ces différents exercices de style.
L’écriture de Jean Echenoz est unique et très savoureuse. Je me suis énormément régalée à la lecture de Bristol pour cela. Pas pour l’histoire en elle-même, qui ne m’a pas emballée. J’ai tout de même savouré l’incroyable galerie de personnages !
Peut être pas le meilleur Echenoz, mais un plaisir sans cesse renouvelé. On retrouve encore et toujours la précision, voire la préciosité du style, la fausse simplicité du récit, le caractère à la fois ordinaire et original des personnages.
Excellent, un humour chirurgical et une écriture vraiment fluide et raffinée où rien n’est laissé au hasard, des métaphores vraiment bien choisies ! Et puis on apprend du vocabulaire même si cela ralentit le rythme ! Après l’histoire ne casse pas 3 pattes à un canard mais ça reste drôle et fin 💪
Ecrit comme un scénario, un livre complètement fou mais génial. On ne sait pas quand on part, ni quand on arrive, ni où on est, mais il n'y a qu'à se laisser emporter par le héros au nom de grand hôtel !